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L’agréable travail d’effrayer le monde

Les acteurs du Festival de la Frayeur, à La Ronde, confessent qu’ils adorent faire peur à leurs clients

GEN - COULISSES DU FESTIVAL DE LA FRAYEUR
Photo Martin Alarie Cette gargouille pose gentiment pour le photographe, assise sur un trône devant le squelette en bois du Monstre.

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À l’intérieur de Montréal, le journaliste Louis-Philippe Messier se déplace surtout à la course, son bureau dans son sac à dos, à l’affût de sujets et de gens fascinants. Il parle à tout le monde et s’intéresse à tous les milieux dans cette chronique urbaine.


Dans les méandres du costumier de La Ronde, je déambule parmi des milliers de costumes accrochés et des cadavres de mascottes vides disposés sur des étagères. Je comprends que j’approche de la salle de maquillage des « monstres » du Festival de la Frayeur en entendant les éclats de rire des acteurs.

Terrifiante avec son faux crâne blanc, la comédienne Catherine C., qui incarne le vampire Lévana, m’explique qu’elle est assise là à se faire coiffer et maquiller depuis trois heures... plus long qu’un trajet Montréal-Québec.

« Ça fait partie du travail, il faut arriver tôt », me dit cette diplômée de l’école supérieure de théâtre de l’UQAM.

Dans son personnage, juchée sur des talons et gainée d’un costume d’apparence cuir ou latex, Catherine sera intimidante. 

Une visiteuse de La Ronde a eu la frousse à cause d’un zombie qui vient de la surprendre, et elle rit.
Photo Martin Alarie
Une visiteuse de La Ronde a eu la frousse à cause d’un zombie qui vient de la surprendre, et elle rit.

« Je démarre ma tronçonneuse près de 400 fois par soir pour effrayer les gens, mais j’ai brisé la corde la dernière fois, alors ce soir, je vais être un zombie ambulant dans le parc », me raconte Simon Fournier, qui joue d’ordinaire le maniaque à la scie mécanique.

« On fait 95 % de ce que ferait une véritable psychopathe sanguinaire : on traque les gens, on les prend par surprise, on se rue sur eux en courant, puis... on ne leur fait rien, c’est juste du jeu ! »

« Une espèce de passion »

Aucun des acteurs que je rencontre n’en est à sa première année au Festival. Certains vétérans reviennent depuis le début en 2002.

« Je reviens depuis 19 ans parce que c’est une espèce de passion, j’attends avec fébrilité le mois d’octobre », me raconte Nathalie Dufour, une comédienne de formation qui travaille depuis longtemps à temps plein dans le domaine des assurances. 

Trois heures de maquillage sont nécessaires pour devenir un beau vampire.
Photo Louis-Philippe Messier
Trois heures de maquillage sont nécessaires pour devenir un beau vampire.

Pendant les fins de semaine, Mme Dufour retrouve le plaisir de faire peur, comme personnage de maison hantée, cette année dans celle appelée District dans le noir. « Ça me donne un regain de vie pour faire mon année, ensuite je suis bonne pour 11 mois », dit-elle à la blague.

La vampire Lévana.
Photo Martin Alarie
La vampire Lévana.

« J’adore faire peur aux gens », confesse quant à lui Mathieu Clairoux, qui aime à jour le monstre depuis 19 ans lui aussi.

Horreur noble

« L’horreur est un sentiment aussi noble que la peine, l’amour ou le rire », selon Paul-Patrick Hébert, le créateur des maisons hantées de La Ronde depuis 17 ans.

Il y a certainement un lien entre la peur et le rire puisque, pendant ma soirée, chaque fois qu’un démon/vampire/zombie/clown parvient à me faire sursauter au détour d’un recoin sombre, j’éclate de rire. Je lui dis : « Bravo, c’est réussi ! Tu m’as eu. » 

Une démone bien cornue.
Photo Martin Alarie
Une démone bien cornue.

Après les quatre maisons hantées et les trois zones de peur en plein air, j’ai eu ma dose de frousse, je suis détendu, rieur. Pour savoir pourquoi c’est si agréable, la « peur-jeu », j’ai parlé à un spécialiste de l’esthétique de la violence dans les jeux vidéo, Christopher Noël. 

GEN - COULISSES DU FESTIVAL DE LA FRAYEUR
Photo Martin Alarie

« Dans une société comme la nôtre où le citoyen doit souvent se battre pour sa survie, on recherche ces expériences de vie ou de mort qui se déroulent dans un cadre sécuritaire et fictif... et cela est vrai tant pour les visiteurs en position de victime que pour les acteurs qui jouent les bourreaux », me dit le chercheur qui a aussi travaillé aux effets spéciaux du film Le Prédateur.

La bonne humeur des acteurs et des visiteurs semble confirmer sa thèse. 


Le Festival de la Frayeur a lieu les samedis et dimanches jusqu’au 31 octobre. Les monstres épeurants sortent à 17 h 30 (sauf en cas de pluie) et terrorisent les gens jusqu’à la fermeture.