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Les dérapages récents de l’UPAC

Geneviève Guilault
Capture d’écran Geneviève Guilbault a brandi le livre PLQ inc. de notre Bureau d’enquête au Salon bleu.

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J’ai sursauté, cette semaine, en entendant la ministre Sonia LeBel réitérer sa confiance en l’Unité permanente anticorruption (UPAC), après l’arrêt des procédures dont a bénéficié l’ex‐maire de Terrebonne.

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« On parle d’une enquête qui prédate, si on veut, tous les changements qu’on a faits à l’UPAC depuis qu’on est arrivés au pouvoir », a-t-elle affirmé.

L’enquête Médiator, rappelons-le, avait permis l’arrestation de quatre personnes, dont l’ex‐maire Jean-Marc Robitaille et son chef de cabinet, Daniel Bélec, qui étaient soupçonnés d’avoir touché de juteux pots-de-vin d’entrepreneurs qui obtenaient des contrats publics.

Toutes les accusations sont tombées lundi. La juge Nancy McKenna a estimé que tant le Directeur des poursuites criminelles et pénales (DPCP) que l’UPAC avaient commis des abus de procédure graves comme des « déclarations trompeuses » et des « propos mensongers » qui avaient brimé le droit des accusés à un procès juste.

Pourquoi donc ai-je sursauté quand la ministre a parlé d’une vieille enquête ? Parce que les dérapages policiers relevés cette fois-ci sont très récents.

Il est vrai que les arrestations ont eu lieu en mars 2018, à l’époque de l’ex-commissaire Robert Lafrenière, quand l’UPAC se vidait de son expertise et utilisait des méthodes controversées.

Mais les manquements soulignés par la juge McKenna dans le dossier Terrebonne se sont produits en 2020 et même 2021, pendant le procès.

À ce moment, le nouveau commissaire de l’UPAC, Frédérick Gaudreau, était bien en selle, ayant été nommé en octobre 2019.

Le ton monte

Plus embarrassant encore pour la CAQ, certains des manquements soulignés par la juge dans le cadre du procès Médiator auraient été commis par Sylvain Baillargeon, nommé comme numéro deux de l’UPAC en mars 2020... par le gouvernement Legault !

Jeudi, la collègue de Sonia LeBel, Geneviève Guilbault, choisissait de s’en prendre au Parti libéral pour défendre le bilan du gouvernement en matière de lutte à la corruption.

En réponse à une question du député de LaFontaine, Marc Tanguay, elle a brandi un exemplaire du livre PLQ inc., de notre Bureau d’enquête. Cet ouvrage raconte justement comment l’UPAC s’est butée au parti que dirigeait jadis Jean Charest, dans le cadre de la vaste enquête Machurer sur des allégations de financement politique illégal.

« M. le Président, s’il y a un parti qui a donné de l’ouvrage à l’UPAC au travers des années, c’est bien le Parti libéral », a lancé Mme Guilbault.

Le ton est alors monté entre libéraux et caquistes, et le président de l’Assemblée a dû ramener tout ce beau monde au calme.

Attentes élevées

On regrettera que les crimes allé-gués de corruption à Terrebonne n’aient pas été jugés sur le fond. Après tout, « les citoyens s’attendent à de hauts standards de probité de la part des élus et des administrateurs municipaux », souligne la juge McKenna.

Mais « les attentes de la société sont tout aussi élevées envers les agents de l’État chargés de traduire devant la justice les auteurs de ce genre de crime », souligne aussi la juge.

Voilà de quoi donner matière à réflexion à un gouvernement qui est appelé à se pencher sur une refonte des services policiers, en plus de procéder bientôt à la nomination d’un nouveau directeur à la Sûreté du Québec.