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Le polémiste Éric Zemmour amplifie une campagne qui ne dit pas son nom

Le polémiste Éric Zemmour amplifie une campagne qui ne dit pas son nom
AFP

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Conférences aux allures de rassemblements électoraux, premiers financements, un possible QG et des ralliements: le polémiste français d'extrême droite Éric Zemmour structure à six mois de l'élection présidentielle en France une campagne qui ne dit pas son nom, exonéré des obligations liées au statut de candidat.

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Habituellement accueilli par des «Zemmour président» à ses conférences supposées littéraires, le sulfureux polémiste de 63 ans est descendu pour la première fois de l'estrade mercredi pour visiter un salon de la sécurité, Milipol, suivi comme un candidat par une nuée de caméras.

Après plusieurs réunions dans le sud de la France, région sensible à ses thèses identitaires, il a fait une incursion début octobre à Lille (nord) pour parler réindustrialisation, et va labourer prochainement des terres plus centristes en Normandie et Bretagne.

L'éditorialiste, condamné à deux reprises pour provocation à la haine raciale, qui hystérise le débat politique depuis la rentrée, sort ainsi de sa zone de confort alors que les électeurs susceptibles de voter pour lui se partagent entre les catégories populaires et bourgeoises de la droite et du Rassemblement national (RN, extrême-droite), et plébiscitent la thématique de l'immigration, selon l'institut de sondage IFOP.

«Chamboule-tout» de la campagne, le polémiste identitaire entretient un flou absolu sur le calendrier de sa décision et semble savourer l'attente que celle-ci suscite.

Se déclarer candidat l'obligerait «à présenter un programme, trouver des financements, des parrainages» et à ne pas «faire une campagne monothématique sur l'immigration et l'identité», note le politologue Jean-Yves Camus interrogé par l'AFP.

Fusil

Selon les derniers sondages, le président sortant Emmanuel Macron - qui n'a pas encore dévoilé ses intentions - est en tête dans les intentions de vote pour le premier tour de l'élection qui aura lieu les 10 et 24 avril 2022, devant la candidate du RN Marine Le Pen et Éric Zemmour, au coude à coude.

Dans un contexte où la gauche française est divisée et où la droite se cherche encore un candidat, Marine Le Pen, qui s'était qualifiée au second tour en 2017, voit avec inquiétude l'avancée d'Éric Zemmour sur ses traces.

Si une éventuelle déclaration de candidature se fait attendre, le polémiste continue à jouer sur l'attention qu'il suscite et forge ses réseaux, politiques et financiers.

Il s'est ainsi amusé mercredi à prendre pour cible des journalistes avec un fusil au salon Milipol après avoir déclaré à Béziers (sud) qu'il voulait «enlever le pouvoir (aux) contre-pouvoirs» comme «la justice, les médias, les minorités».

Les promesses de parrainages - il en faut 500 pour être candidat - ont doublé depuis fin août pour s'établir «entre 200 et 250», selon Antoine Diers, porte-parole de l'association des Amis d'Éric Zemmour, qui s'est adjointe une structure de financement cet été.

Le toujours pas candidat affiche aussi des ralliements, par exemple le général Bertrand de la Chesnais, tête d'une liste soutenue par le RN lors des élections municipales de 2020, qui confie à l'AFP jouer un rôle de «conseiller», ou encore le député Joachim Son-Forget, ex-LREM (parti de la majorité présidentielle).

Mais certains soutiens s'impatientent. La présidente du Mouvement conservateur (droite), Laurence Trochu, loue auprès de l'AFP son «rôle de démineur sur les sujets civilisationnels» et «regarde avec une grande attention s'il va y avoir une mue en candidat».

QG près de l’Élysée

Jean-Frédéric Poisson, candidat ex-Parti chrétien démocrate à la présidentielle, mais disposé à se désister en faveur d'Éric Zemmour, le pousse à «changer de statut rapidement et devenir candidat».

Le journal en ligne Mediapart a récemment dévoilé une liste de noms de ses disciples qui auraient reçu des rôles déterminés en vue d'une vraie campagne.

Des bureaux comme un QG de campagne devraient par ailleurs bientôt ouvrir dans une rue de Paris, à deux pas de l'Élysée, le palais de la présidence française.

Côté financement, le financier ultraconservateur Charles Gave aurait prêté 300 000 euros aux Amis d'Éric Zemmour, selon l'hebdomadaire Le Point.

Non sans mal, selon sa fille Emmanuelle Gave, qui a raconté sur Twitter que ce prêt «via son compte ouvert depuis 1972 au Crédit du Nord» lui a valu la fermeture de «tous ses comptes» dans cette banque.

Éric Zemmour peut aussi compter sur les ventes à succès de son livre, qui lui rapporte d'autant plus qu'il l'a lui-même édité.