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Jamais un gouvernement n'aura eu autant de pouvoir

Quebec
Photo d'archives, Stevens LeBlanc

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Avec son discours d’hier, où il a cherché à définir l’horizon des prochaines années, François Legault a voulu donner un sens à son action politique, au-delà de la pandémie.

Si la tendance se maintient, il s’apprête à recevoir un appui exceptionnel. Il s’agira peut-être de la dernière grande vague nationaliste avant que le rapport de force du Québec francophone ne s’affaisse. Il s’agit donc d’une élection historique.

Que fera François Legault, lui qui n’hésite jamais à parler de notre peuple, de la fierté québécoise, de notre identité, qui se dit nationaliste, quel héritage veut-il laisser aux Québécois ? 

Jamais un gouvernement québécois n’aura eu autant de pouvoir. 

Qu’en faire ? 

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Constitution

Surtout, il risque d’être propulsé au cœur d’une querelle constitutionnelle majeure, quand le régime canadien, à travers sa Cour suprême, s’en prendra à la loi 21, soit en la cassant brutalement, soit, ce qui est plus probable, en la démantelant morceau par morceau, en commençant par suspendre l’application de la laïcité aux enseignants.

Comment réagira alors François Legault, qui expliquait hier vouloir défendre notre laïcité absolument ?

Il sera alors placé devant la même épreuve historique que Robert Bourassa après l’échec de l’accord du lac Meech, en 1990. 

En le déchirant, le Canada anglais a déclenché une vague nationaliste au Québec. L’appui à l’indépendance est alors monté au-delà de 60 %. 

Mais Robert Bourassa était un pétochard constitutionnel. Et alors que l’histoire donnait rendez-vous à son peuple pour faire la souveraineté, il s’est effondré. Il aurait pu devenir un grand homme. Il se condamna plutôt, pour l’histoire, à n’avoir été qu’un petit politicien provincial.

  • Écoutez la chronique de Mathieu-Bock Côté avec Richard Martineau sur QUB radio:

Revenons aujourd’hui.

La laïcité québécoise est raisonnable, et même minimaliste. Quand le Canada la cassera ou la mutilera, nous serons obligés de nous demander dans quelle mesure nous pouvons espérer une affirmation même symbolique dans le Canada. 

Bien des Québécois qui avaient oublié la question nationale ou qui ne l’ont jamais rencontrée en feront l’expérience.

Évidemment, le contexte n’est pas le même qu’après Meech. 

En 1990, on croyait encore à l’idéal du « maîtres chez nous ». Trente ans plus tard, on nous explique plutôt que nous sommes de trop chez nous. 

Lévesque

La présence d’un candidat suprémaciste anti-québécois dans la course à la mairie de Montréal, la conversion du Canadien de Montréal au discours mensonger sur les territoires non cédés et l’effondrement du français dans la grande région de Montréal nous rappellent que c’est notre existence comme peuple qui est en jeu. 

Cela pourrait paradoxalement renforcer notre réveil national. Un sentiment d’urgence pourrait s’emparer de nous. Ce sera maintenant ou jamais. Soit nous serons maîtres chez nous, soit nous serons minoritaires chez nous. Il ne suffira pas de remplacer le cours ECR par un cours de culture québécoise pour renverser la tendance. 

Que fera François Legault ? S’il rassemble les Québécois dans l’indépendance, comme il en a les moyens politiques, et comme il les aura demain, il passera à l’histoire bien moins comme l’héritier de Maurice Duplessis que celui de René Lévesque. Et on aura raison de le dire.

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