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Stage rémunéré: la réinsertion sociale pour vaincre la pénurie d’employés

Des jeunes reviennent à leur rythme sur le marché du travail grâce à l’apiculture

Alvéole
Photo Chantal Poirier Jonathan Boulay, 20 ans, qui suit une formation rémunérée d’aide-apicole, s’affaire à extraire le miel des cadres de la ruche dans les entrepôts d’Alvéole, à Montréal.

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Une entreprise apicole montréalaise offre à de jeunes adultes en réinsertion sociale une première expérience concrète de travail, un projet qui tombe à point en pleine pénurie de main-d’œuvre.

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« D’avoir fait ce stage-là, ça vient prouver que j’ai une formation. Ça me donne un gros avantage sur le marché du travail. J’ai réussi à me trouver une job de responsable [d’entrepôts] que je commence la semaine prochaine », raconte Éva Frédérique, 20 ans.

La jeune femme termine à peine huit semaines de travail comme commis à la production dans les bureaux d’Alvéole à Montréal, un stage rémunéré chapeauté par la Société de développement social (SDS).

« Notre mission est de trouver de l’emploi à des personnes qui se sont éloignées du marché du travail pour des raisons liées à l’itinérance, des problèmes de consommation ou parce qu’elles ont été incarcérées », illustre la responsable du pôle employabilité à la SDS, Julie Dufour.

Éva Frédérique n’a pas la langue dans sa poche et elle le dit franchement : son expérience a été pénible. 

« Ça fait deux mois que, six heures par jour, je fais juste coller des étiquettes. C’est ben déprimant », lance-t-elle. Mais, « je suis fière de moi, confie néanmoins la jeune femme. Les gens ici sont super le fun. J’ai rencontré plein de bon monde. »

« Pour un employeur, ça peut être confrontant de se faire parler aussi direct. C’est pour ça que ça prend quelqu’un pour faire le pont entre le jeune et l’entreprise », souligne Stéphane Doucet, l’intervenant psychosocial attitré à ce projet par la SDS.

Combler le « trou » dans le CV

L’organisme offre ainsi des formations de six à huit semaines dans des entreprises, comme Alvéole, qui voient le potentiel des personnes ayant un « trou » dans leur CV.

Comme Jonathan Boulay qui, lui, en est à la moitié de son stage d’aide-apicole. Dans l’entrepôt, le jeune de 20 ans s’affaire à extraire le miel des cadres de la ruche, cinq jours par semaine.

« J’aimerais beaucoup continuer à travailler pour Alvéole après, confie-t-il, tout sourire. J’en apprends chaque jour. Ça me passionne vraiment beaucoup parce qu’elles sont en danger, les abeilles. Elles sont douces, c’est touchant. »

Le premier projet de réinsertion sociale entre Alvéole et la SDS survient à un moment opportun pour l’entreprise « parce qu’en ce moment, le recrutement est hyper dur », signale Geneviève Kieffer Després, directrice pour Alvéole.

« Il y a 22 postes d’affichés, mais on n’arrive à trouver personne. Avant, ça ruait aux portes. On n’a jamais manqué de personnel à aucune saison de récolte », fait-elle valoir. Mais comme « la SDS se charge d’une portion du recrutement, c’est un plus pour nous », ajoute Mme Kieffer Després.

Des gens compétents

Ce genre d’initiative « pourrait aider à résorber une partie de la pénurie de main-d’œuvre », croit Yves Hallée, professeur au département de relations industrielles de l’Université Laval.

« C’est dommage de constater que la pénurie est un élément déclencheur pour l’embauche de personnes dont on ne considérait même pas la candidature en contexte de plein emploi. Mais elles veulent participer à la société, elles veulent contribuer et on s’aperçoit que ce sont des personnes tout à fait compétentes », rappelle le professeur.

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