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Non, le wokisme n'est pas une mode passagère

Jean-François Roberge
Photo Pierre-Paul Poulin Il ne s’agit pas de nier le racisme, mais de voir que derrière des mots vertueux comme « diversité », « équité » et « inclusion » se cache souvent un projet de déconstruction radicale de nos sociétés.

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Quelle formidable sortie conjointe des ministres québécois et français de l’Éducation contre le wokisme !

Elle est bienvenue, car le wokisme n’est pas une fièvre de courte durée, mais le résultat d’un travail intellectuel de sape commencé depuis longtemps.

Il y a certes un effet de mode chez ces jeunes qui voient du racisme partout.

Ils veulent être dans l’air du temps et ne pas passer pour des méchants.

Mais le wokisme lourd, celui qui culpabilise toute une société et censure des gens, vient de loin.

J’irai à l’essentiel.

Histoire

Il y a près de 100 ans, des intellectuels européens de formation marxiste (Adorno, Horkheimer, Lukacs, etc.) se demandent : pourquoi la révolution annoncée par Marx n’a-t-elle pas eu lieu ?

En gros, leur réponse fut que Marx avait sous-estimé la culture, les mentalités, la famille, etc., comme moyens d’endoctriner le peuple pour l’endormir.

On appela ce courant la Théorie critique. Un groupe particulièrement influent fut connu sous le nom d’École de Francfort.

Le nazisme amena plusieurs de ces intellectuels à fuir l’Allemagne. Beaucoup devinrent professeurs d’université aux États-Unis.

Leur pensée fut ensuite reprise, vulgarisée et adaptée aux circonstances par des philosophes comme Herbert Marcuse.

Arrivent les années 1960, la contre-culture, l’agitation sur les campus et, aux États-Unis, la lutte des Noirs américains autour de figures comme Angela Davis, Stokely Carmichael, les Black Panthers, etc.

La question raciale américaine et la Théorie critique se nourrirent l’une de l’autre, et la Théorie critique devint la « Critical Race Theory ».

Cette nouvelle mouture produisit aussi ses théoriciens, comme Derrick Bell, prof à Harvard, ou Kimberlé Crenshaw, prof à UCLA.

Madame Crenshaw expliqua qu’il est dur d’être Noire, dur d’être femme, mais que si vous êtes à la fois Noire et femme, vous êtes encore plus opprimée.

Le concept d’« intersectionnalité », donc l’idée que plusieurs oppressions peuvent s’additionner, venait de naître.

L’immigration et la lutte contre la discrimination sexuelle allaient ensuite gonfler les rangs des « opprimés » : minorités religieuses, LGBTQ2+, etc.

La société « juste » ne viendrait pas des ouvriers blancs, jugés méprisables parce que réactionnaires et de droite, mais d’une coalition de toutes les minorités.

Déconstruction

Évidemment, il y eut et il y a des variantes nationales.

En France, Pierre Bourdieu, pour qui la sociologie devait être une « arme de combat », et Michel Foucault, pour qui la psychiatrie, les prisons, les mots étaient des outils aux mains des puissants pour assurer l’ordre social, eurent une influence qui se fait encore sentir.

Au Canada, la cause autochtone est aujourd’hui récupérée par le wokisme. Joyce Echaquan est devenue un symbole comme George Floyd l’est aux États-Unis.

Évidemment, il ne s’agit pas de nier le racisme, mais de voir que derrière des mots vertueux comme « diversité », « équité » et « inclusion » se cache souvent un projet de déconstruction radicale de nos sociétés.

C’est beaucoup plus compliqué et je fais des raccourcis, mais ceux qui pensent que tout ceci est passager parlent à travers leur chapeau.