/investigations/health
Navigation

Québec vérifie encore quels employés sont non vaccinés

Des médecins et des professionnels de la santé ont été identifiés par erreur

Facebook
Photo tirée de Facebook Même s’il avait publié une photo de lui se faisant vacciner et invité ses collègues à faire de même, le Dr Alex Carignan a dû prouver qu’il était adéquatement protégé contre la COVID-19, car son nom n’était pas dans le Registre provincial de vaccination.

Coup d'oeil sur cet article

Une semaine après le report de la vaccination obligatoire dans le réseau de la santé, Québec et les ordres professionnels sont toujours en train de vérifier les noms qui apparaissent sur les listes des travailleurs non vaccinés et y ont découvert plusieurs erreurs.

• À lire aussi - Vaccination des 5 à 11 ans: 63 % des parents en faveur

L’exemple le plus frappant concerne le Collège des médecins du Québec. Il y a une semaine, on dénombrait 580 docteurs considérés comme non vaccinés.

En date d’hier, ce nombre avait chuté à 250 puisque plus de la moitié ont pu prouver qu’ils étaient déjà immunisés avant la date butoir du 15 octobre. 

Par exemple, certains avaient reçu leurs doses en Ontario ou leurs noms avaient été mis par erreur sur la liste des non-vaccinés contre la COVID-19.

À l’Ordre professionnel des inhalothérapeutes du Québec (OPIQ), la liste a aussi fondu après les récentes vérifications, passant de 437 à 210 membres dont on ne sait pas s’ils ont reçu leurs deux doses.

Du côté des pharmaciens, on ne compte plus que 150 non vaccinés. Au départ, les deux listes acheminées à l’Ordre des pharmaciens comptaient plus de 1100 noms, mais 930 pharmaciens ont pu fournir la preuve qu’ils étaient bel et bien vaccinés.

Pour déterminer qui n’a pas été vacciné, le gouvernement utilise des listes faites par l’Institut national de santé publique du Québec (INSPQ), qui gère le Registre provincial de vaccination.

Chaque établissement de santé et ordre professionnel a reçu des listes de travailleurs non vaccinés au cours des derniers jours et on y a rapidement dépisté des erreurs, selon les sources à qui notre Bureau d’enquête a parlé.

Surpris

Pour des milliers d’autres, le système informatique n’arrivait tout simplement pas à valider le nom dans le Registre de vaccination.

C’est le cas du Dr Alex Carignan, un spécialiste en microbiologie et maladies infectieuses de Sherbrooke.

« J’étais quand même surpris. Je suis un grand défenseur de la vaccination », dit celui qui a reçu sa deuxième dose le 28 avril. 

Le courriel qu’il a reçu du Collège des médecins lui demandait de fournir son numéro d’assurance maladie, sans quoi il risquait d’être suspendu le 15 novembre.

À partir de cette date, les docteurs et employés du réseau pourraient être réaffectés ou suspendus sans solde s’ils ne sont pas adéquatement protégés. Le ministre de la Santé Christian Dubé avait d’abord fixé la date au 15 octobre, avant de reculer en invoquant des risques de bris de services.

On comptait alors plus de 14 000 personnes qui n’avaient reçu aucune dose, soit un peu plus de 4 % du personnel. 

« Complètement illusoire »

Pour Jeff Begley, président de la Fédération de la santé et des services sociaux de la CSN, Québec a voulu agir trop vite.

« Le 15 octobre, c’était complètement illusoire », dit-il, rappelant que les employés de la santé n’ont eu que trois semaines pour recevoir les injections après l’adoption du décret sur la vaccination obligatoire. 

Même s’il invite tous ses membres à se faire vacciner, il s’inquiète que des travailleurs soient visés par erreur. 

« Suspendre le droit d’exercice, c’est majeur. Il faut être sûr de nous et on ne peut pas être sûr quand on n’a pas la bonne information », indique la directrice générale de l’OPIQ, Josée Prud’homme.

Travailleurs de la santé protégés contre la COVID-19  

En date du 12 octobre

95,6 % avec au moins une dose

93,4 % complètement vaccinés

En date du 19 octobre

95,8 % avec au moins une dose

94,1 % complètement vaccinés

Nombre d’employés qui ont été vaccinés le 12 octobre 

607

Nombre d’employés qui ont été vaccinés le 19 octobre

224

Source : Vigie des activités de vaccination COVID-19, INSPQ

Des listes de travailleurs qui ne concordent pas  

Les listes du personnel non vacciné contre la COVID-19 illustrent à merveille les difficultés informatiques vécues par le réseau de la santé.

Les bases de données de l’Institut national de santé publique du Québec ont été incapables de détecter des milliers de noms de médecins et d’infirmières dans le Registre provincial de vaccination.

On se retrouve ainsi avec pas moins de 5716 infirmières dont le statut vaccinal est incertain parce qu’on n’a pas pu faire l’appariement avec les données fournies par leur ordre professionnel.

Des discussions sont en cours pour tenter de régler la situation et s’assurer qu’elles sont toutes bien vaccinées.

10 000 personnes

Du côté des médecins, on parle de plus de 2700 noms qui ne sont pas « appariés ».

« On devient un peu désabusés. Ce n’est pas la première fois qu’on vit des problèmes informatiques », dit le Dr Alex Carignan, qui a dû prouver qu’il était vraiment protégé contre le coronavirus.

Au ministère de la Santé, on dit être au courant de la situation, mais qu’elle ne touche que 10 000 travailleurs du réseau, soit 3 % des effectifs.

« Dans la plupart des cas, l’information est présente au Registre de vaccination, mais il se peut que des différences existent entre la liste des membres et l’information au Registre de vaccination », indique un porte-parole, Robert Maranda.

Il peut s’agir d’erreurs dans le nom, d’une orthographe différente dans les deux listes ou d’un doublon.

Confidentialité

Il reste donc du travail à faire pour s’assurer de bien identifier les non-vaccinés.

« On ne peut pas suspendre le droit de pratique de quelqu’un parce que les données ne sont pas fiables au niveau technologique », dit une source sous le couvert de l’anonymat.

Par ailleurs, il y a des enjeux de confidentialité de l’information. 

C’est ainsi que dans certains établissements, on a mis à contribution des médecins ou des infirmières du bureau de la santé et sécurité pour demander des informations médicales à des employés, notamment le numéro d’assurance maladie.

À VOIR AUSSI...