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La libération du ministre Roberge

Le ministre de l'Éducation, Jean-François Roberge
Photo d'archives, Simon Clark Le ministre de l'Éducation, Jean-François Roberge

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On n’avait pas vu le ministre de l’Éducation aussi souriant depuis des lunes.

« Ça me fait du bien de parler d’autre chose que de COVID, » m’a-t-il confié en entrevue au Bilan vendredi soir.

Jean-François Roberge aurait tout aussi pu ajouter qu’il est enfin libéré de la ventilation dans les écoles !

Celui qui n’a reçu aucun crédit pour le fait que les écoles soient restées ouvertes pendant la pandémie, celui qui s’est laissé embourber dans un débat par moment surréel sur la ventilation, peut enfin tourner la page.

La lettre conjointe avec son homologue français sur la liberté d’expression, l’annonce aujourd’hui du contenu du nouveau cours pour remplacer celui d’Éthique et culture religieuse donnent les moyens au ministre de refaire sa crédibilité.

On a bien compris que Jean-François Roberge est plus dans son élément quand il parle du rôle de l’école qu’en mode gestion de crise.

Mais le pari n’est pas sans risque.

Débat essentiel 

Dans l’espace public, le débat sur le wokisme et la culture de la censure est trop souvent réduit à une radicalisation de la gauche bien-pensante. Or ce n’est plus aussi simple.

« Si on n’est pas capables à l’école de débattre de sujets sensibles, où est-ce qu’on va l’apprendre ? » demande le ministre. Jean-François Roberge soulève ainsi une question essentielle : à quoi sert l’école ?

Ce n’est pas seulement apprendre à lire, écrire, compter. Apprendre à réfléchir, débattre, développer la curiosité de vouloir comprendre, le courage de confronter des idées ne doivent pas attendre le cégep ou l’université. Ça commence au primaire.

Il est donc légitime de vouloir immuniser nos écoles contre les dérives d’un mouvement qui, sur l’autel de la tolérance, impose le silence et le relativisme.

Mais poser le diagnostic ne suffit pas. Jean-François Roberge devra démontrer rapidement comment il compte ériger le système d’éducation québécois en rempart contre les excès et les outrances de ce qu’il décrit comme le nouvel obscurantisme de notre époque.

Premier affrontement en vue

La refonte du cours d’Éthique et culture religieuse en un cours de Culture et citoyenneté québécoise tombe à point nommé.

Les objectifs du ministre sont clairs : « Le cours à venir sera un socle sur lequel on pourra préparer les jeunes à exercer leur pleine citoyenneté québécoise en étant capables d’aborder tous les sujets sans tabou, » m’a-t-il expliqué vendredi.

On sait déjà que ce premier test s’annonce périlleux.

Déjà, l’opposition est mobilisée. Les défenseurs du cours d’ECR, les apôtres du multiculturalisme imputent déjà au gouvernement de vouloir endoctriner la jeunesse pour en faire « de bons petits Québécois. »

En évoquant l’idée d’une citoyenneté québécoise, le ministre de l’Éducation doit bien savoir qu’il s’avance en terrain miné.

Il doit maintenant convaincre que son nouveau cours n’est pas un nouveau levier du projet nationaliste de la CAQ, mais bien un fondement efficace pour « préparer notre jeunesse à une citoyenneté active, respectueuse et éclairée », comme l’évoque sa lettre sur la liberté d’expression.