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Être ou ne pas être... chimique

Sylvie Boulet, Julie Montreuil et Hélène St-Pierre de d’Officine Cosmétiques
Photo Laure Waridel Sylvie Boulet, Julie Montreuil et Hélène St-Pierre de d’Officine Cosmétiques

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On en parle peu. Pourtant, ils sont omniprésents dans notre environnement. On en respire. On en boit. On en mange. On en absorbe même par la peau.

Je pense aux dizaines de milliers de produits chimiques créés par les humains au cours du dernier siècle. Utilisés pour la production et la fabrication de presque tout ce qui nous entoure, ils sont présents dans nos milieux de travail autant qu’à la maison. 

Le Centre for Disease Control and Prevention du gouvernement américain rapporte qu’une personne moyenne aux États-Unis a au moins 212 produits chimiques artificiels dans son sang et son urine. 

Mais on en trouverait plus si on en cherchait plus, soutiennent les experts. Au moins 1800 polluants organiques et 40 métaux lourds sont détectables.

Effets sur la santé

Certains sont des neurotoxiques, d’autres des perturbateurs endocriniens, des substances cancérogènes ou autres. Plusieurs ont donc le potentiel de contribuer à une diversité de problèmes de santé, selon les doses auxquelles nous sommes exposés, leurs fréquences et nos sensibilités génétiques. 

On sait aussi que les femmes enceintes et les enfants sont plus vulnérables que la population moyenne. Proportionnellement à leur poids, les enfants respirent plus, boivent plus et mangent plus que des adultes. Ils subissent donc davantage les effets de la pollution chimique. Sans compter que leur système immunitaire n’a pas toujours atteint la maturité nécessaire pour les protéger. C’est pareil pour les fœtus, dont les organes sont en plein développement. 

Si les spécialistes tentent de nous rassurer en disant que, pris isolément et en petites doses, la plupart des produits chimiques ont peu d’effets connus sur la santé humaine et l’environnement, de plus en plus d’études nous mettent en garde contre l’effet cocktail de toutes ces substances qui se mélangent dans notre corps. 

La coiffure: un métier à risque

Certaines personnes sont aussi plus exposées que d’autres par leur métier. On parle régulièrement des risques plus élevés que courent les agriculteurs qui manipulent des pesticides et les travailleurs qui, dans certaines usines, sont exposés à des produits chimiques. Mais on parle moins d’autres professions, comme la coiffure. 

En manipulant des produits de coloration, de décoloration, de permanente ou de défrisage et des laques à longueur de journée, les professionnels de la coiffure respirent et absorbent par la peau des substances toxiques. Certains de ces produits sont connus comme étant cancérogènes, mutagènes (susceptibles de provoquer des changements de l’ADN) ou reprotoxiques (toxiques pour la reproduction). 

Le Centre international de recherche sur le cancer (CIRC) de l’Organisation mondiale de la santé a d’ailleurs classé le métier de coiffeur comme «cancérogène probable». 

Au quotidien, ce sont surtout les allergies et les troubles respiratoires qui sont les plus perceptibles. Ils affectent directement la qualité de vie de ceux et celles qui prennent soin de nos cheveux. En France, 30% des cas d’asthme professionnel féminin sont d’ailleurs issus du secteur de la coiffure. 

L’histoire de Sylvie

Sylvie Boulet en a long à dire sur une diversité de troubles de santé associés au métier de coiffeuse, qu’elle pratique depuis 34 ans. 

Des problèmes d’asthme sont apparus dès son entrée à l’école de coiffure. Ils se sont amplifiés avec les années, au point de la rendre complètement dépendante de sa pompe. Des migraines sont devenues de plus en plus fréquentes. Elles se sont intensifiées au fil de ses grossesses, durant lesquelles elle a dû continuer à travailler. 

Observant un lien entre son exposition à différents colorants ou produits de coiffure et ses malaises, elle s’est mise à essayer toutes sortes de solutions de rechange soi-disant moins toxiques. Rien n’y faisait complètement pour prévenir ses problèmes de santé. Ou alors, ces produits ne répondaient pas à ses standards d’efficacité. 

Passionnée de coiffure depuis la maternelle, Sylvie envisageait pourtant de changer de métier. Elle s’est mise à rédiger un blogue beauté qui l’a amenée à faire de la recherche sur les dessous de certains produits, fort pratiques en salon, mais clairement toxiques. Elle voyait bien que des changements de fond étaient nécessaires dans cette industrie. 

C’est durant cette période qu’elle a rencontré Julie Montreuil, qui lui a parlé du coiffeur et coloriste français Rodolphe Diotel. Son histoire ressemblait étrangement à la sienne, si ce n’est qu’il avait poussé la recherche encore plus loin. Si loin, en fait, qu’il s’était investi dans l’étude de la chimie et de la coloration capillaire pour pouvoir développer une ligne de produits vraiment naturels qui lui permettraient de continuer à pratiquer le métier qui le passionne en toute sécurité. 

Après plusieurs années de recherches et d’expérimentation, il a mis sur le marché la ligne de coloration Rodolphe & Co, dont la plupart des produits sont certifiés bio par Écocert et Cosmebio. 

Contrairement à tout ce qu’elle avait essayé auparavant, Rodolphe & Co répondait aux attentes de Sylvie, tant en matière de santé que sur le plan de l’efficacité des produits. À tel point qu’elle a décidé de s’associer avec Julie Montreuil pour devenir officiellement distributrice des produits Rodolphe & Co au Québec. Une autre coiffeuse et coloriste d’expérience, Hélène St-Pierre, s'est jointe à elles. Elles sont aujourd’hui toutes les trois copropriétaires d’Officine Cosmétiques, située à Cowansville, d’où elles distribuent partout au Canada.  

Depuis trois ans, Sylvie n’a plus besoin d’utiliser sa pompe contre l’asthme, même si elle continue à faire son métier. Avec Julie et Hélène, elles souhaitent contribuer à rendre leur industrie plus saine et plus écologique tout en proposant des produits performants. 

Green Circle

Voulant s’inscrire dans une démarche écologique pour l’ensemble de leurs pratiques, ces trois entrepreneuses inspirantes font aussi partie de Green Circle. Il s’agit d’une initiative canadienne qui accompagne plus de 16 000 artisans de salons de coiffure, d’esthétique et de spas dans un processus qui leur permet de réduire et de recycler jusqu’à 95% des matières qui sont normalement jetées. 

Non seulement les excès de coloration capillaire, les aérosols et les tubes de couleur sont récupérés pour être recyclés ou valorisés, mais même les cheveux sont récupérés. Ils sont notamment utilisés lors d’accidents pétroliers. Une livre de cheveux parvient à absorber jusqu’à 4 livres de pétrole. Cette technologie a fait ses preuves lors de plusieurs catastrophes. 

L’histoire de Sylvie et de ses complices démontre comment un problème de santé peut devenir un important vecteur de changement, non seulement pour elles, mais possiblement pour toute une industrie qui, peu à peu, cherche à se transformer pour le mieux.

Cela fait aussi réfléchir plus largement aux risques que l’on est prêt à prendre pour répondre aux standards de beauté qu’on se laisse imposer. Comme le disait la coiffeuse d’une amie: «Le plus naturel, c’est de s’accepter comme on est.» 

J’en profite pour saluer toutes les personnes qui ont fait ce choix, particulièrement depuis la pandémie. Vous avez toute mon admiration!