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Projet de loi 20: cri du coeur d'un médecin de famille

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Dr Samer Daher, omnipraticien et propriétaire de la Clinique La Cité Médicale à Montréal, est au bout du rouleau. Le docteur a 3500 patients à charge. «Quand j’ai dit que j’arrêtais de prendre des nouveaux patients, j’en avais 2800», dit-il.

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Depuis un an, il a arrêté d'en prendre davantage parce qu'en plus de ses patients, il doit s'occuper de ceux de ses collègues. Quatre de ses collègues ont quitté pour des congés; trois pour des congés de maternité et une pour un congé de maladie. 

«Ces quatre médecins qui sont absentes, c’est 5500 patients qui n’ont pas de médecin, que nous, les 16 qui restons, assumons à travers notre pratique», dit-il. 

La pandémie a empiré la situation pour les médecins de famille. 

«Premièrement, il y a l’épuisement professionnel qui est la raison de base», souligne Dr Daher. 

«Deuxièmement, pendant la pandémie, sur les 20 médecins omnipraticiens que nous sommes à la clinique, il y en a sept qui ont doublé ou même triplé leur temps de travail à l’hôpital, alors pendant leur absence, on assumait leurs patients», dit-il. «Il y a deux ou trois infimières qui ont carrément quitté la profession, il y a plusieurs secrétaires qui ont quitté, donc l’équipe qui nous entourait est devenue tellement réduite que c’est devenu invivable.»

«Le moral des troupes est à terre, donc le fonctionnement, la rigueur et l’énergie n’est plus là», rajoute-t-il.

Selon Dr Daher, chaque médecin a sa capacité et ses circonstances. 

Le médecin a deux garçons adultes qui sont partis de la maison. Il a donc organisé sa pratique pour prioriser le travail.

«Tout ce que j’ai, c’est du travail et ce n’est pas ça du tout ce qu’on veut faire», se désole-t-il.

Dr Daher est présentement en semaine de réflexion. 

«Comment ça se fait que je me sois rendu ici? Pourquoi je me rends là? Ce n’est pas ça que je veux faire», dit-il.

Si lui et ses collègues ont toujours répondu à l’appel et ont pris autant de patients qu'ils pouvaient, ils sont maintenant au bout du rouleau. 

«On ne réalise pas à quel point le système est malade présentement», dit-il. «C’est assez, on vous dit que le citron a été pressé jusqu’à la dernière goutte, formez donc des médecins. On est en train de vous dire qu’on n’est plus capables.»

Des répercussions négatives de la loi 20

Le projet de loi 20 que François Legault menace d’appliquer, qui obligerait les docteurs à prendre en charge d’autres patients, aurait un effet pervers, selon Dr Daher. 

«Vous avez vu les statistiques, on a 4000 médecins qui ont entre 60 et 70 ans, et 1400 médecins qui ont en haut de 70 ans. Ceux qui pensent à leur retraite et qui voient la loi 20 rentrer, ils vont dire ''j’ai assez fait ma part, bye bye je suis parti''.»

Le docteur explique que les étudiants en médecine boudent la médecine familiale parce qu’ils voient comment la spécialité est malmenée. 

«Je n’ai pas les outils pour faire mon travail», dit Dr Daher. «Moi, ma raison d’être comme médecin, c'est de prendre en charge des patients, de les suivre et de les soigner. Venir me dire que ''t’en fais pas assez, fais en plus, non, je m’excuse'', celui qui me dit ça ne connait pas la réalité de ce que je fais. Il ne voit pas que de voir le patient, ce n’est pas juste le 15-20 minutes que je passe avec, c’est avant la consultation, pendant la consultation, et c’est le suivi.»

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