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Pensionnats pour autochtones au Canada: à Kamloops, des plaies encore à vif

Pensionnats pour autochtones au Canada: à Kamloops, des plaies encore à vif
Photo AFP

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KAMLOOPS, Canada | La ville de Kamloops, dans l’Ouest canadien, est devenue l’un des symboles du scandale des pensionnats pour autochtones qui a secoué le pays. Près de six mois plus tard, la communauté panse toujours ses plaies, poursuit les recherches et se bat pour identifier les disparus.

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Pour la première fois depuis qu’elle a annoncé avoir retrouvé 215 restes d’enfants enfouis au site d’un ancien pensionnat catholique, la communauté de Tk’emlúps te Secwepemc va accueillir lundi le premier ministre canadien, Justin Trudeau.

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Au cours des derniers mois, «de vieilles blessures ont été rouvertes», explique à l’AFP sa cheffe, Rosanne Casimir.

L'endroit où ont été retrouvés ces restes humains fut une éprouvante confirmation pour les nombreuses communautés autochtones, qui racontent depuis des années que des milliers d’enfants ont disparu pendant leur séjour en pensionnat.

Plus de 1000 tombes ont depuis été retrouvées près d’autres pensionnats, ravivant un douloureux pan de l’histoire canadienne et sa politique d’assimilation forcée des Premières Nations.

«Être là, à nouveau, était très, très dur», raconte à l’AFP Evelyn Camille, une survivante du pensionnat, la gorge serrée par des sanglots.

«Il y avait beaucoup d’abus et de faim» à l’intérieur du bâtiment de briques rouges, dénonce celle qui y a passé 10 années de sa vie autour de 1940. «Ils nous appelaient les Indiens affamés», se souvient cette «aînée» de 82 ans, pour qui le sujet est encore très délicat.

«Questions sans réponse»

Connue depuis des décennies au sein des communautés autochtones, cette page sombre de l’Histoire a été documentée dans un long rapport d’une commission d’enquête qui avait conclu en 2015 à un «génocide culturel».

Rosanne Casimir rappelle qu’il reste «encore de nombreuses questions sans réponse». «Pourquoi le gouvernement n’a-t-il rien fait avant? Nous avions dit notre vérité et ce que nous savions déjà: pourquoi éclate-t-elle au grand jour seulement maintenant, et pourquoi les gens nous écoutent-ils aujourd’hui?», dénonce la cheffe.

Créé en 1890 et géré par l’Église catholique puis par le gouvernement fédéral, l’ancien pensionnat de Kamloops a été le plus gros du pays, accueillant jusqu’à 500 élèves, avant de fermer ses portes en 1978.

De la fin du XIXe siècle aux années 1990, quelque 150 000 enfants autochtones ont été enrôlés de force dans 139 pensionnats à travers le pays, où ils ont été coupés de leur famille, de leur langue et de leur culture. Des milliers n’en sont jamais revenus.

Pour guérir, Evelyn Camille a contribué à créer une école mettant en avant la culture et la langue de sa communauté, que voulaient précisément rejeter ces pensionnats.

Apprendre à de jeunes enfants à se présenter, à être fiers de leur identité a été une façon pour cette survivante d’avancer. «Je ne pense pas que j’aurais pu m’en sortir sans en parler. Nous en avons besoin pour guérir», insiste-t-elle.

De nombreuses communautés autochtones attendent toujours du pape François qu’il vienne au Canada présenter des excuses officielles, considérées comme cruciales pour le processus de réconciliation.

«S’il écoutait réellement nos survivants et élaborait une réponse significative, cela pourrait faire une différence», estime Rosanne Casimir.

«Est-ce si difficile que ça? Ils nous ont torturés, battus, beaucoup ont été abusés... Pourquoi ne peut-il pas s’excuser?», demande Evelyn Camille.

Identifier les restes

Au-delà des symboles, la communauté exhorte le gouvernement canadien et l’Église catholique à partager toutes les informations susceptibles de permettre l’identification des enfants, comme les registres de fréquentation scolaire.

«C’est très important pour apporter la paix aux différentes familles», assure Evelyn Camille. «Nous croyons que lorsque les enfants ont perdu la vie, leur voyage n’était pas terminé et que leur esprit est resté avec les restes», explique cette membre de la communauté Tk’emlúps te Secwepemc.

«Ils attendent là depuis longtemps et maintenant qu’ils ont été découverts, on doit d’abord trouver qui ils sont, qui ils étaient», pour qu’ils puissent terminer ce voyage, poursuit-elle.

La technologie qui a permis de confirmer l’emplacement des tombes ne donne pas de précisions sur l’âge ou le moment de la mise en terre. «Ce n’est pas comme un rayon X, cela ne montre pas des os, des corps», explique à l’AFP la spécialiste en géoradar Sarah Beaulieu, qui a participé aux recherches archéologiques.

Ces dernières, menées sur une zone d’environ 8000 m2, ont conduit à des résultats préliminaires. Il est probable qu’elles révèlent d’autres tombes, puisque 65 hectares doivent encore être analysés au pensionnat de Kamloops.

Trouver tous les enfants disparus risque ainsi de prendre «beaucoup de temps, pas seulement un an ou deux», souligne Rosanne Casimir.

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