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Des nouvelles de l’Amérique latine

Le président équatorien Guillermo Lasso fait signe aux partisans qui se sont rassemblés devant le palais présidentiel de Carondelet à Quito, le 20 octobre 2021. - Le président équatorien Guillermo Lasso a refusé mercredi de se rendre au Congrès dominé par l'opposition pour donner sa version du scandale l'impliquant dans le " les papiers de Pandore".
AFP Le président équatorien Guillermo Lasso fait signe aux partisans qui se sont rassemblés devant le palais présidentiel de Carondelet à Quito, le 20 octobre 2021. - Le président équatorien Guillermo Lasso a refusé mercredi de se rendre au Congrès dominé par l'opposition pour donner sa version du scandale l'impliquant dans le " les papiers de Pandore".

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L’Amérique latine, dont on parle peu au Nord, est en constante ébullition et c’est ce qui la rend si intéressante. C’est comme si devant la perte d’influence en Europe et en Asie de la première puissance — militaire et économique — au monde, au profit de la Chine, de la Russie et de certaines autres économies en développement accéléré comme l’Inde, les États-Unis avaient décidé de se rabattre sur leur arrière-cour, l’Amérique latine, pour tenter de reprendre le contrôle de la région. Surtout depuis la dissolution du Groupe de Lima (un think-tank d’extrême droite) et le discrédit de l’OEA (Organisation des États américains), une organisation à la solde des États-Unis et moribonde depuis le nouveau souffle impulsé par le président mexicain Andrés Lopez Obrador à la CELAC.

On le constate par les attaques constantes et de plus en plus sournoises contre Cuba, le Venezuela et le Nicaragua, trois pays qui représentent toujours l’« axe du mal » pour le président étatsunien Joe Biden qui n’a pas changé un iota de la politique agressive de son prédécesseur Trump à l’égard de ce continent.

En Bolivie, au cœur de l’Amérique latine où la gauche a repris le pouvoir après un triomphe électoral indiscutable, l’opposition de droite multiplie les manœuvres — manifestations, blocages de rue, grèves des commerçants, campagnes de dénigrement dans les médias, etc. — pour déstabiliser le gouvernement de Luis Arce. Ce pays possède l’une des plus grandes réserves au monde de lithium, appelé à remplacer l’or noir, et on comprend que les multinationales sont prêtes à tout pour récupérer cette richesse qui appartient désormais au peuple.

Le Nicaragua et le Venezuela iront bientôt aux urnes mais les États-Unis font tout pour discréditer et torpiller les processus électoraux. Un ambassadeur vénézuélien, qui participait aux discussions entre l’opposition et le gouvernement en vue des prochaines élections, a été arrêté alors que l’avion dans lequel il voyageait s’était posé au Cap vert, en Afrique, pour se ravitailler. Il vient d’être extradé aux États-Unis où on l’accuse d’avoir contrevenu aux sanctions et au blocus imposés contre son pays, le Venezuela. C’est comme si on vous accusait d’avoir aidé un membre de votre famille à respirer.

Au Pérou, où la gauche est au pouvoir depuis peu avec une mince majorité, la partie est loin d’être gagnée car l’opposition de droite, qui contrôle l’Assemblée nationale, paralyse le gouvernement de Pedro Castillo et l’empêche de former son conseil des ministres. À force de devoir céder du terrain et de mettre de l’eau dans son vin, on peut craindre que Castillo, ce sympathique ex-professeur qui arbore toujours un large sombrero, ne soit

pas en mesure de mettre en œuvre son programme politique progressiste, qui faisait la vie dure aux multinationales étrangères.

Au Chili, la situation demeure extrêmement tendue à l’approche des élections présidentielles du 21 novembre prochain. Selon les derniers sondages, 68% de la population désapprouve la gestion du président Sebastián Piñera, qui risque même la destitution pour son implication dans le scandale des Pandora Papers. Un véritable « printemps érable », commencé en octobre 2019 (le printemps est en octobre dans l’hémisphère sud), a sorti le pays de sa torpeur et redonné à la population sa dignité trop longtemps bafouée. Les sondages prédisent une victoire de la gauche, ce qui ferait du cône sud — Chili-Argentine — une zone progressiste, avec une petite exception, l’Uruguay.

En Équateur, le président de droite Guillermo Lasso, qui a gagné les élections à la suite d’un ballotage dû à la division des forces de gauche, sera vraisemblablement mis en examen judiciaire après la publication de son nom dans les Pandora papers. Selon ce qui a été révélé, Lasso possédait quatorze sociétés off-shore et serait donc coupable d’évasion fiscale. Une honte dans ce pays où la pauvreté est extrême.

Deux grands bastions de droite semblent intouchables pour le moment : la Colombie et le Brésil. Si le premier offre peu d’espoir d’une victoire de la gauche, le Brésil, par contre, risque de basculer de nouveau dans le camp progressiste lors des élections de novembre 2022. L’ex-président Lula et son Parti des travailleurs mènent toujours dans les sondages. La gauche au pouvoir au Brésil bouleversera l’échiquier des forces en présence et forcerait l’empire étatsunien à se retirer dans ses terres et à admettre que l’avenir appartient aux forces progressistes.