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«J’ai été chanceux de survivre aux années 80»

John Taylor confesse qu’il était «hors de contrôle» durant la période glorieuse de Duran Duran

John Taylor
Photo Wenn Le bassiste John Taylor en spectacle au Scarborough Open Air Theatre, en septembre.

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« Je ne sais pas trop comment j’ai survécu aux années 1980, je pense que j’ai simplement été chanceux. J’ai essayé très fort de ne pas y survivre. »

Dans l’écran Zoom, John Taylor, bassiste de Duran Duran, a éclaté de rire lorsque le représentant du Journal lui a demandé comment il était passé à travers cette décennie folle sans y laisser sa peau.

« Pendant un moment, j’étais hors de contrôle », se souvient celui qui s’entretenait avec nous en marge de la parution de Future Past, le quinzième album des Britanniques.

Il y avait de quoi perdre la tête. Grâce à d’immenses succès comme Rio, Hungry Like The Wolf, Save a Prayer, The Reflex et leurs vidéoclips avant-gardistes, John, Simon Le Bon, Nick Rhodes, Andy et Roger Taylor sont devenus du jour au lendemain les idoles de toute une génération d’adolescentes.

Même si John avoue qu’il rêvait de « remplir le Madison Square Garden », jamais il n’avait envisagé que des milliers de jeunes filles lui hurleraient leur amour dans les concerts et que le groupe allait recevoir des sacs et des sacs remplis de lettres de fans (NDLR : dans le temps, internet n’existait pas, il fallait prendre un papier et un crayon pour envoyer un message à ses idoles). L’étourdissante vie sexe, drogue et rock and roll des stars, John Taylor l’a vécue à fond. Jusqu’au bord du précipice.

« J’ai été sauvé, reconnaît le musicien aujourd’hui âgé de 61 ans. Je ne sais pas comment c’est arrivé, mais c’est comme si une force supérieure m’avait ramassé pour me dire que non, mon heure n’était pas venue », confie celui qui est sobre depuis maintenant plus de 25 ans.

Un succès planifié

S’il a été fulgurant, le succès de Duran Duran n’était pas le fruit du hasard. Tels des « conspirateurs », John Taylor et Nick Rhodes ont minutieusement planifié les identités musicale et visuelle de leur groupe en s’inspirant de formations jeunes et révolutionnaires de l’époque comme The Clash, les Sex Pistols et Siouxsie and the Banshees.

« Nous allions voir des tonnes de concerts et après, on analysait ce qui fonctionnait et ce qui ne fonctionnait pas. Nous avons toujours imaginé le groupe comme une expérience complète. On se préoccupait de nos vêtements, de nos dépliants, de nos visuels », raconte John Taylor.

« Quand nous nous sommes rassemblés, les cinq membres originaux, nous avions une énergie énorme. Nous étions impossibles à arrêter, et les portes se sont ouvertes. »

Des clips pas chers

Le groupe a rapidement fait sa marque en devenant l’un des premiers artistes à miser sur le vidéoclip pour vendre sa musique. Chaque clip était un court métrage, mettant régulièrement en scène des belles filles et les cinq membres du groupe à l’aventure aux quatre coins du globe. Rio a été filmé sur un bateau dans la mer des Caraïbes. Lonely in Your Nightmare, Hungry Like the Wolf et Save a Prayer ont été tournés au Sri Lanka. Pour A View to a Kill, chanson-titre d’un film de James Bond, le groupe a joué les agents secrets dans la tour Eiffel à Paris. Contrairement à ce qu’on pourrait penser, les premiers vidéoclips de Duran Duran n’ont pas coûté une fortune, révèle John Taylor. Chaque déplacement était rentabilisé.

« Si on se rendait en Australie pour lancer une tournée, on tournait un vidéo. Nous dormions dans des hôtels bon marché. Les trois clips tournés au Sri Lanka ont coûté environ 40 000 livres Sterling (68 000 $). »

C’est certainement un des meilleurs investissements de l’histoire de la musique pop.


L’album Future Past est lancé aujourd'hui.

Les dates marquantes de la carrière de Duran Duran  

1978 : Formation du groupe par Nick Rhodes et John Taylor à Birmingham, en Angleterre. Roger Taylor, Andy Taylor et Simon Le Bon se joindront par la suite à eux pour former l’alignement original.

