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0918 WE Lionel Shriver
Photo courtoisie, Eva Vermandel

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Quatre heures, vingt-deux minutes et dix-huit secondes, le tout nouveau roman de la femme de lettres américaine Lionel Shriver, remet en question l’enthousiasme galopant pour les triathlons. Et c’est jubilatoire.

On peut toujours compter sur l’écrivaine Lionel Shriver pour épingler intelligemment les débordements et les zones d’ombre de la société américaine. Son célèbre Il faut qu’on parle de Kevin, qui se penche sur le phénomène des tueries de masse en milieu scolaire, ou Big Brother, qui raconte ce qui peut se produire lorsque l’obésité morbide s’invite dans les chaumières, en sont d’excellents exemples. Idem pour Quatre heures, vingt-deux minutes et dix-huit secondes, son tout nouveau roman.

« Depuis longtemps, la relation à notre corps fait partie des sujets qui me fascinent », explique Lionel Shriver, qu’on a pu joindre à Brooklyn – elle partage sa vie entre New York et Londres. « Après avoir abordé le thème de l’obésité, il était donc parfaitement logique que je m’intéresse à cette espèce d’engouement pour l’exercice physique, qui devient de plus en plus extrême, poursuit-elle. Par contre, comme je n’aime pas me répéter, je me suis volontairement abstenue de parler de diètes, de calories et de nourriture, même si ce sont des éléments importants dans le quotidien des gens qui s’entraînent beaucoup. »

Dans Quatre heures, vingt-deux minutes et dix-huit secondes, on suivra ainsi les tribulations d’un couple dans la soixantaine vivant à Hudson, petite ville de l’État de New York comptant à peine 6000 habitants. Toujours active sur le plan professionnel – elle est interprète de voix hors champ –, Serenata a récemment été obligée d’arrêter le jogging à cause de ses genoux, complètement dévastés par l’arthrose. Pour quelqu’un qui a ressenti toute sa vie le besoin de courir 15 km par jour, il pourrait difficilement y avoir pire nouvelle.

Et pourtant, si.

Au galop !

Remington, le mari de Serenata, a été licencié quelques semaines plus tôt. Et comme il a déjà 64 ans bien sonnés, ce n’est pas demain la veille qu’il risque de se dégoter un nouveau poste d’ingénieur en génie civil. Du coup, histoire de se garder occupé, il a tout bonnement décidé de s’entraîner pour courir le marathon de Saratoga Springs... alors qu’il n’a jamais eu la moindre fibre sportive !

En le regardant trotter péniblement dans les rues de la ville, Serenata est d’ailleurs persuadée que cette envie de jouer les Usain Bolt ne va pas durer bien longtemps. Sauf que hélas, mille fois hélas, ça ne sera pas du tout le cas. Au bout de quelques mois, Remington visera carrément les triathlons de type Ironman.

« Les gens qui se mettent à faire des sports extrêmes sont ou bien des jeunes dans la petite vingtaine, ou bien des personnes qui ont eu une prolifique carrière et qui, une fois à la retraite, se cherchent quelque chose où elles pourront continuer d’exceller », précise Lionel Shriver. Se rangeant dans la seconde catégorie, Remington comblera donc désormais l’essentiel de ses journées avec des étirements, des séances de musculation et des kilomètres de course à pied.

Tout ça au grand dam de Serenata, qui ne rêve que d’une chose : retrouver son bon vieux mari pantouflard.

De vains efforts ?

« En vérité, tomber dans les sports extrêmes n’apporte rien et ne fait que donner l’illusion de la productivité, assène Lionel Shriver. Ce sont surtout les hommes qui se laissent séduire par ce genre de compétition, et leurs familles sont ensuite obligées de les suivre partout pour les encourager. À cause de l’intensité de l’entraînement – il y en a qui se lèvent chaque matin à quatre heures ! – et de tous ces déplacements, il est ensuite assez fréquent de voir les mariages éclater. Mais le problème avec les sports extrêmes, c'est qu’ils sont maintenant associés au sacrifice et à l’héroïsme. Et ça, c’est quelque chose que je rejette, que je trouve malsain. »

Elle n’est du reste pas la seule à penser ça. Un jour, en lisant un article sur les ultra-triathlons paru dans le New York Times, elle a elle-même constaté que les lecteurs étaient divisés en deux clans : ceux qui trouvaient que faire ce genre d’exercice insensé était tout simplement incroyable, et ceux qui trouvaient ça complètement stupide. « Il y avait des tonnes de commentaires, les gens s’obstinaient, et c’est là que je me suis dit que ça ferait un excellent sujet de roman, poursuit Lionel Shriver. L’un des défis de ce livre a cependant été de ne froisser personne. Instinctivement, les gens admirent ceux qui sont capables de s’entraîner autant et de réaliser tous ces exploits. Mais moi, je tenais à ce qu’ils remettent en question l’utilité de tous ces efforts... »

<b>Quatre heures, vingt-deux minutes et dix-huit secondes</b><br />
Lionel Shriver<br/>
aux Éditions Belfond<br/>
384 pages
Photo courtoisie
Quatre heures, vingt-deux minutes et dix-huit secondes
Lionel Shriver
aux Éditions Belfond
384 pages

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