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Desjardins: des fichiers effacés par le suspect du vol de données

L’ex-employé de Desjardins aurait été informé des soupçons de son employeur

Sébastien Boulanger-Dorval
Photo d'archives Sébastien Boulanger-Dorval, désigné « sans aucun doute », selon les allégations policières, comme la personne responsable de la fuite massive de données personnelles chez Desjardins, fait l’objet d’une enquête criminelle qui dure depuis presque trois ans, mais n’a toujours pas été accusé.

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L’ex-employé de Desjardins qui aurait commis le vol massif de données personnelles a pu effacer une partie du contenu de son ordinateur lorsqu’il a senti des soupçons de son employeur.

Sébastien Boulanger-Dorval, le principal suspect de cette enquête criminelle qui dure depuis maintenant presque trois ans, pourrait avoir passablement compliqué le travail des policiers en mai 2019.

À cette époque, Desjardins soupçonnait que cet employé du département de marketing ait pu extraire illégalement de ses bases de données des noms, coordonnées personnelles et informations bancaires de nombreux clients.

En parallèle, la police de Laval, qui menait une enquête criminelle sur un réseau de fraudeurs ayant pu bénéficier d’informations dérobées chez Desjardins, avait demandé à l’institution financière de ne pas entreprendre de démarches pour saisir l’ordinateur portable de Boulanger-Dorval, afin d’éviter de lui mettre la puce à l’oreille.

Mais l’employé a découvert qu’il était traqué, allègue la police de Laval dans de nouveaux documents judiciaires, dont le juge Yves Paradis de la Cour du Québec a autorisé la publication lundi.

Sébastien Boulanger-Dorval
Photo courtoisie

« Alors que Sébastien Boulanger-Dorval fut mis au courant du [caviardé] par le personnel des Caisses Desjardins, ce dernier a effacé des fichiers contenus dans son ordinateur portable, alors en sa possession », peut-on lire dans une dénonciation en vue d’obtenir un mandat de perquisition.

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Contenu du portable effacé

Un autre passage des documents rendus disponibles fait mention d’un moment où Boulanger-Dorval « tentait d’effacer le contenu de son portable », en mai 2019.

Sébastien Boulanger-Dorval
Photo courtoisie

Ce n’est qu’un mois plus tard que Desjardins annonçait avoir été victime du vol, dont le nombre de victimes est aujourd’hui évalué à 9,7 millions, en incluant des clients passés et actuels.

De nombreux paragraphes des documents ont été caviardés par la police et par Desjardins afin de ne pas nuire aux enquêtes. Il est donc impossible de savoir précisément ce qui a pu être effacé.

Collaboration difficile

Plusieurs reportages au cours de la dernière année ont fait état d’une collaboration difficile entre Desjardins et la police dans ce dossier, même si l’institution financière affirme collaborer pleinement. 

C’est aujourd’hui la Sûreté du Québec qui mène l’enquête criminelle.

Aucune arrestation n’a encore eu lieu dans cette affaire, même si l’on sait qu’une dizaine de suspects, incluant Boulanger-Dorval, sont dans la mire des autorités. Plusieurs d’entre eux sont de petits prêteurs privés qui auraient acheté des profils de membres du Mouvement Desjardins afin d’identifier des clients potentiels.

Des enquêtes banales mènent au magot  

C’est en enquêtant notamment sur une affaire de fraude dans la location de véhicules de luxe que la police de Laval a découvert la piste du gigantesque vol de données chez Desjardins.

Les détectives de la police de Laval étaient loin de se douter qu’ils remonteraient jusqu’à l’institution financière en enquêtant sur quelques fraudes en apparence banales, au cours de l’année 2018.

Leurs découvertes ont finalement mené à l’ouverture du projet Glaive, en décembre 2018, qui a aujourd’hui comme principal suspect l’ex-employé de Desjardins, Sébastien Boulanger-Dorval.

L’un des petits dossiers de fraude concerne la location d’un véhicule d’une valeur de 85 555 $, dont la marque et le modèle sont caviardés sur les documents rendus disponibles lundi, afin ne pas nuire à l’enquête.

On apprend aussi qu’un citoyen, dont l’identité avait manifestement été volée, a porté plainte après avoir reçu la visite d’un huissier « concernant le non-paiement d’un véhicule ». Il ne comprenait pas ce qui se passait, « n’ayant jamais loué un tel véhicule ».

À un autre moment, les enquêteurs ont saisi un véhicule après une poursuite policière dans une affaire de violence conjugale, lors de laquelle une arme de poing 9 mm a également été trouvée.

Comptes bancaires

De fil en aiguille, la police a constaté que des spécimens de chèques altérés avaient été remis à un concessionnaire pour les paiements de véhicules.

Elle a aussi interrogé un individu, à l’identité cachée pour le moment, qui « n’est probablement qu’un pion [...] pour le compte de criminels ».

De multiples recherches au Registre des entreprises et dans le Centre de renseignements policiers du Québec (CRPQ) ont permis d’identifier des suspects, dont un avec « un lourd casier judiciaire ».

En cours d’enquête, la police a identifié des comptes bancaires dans lesquels des sommes obtenues frauduleusement avaient été déposées.

À partir de février 2019, la police de Laval échangeait avec Desjardins sur des transactions frauduleuses que l’institution financière avait elle-même identifiées.

Ce recoupement d’informations a permis l’exécution de mandats de perquisition en février 2019, et quatre mois plus tard, l’annonce que des millions de clients avaient été touchés par le vol.

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