1981 : Sortie du premier album éponyme. Les extraits Planet Earth et, surtout, Girls on Film, avec son vidéoclip osé pour l’époque, placent Duran Duran sous les projecteurs.

1982 : La sortie de l’album Rio, écrin des succès Rio, Hungry Like The Wolf et Save a Prayer, confirme le statut de vedettes planétaires des membres du groupe.

1984 : Après le succès de l’album Seven and the Ragged Tiger, des projets parallèles émergent. John et Andy Taylor forment le supergroupe The Power Station avec Robert Palmer et Tony Thompson. Simon Le Bon et Nick Rhodes créent de leur côté le duo Arcadia.

1985 : Duran Duran signe la chanson thème de A View To A Kill, nouveau film de la franchise James Bond.

1986 : Départs de Roger et d’Andy Taylor. Duran Duran poursuit sa route en trio.

1993 : De nouveau quintette avec l’intégration de Warren Cuccurullo et Sterling Campbell, Duran Duran renoue avec le succès, après quelques années de galère, grâce aux chansons Ordinary World et Come Undone.

1997 : John Taylor quitte le groupe.

2001 : Réunion du quintette original, qui lance trois ans plus tard l’album Astronaut. En 2006, Andy Taylor quittera définitivement Duran Duran.

Libéré de la popularité  

Le groupe britannique Duran Duran lance l’album Future Past.
Photo courtoisie, John Swannell
Le groupe britannique Duran Duran lance l’album Future Past.

John Taylor affirme que Duran Duran vit très bien avec le fait que les nouvelles chansons rassemblées sur l’album Future Past n’auront probablement jamais autant de succès que leurs tubes des années 1980.

C’est la roue qui tourne, et le musicien sexagénaire ne s’en trouve point amer. « Il faut abandonner l’idée que nous sommes un groupe populaire », dit-il, ajoutant même que ce recentrage a un effet « libérateur ».

« Nous pouvons redevenir ce projet artistique que nous étions à 18 ans. »

Cependant, s’empresse-t-il de préciser, Duran Duran n’a jamais abaissé ses standards artistiques quand le groupe était au sommet de sa popularité. « On ne s’est jamais dit qu’il fallait composer une chanson qui allait plaire aux filles de 15 ans », assure-t-il.

Clins d’œil au passé

Sur Future Past, qui arrive au moment où le groupe célèbre ses 40 ans, le Duran Duran d’aujourd’hui salue le Duran Duran d’antan, en particulier sur le single Anniversary, dans lequel les musiciens font plusieurs clins d’œil musicaux à leurs chansons les plus connues.

Les claviers costauds qui rythment un autre extrait, Invisible, ont aussi une saveur eighties qui plaira aux nostalgiques.

N’empêche que si Future Past évoque fréquemment le passé, il n’en demeure pas moins l’œuvre d’une formation qui refuse de faire du surplace. Ainsi, à la réalisation, Duran Duran a fait appel au DJ turc Erol Alkan. Mark Ronson, Giorgio Moroder et Graham Coxon ont aussi été mis à contribution en cours de route.

L’enregistrement a cependant été marqué par des désaccords. En mars 2020, le groupe a même pris une pause du studio de neuf mois, le temps que tous se calment les nerfs et que la COVID s’estompe.

« Il arrive un moment où on devient émotif à propos de la façon dont on veut que notre musique sonne. Vouloir la même chose, c’est tout un défi. Alors quand nous sommes revenus après neuf mois, nous avions une objectivité qui faisait défaut avant », raconte John Taylor.

L’album de la relance

Il se réjouit que l’album ait pu finalement être prêt à temps pour la relance post-COVID de l’industrie musicale.

« On vient de donner quelques concerts au Royaume-Uni, et c’était bon de faire partie de ça. Je ne sais pas comment c’est chez vous, mais à Londres, les gens ont faim de sortir, d’aller voir des spectacles et danser. »

Un retour au Québec, où le groupe n’a pas joué depuis ses concerts au Centre Bell et au Festival d’été en 2016, serait dans les plans pour le printemps ou l’été 2022.