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Quand la science fait le lien entre changement climatique et catastrophes

Quand la science fait le lien entre changement climatique et catastrophes
AFP

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PARIS, France | Quand une poignée de scientifiques tente en 2015 d’évaluer le rôle du changement climatique dans les inondations record au Royaume-Uni, l’accueil est glacial et la démarche qualifiée de « non scientifique ». Six ans plus tard, leur travail est devenu crédible.

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Début juillet, les scientifiques du World Weather Attribution a estimé que le changement climatique a rendu la vague de chaleur qui a frappé en juin l’ouest des États-Unis et du Canada au minimum 150 fois plus susceptible de se produire.

Le World Weather Attribution (WWA), qui regroupe des experts de divers instituts de recherche dans le monde, s’est fait une spécialité d’analyser le lien possible entre un événement météo extrême précis et le réchauffement climatique, en calculant dans des délais très courts la probabilité qu’il se soit produit même sans le dérèglement climatique lié aux émissions de gaz à effet de serre.

« Nous voulions faire évoluer le débat, mais nous ne pensions pas que cela fonctionnerait aussi bien », explique la climatologue Friederike Otto de l’université d’Oxford, qui a créé le WWA en 2014 avec Geert Jan van Oldenborgh, du Royal Netherlands Meteorological Institute, décédé d’un cancer le 12 octobre.

Le chercheur, qui aurait eu 60 ans vendredi, a aussi développé le site internet Climate explorer, qui rend accessible des données climatiques à des chercheurs du monde entier.

« Très frustrant »

La recherche sur les liens entre changement climatique et catastrophes climatiques remonte à il y a une vingtaine d’années. En 2004, une étude britannique parue dans le journal scientifique Nature montrait que la canicule de 2003 en Europe, qui a fait de nombreux morts, avait été rendue plus probable par le réchauffement. À cette époque la publication d’une telle étude prenait des mois, car elle devrait être évaluée par d’autres experts. 

Confrontés à une vague de chaleur extrême ou à des pluies torrentielles, les scientifiques étaient alors réticents à mettre en cause le réchauffement. C’était « très frustrant », raconte Friederike Otto.

Dans une de ses premières études, le WWA a conclu que le changement climatique avait aggravé les inondations en 2015 en Grande-Bretagne, mais elle avait été rejetée par une revue scientifique, avant d’être publiée quelques années plus tard.

« Beaucoup de gens dans la communauté scientifique disait “c’est trop rapide, ce n’est pas de la science, la science ne fonctionne pas ainsi” », se souvient la scientifique.

Pour mesurer le rôle joué par le changement climatique dans un événement climatique extrême, le WWA compare le climat actuel, avec 1,2 °C de réchauffement depuis le milieu du XIXe siècle causé par les activités humaines, avec ce qu’il aurait été sans cela, utilisant des modélisations et des observations dans le passé.

Ils travaillent aussi avec des experts locaux pour mieux comprendre le contexte dans lequel se déroulent ces événements. La Croix Rouge a rapidement collaboré avec eux, tout comme l’organisation scientifique américaine Climate Central.

Le WWA a mis au point une méthodologie validée par d’autres experts et a montré que l’attribution rapide d’une catastrophe naturelle au changement climatique est « une activité opérationnelle », commente Robert Vautard, chercheur au Laboratoire des Sciences du climat et de l’environnement (LSCE).

« Vous ne publiez pas une étude à chaque fois que vous faites une prévision météo », explique à l’AFP le climatologue, qui participe aux travaux du Giec. Mais lors de la vague de chaleur au Canada et aux États-Unis, les températures ont été « hors échelle », poursuit-il.

Située à 250 km de Vancouver dans l’Ouest canadien, la localité de Lytton a enregistré pendant trois jours consécutifs un record, jusqu’à atteindre 49,6 °C avant d’être détruite à 90 % par les flammes, qui ont tué deux personnes.

Selon les travaux du WWA, avec le climat actuel, une telle vague de chaleur pourrait statistiquement avoir lieu une fois tous les 1000 ans. Les chercheurs avaient par ailleurs déterminé que les températures enregistrées ont été environ 2 °C plus élevées qu’elles l’auraient été si cet épisode de chaleur extrême avait eu lieu au début de la révolution industrielle.

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