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Près d’un million$ détournés

Selon le Réseau des carrefours jeunesse-emploi, c’est la somme frauduleusement touchée par son ex-directeur

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Photo tirée de Facebook du carrefour jeunesse-emploi saguenay

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Le grand patron du Réseau des carrefours jeunesse-emploi du Québec est soupçonné d’avoir fraudé l’organisme sans but lucratif de près d’un million de dollars à l’aide d’une fausse compagnie et d’une fausse fondation qu’il a lui-même créées. 

• À lire aussi: Un ex-conseiller de Jean Charest sous enquête

Selon nos informations, les doutes sur le directeur général du Réseau des carrefours jeunesse-emploi du Québec (RCJEQ), Alexandre Soulières, qui a démissionné à la fin septembre, avaient commencé quelques semaines plus tôt.

Des employés avaient décelé des irrégularités dans les finances de ce regroupement voué à la défense des jeunes adultes qui veulent intégrer le marché du travail. 

« On ne se doutait pas de l’ampleur de ce qu’on venait de trouver », affirme confidentiellement une source au sein de l’organisme. 

Les vérifications comptables ont pu confirmer qu’entre les mois de mai 2020 et d’août 2021, l’ancien conseiller politique de Jean Charest se serait fait rembourser frauduleusement 808 063 $ en frais de formation.  

Cela « excède de manière ahurissante la permission de dépenser ou d’être remboursé prévue » par les politiques internes de l’organisme, allègue le RCJEQ dans une requête judiciaire déposée pour tenter de se faire rembourser par son ex-directeur. 

Une plainte à la police de Montréal a aussi été déposée ; l’enquête criminelle est déjà en branle. 

Les anciens collègues d’Alexandre Soulières ont aussi été estomaqués de savoir que leur ancien patron aurait transféré, à même les comptes de l’organisme, la rondelette somme de 17 700 $ dans son propre Régime enregistré d’épargne-retraite (REER) en avril dernier.  

Le contrat de travail de l’ancien coordonnateur de la commission jeunesse du PLQ prévoyait pourtant que la contribution de son employeur à son REER ne pouvait pas excéder 2000 $ par année.   

  •   Écoutez la chronique de Félix Séguin au micro de Richard Martineau sur QUB radio :

FAUSSE FONDATION 

Selon les documents légaux, il semble que Soulières ne se soit pas arrêté en si bon chemin. Il aurait mis sur pied la Fondation du Réseau des carrefours jeunesse-emploi du Québec.  

Selon la fiche de fondation déposée au Registraire des entreprises du Québec, la fondation existe « pour éradiquer la pauvreté chez les jeunes du Québec ».  

Le problème, c’est que cette fondation aurait été incorporée à l’insu du RCJEQ et qu’Alexandre Soulières en est le seul dirigeant. Il aurait poussé l’audace jusqu’à inscrire deux de ses anciens collègues, Rudy Humbert et Marie-Andrée Vézina, comme administrateurs de la société. 

Ces deux personnes ne se sont rendu compte que récemment qu’elles étaient administratrices d’une fondation dont elles ignoraient l’existence. 

« On capotait ! » fait remarquer une source au courant des réactions au sein du RCJEQ. 

COMPAGNIE À NUMÉRO 

Selon les prétentions du RCJEQ, la fameuse fondation créée par Alexandre Soulières a été utilisée pour payer des frais de plus de 20 000 $ à une compagnie à numéro dont le seul administrateur est... Alexandre Soulières. 

Ironiquement, les services rendus par la compagnie à numéro comprenaient des « recherches et lecture des meilleures pratiques » pour démarrer une fondation. 

Alexandre Soulières a été suspendu le 8 septembre dernier, après la découverte de ces « actes frauduleux, dépenses non-autorisées et virements de fonds illégaux », selon les procédures entamées contre lui en Cour supérieure

On lui réclame un total de 846 210,37 $, mais il n’est pas exclu que d’autres « actes frauduleux » lui soient attribués et que cette somme augmente. 

– Avec la collaboration d’Andrea Valeria

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