/sports/opinion/columnists
Navigation

Le cœur fendu en deux

SPO  - OSCAR RIVAS BOXEUR
Photo Martin Alarie

Coup d'oeil sur cet article

J’étais dans le petit bureau de Marc Ramsay, au troisième étage de l’édifice où il a installé son académie de boxe.

Pour y arriver, j’avais déambulé dans un long corridor délabré qui sentait le renfermé. Comme dans les mauvais films. 

Oscar Rivas m’attendait dans le bureau et je me disais que je ferais ce métier jusqu’à 103 ans et demi.

Oscar, mince comme un torero et aimable comme il l’a toujours été.

D’ailleurs, Rivas est monté sur un pèse-personne tout habillé et chaussé pour montrer qu’il avait été vraiment sérieux dans sa préparation ; 225 livres. Enlève les chaussures, la veste et les pantalons et il était hier après-midi à 222 livres et demie.

Bravo Oscar.

DEUX CŒURS

Demain soir, sur le ring installé à L’Olympia, Oscar Rivas pourrait avoir besoin de deux cœurs. Ou au moins d’un cœur fendu en deux : un pour le Québec et deux de ses enfants, et l’autre pour la Colombie et deux autres de ses enfants.

Rivas essaie de ne pas rêver. Son adversaire est plus dangereux qu’on ne le croit et Marc Ramsay répète constamment que son homme est embarqué dans un combat. Un vrai et un dur.

Mais rêvons. Comment va se sentir Oscar s’il gagne ? Quand on va lui remettre la ceinture de champion du monde des bridgerweights de la WBC ? 

Oscar se perd dans son rêve : « Mon cœur va être divisé en deux. La moitié va être en Colombie avec mes enfants et mon peuple et l’autre moitié va être avec le Québec, mon pays d’adoption. Ça va être très fort », de dire Rivas.

Le bridgerweights a beau ne pas être la division la plus prestigieuse de la boxe professionnelle, quand Oscar va arriver à Buenaventura, la ville portuaire rock and roll située à deux heures de Cali, il va être el campeon. Et il va rester el campeon pour le reste de l’histoire du pays. 

Au Québec, les fans vont se rappeler le beau Oscar comme ils se rappellent Éric Lucas, Lucian Bute, Jean Pascal et les autres champions que le Québec a donnés au sport.

QUATRE ENFANTS, QUATRE MÈRES

Et puis, Oscar Rivas a bien changé. Mathieu Boulay, dit Big Matt le King, vous en a parlé pendant deux pages. C’est aussi qu’Oscar se trouve enfin dans une situation où il peut assurer sa santé financière et celle de ses quatre enfants.

Deux qui vivent avec leurs mères en Colombie, deux gars de 14 et 11 ans, et deux filles avec leurs mères au Québec. Mères au pluriel puisque les quatre enfants d’Oscar viennent avec quatre mères. Garde partagée, vous dites ?

Oscar a abandonné l’alcool, il a décidé de mettre de l’ordre dans sa vie. Pendant son camp d’entraînement il y a deux ans et quelques mois en Colombie où il se préparait à affronter Dillian Whyte, Marc Ramsay lui a ouvert les yeux. Leydi Quinto l’attendait depuis 10 ans en Colombie, belle et loyale. 

Au retour d’une course, Oscar l’a demandée en mariage. Elle a dit « si, signor », elle est venue le rejoindre au Québec en tant qu’épouse et depuis Oscar est un homme rangé : « J’ai changé toutes mes habitudes. Les Québécoises sont toujours aussi belles, mais je suis maintenant un homme mature. J’ai 34 ans et c’était le temps d’être un homme. J’ai toujours été responsable envers mes enfants, mais il était temps de mettre de l’ordre dans ma vie », d’expliquer Rivas.

La vie peut être simple. Gagner le titre mondial. Le défendre à quelques reprises. Ramasser un gros combat chez les lourds. Acheter une belle maison au Québec et une autre en Colombie et faire comme de nombreux Québécois, devenir un snowbird... colombien.

Il y a un vol direct Montréal-San Andrés, une île paradisiaque près de la Colombie.

Juste à faire bien attention vendredi contre Ryan Rozicki...