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Les pires urgences au Québec craquent de partout

Un hôpital mal dirigé finit par avoir de gros impacts sur les délais dans la zone des cas pressants

Urgence
Photo Simon Clark Les premiers constats du ministère de la Santé font état de problèmes d’organisation et de gestion dans les pires urgences du Québec. Les directions auront des suivis serrés pour améliorer certains délais au cours des prochains mois.

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Manque flagrant d’organisation, pénurie de personnel, mauvaise gestion des congés : les premiers rapports sur les pires urgences du Québec font état d’une panoplie de problèmes dans plusieurs départements des hôpitaux, a appris Le Journal. 

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« Les rapports sont négatifs, on dit les vraies choses, mais au moins, on s’en occupe, réagit le Dr Gilbert Boucher, président de l’Association des spécialistes en médecine d’urgence du Québec. Environ 85 % du problème, c’est de la gestion. Il faut mieux s’organiser. » 

Afin de s’attaquer aux longs délais dans les urgences du Québec, le ministère de la Santé et des Services sociaux (MSSS) a ciblé les 25 pires établissements. 

Au cours des derniers mois, chaque hôpital a été visité, et s’est vu remettre un rapport personnalisé de cibles à atteindre d’ici l’an prochain. Ils font état des problèmes à l’urgence, mais aussi de l’accès en première ligne et sur les étages. 

Le Journal a obtenu les rapports pour six hôpitaux de la grande région de Montréal, dont le Centre universitaire de santé McGill (CUSM), Saint-Jérôme et Charles-LeMoyne. 

Le bordel dans les cliniques 

Un constat principal ressort : la gestion des soins est « hospitalocentrée », lit-on. Souvent, un patient qui pourrait retourner à la maison et être suivi en clinique externe est quand même hospitalisé. 

« C’est tellement compliqué de prendre des rendez-vous dans des cliniques, tellement mal organisé, qu’on finit par les garder », constate le Dr Boucher. 

« Quand on est submergés, il n’y a plus de règles, ajoute-t-il. Tu fais ce que tu peux, tu t’occupes du prochain patient, mais il n’y a plus de vision. » 

Plusieurs hôpitaux ont des problèmes de communication et une mauvaise planification des congés et de l’accès aux lits sur les étages. 

« On a intérêt à être plus efficaces, croit aussi la Dre Judy Morris, présidente de l’Association des médecins d’urgence du Québec. Il y a souvent un manque de vision et de gestion globale en dehors de l’urgence. Il faut que les gens soient imputables. »

  • Écoutez l'entrevue de Judy Morris avec Benoit Dutrizac sur QUB Radio:

La pénurie empire la situation. L’accès aux chambres est souvent retardé parce qu’il n’y a personne pour désinfecter. Parfois, les infirmières de l’urgence ont plus de patients à leur charge que sur les étages de soins, est-il écrit dans un rapport. 

Problèmes d’attitude 

Et les hôpitaux de Saint-Jérôme et de Saint-Eustache font face à des conflits entre les employés et la direction, lit-on. Problèmes d’attitude, manque de soutien des gestionnaires, absence de réunions de personnel « depuis longtemps », la liste est longue. Bien qu’il croit que le virage est possible, le Dr Boucher note une certaine réticence sur le terrain. 

« C’est la première fois qu’on a un gestionnaire à la tête du ministère depuis 2000. Il n’y a rien de compliqué, ça prend une culture du changement, dit-il. Il y a des médecins qui pensent que ça fait juste réinventer la roue. »  

Le MSSS a refusé de transmettre les 25 rapports au Journal, puisque certains ne sont pas encore complétés. 

Des patients... très patients à cause des cibles ratées  


L’équipe STAT (Soutien, transformation, accès, terrain) a visité les 25 pires urgences du Québec. Un premier rapport avec recommandations prioritaires a été remis à chaque direction, qui a un an pour s’améliorer. Des suivis seront assurés par le ministère de la Santé. Voici les principaux problèmes soulevés dans les rapports obtenus par Le Journal. 

Mal planifié

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  • Aucun processus de planification des congés.      
  • Les tournées médicales des médecins auprès des patients ne sont pas structurées. Elles varient selon les spécialistes (Charles-LeMoyne).      
  • Pas de critères précis pour décider si un patient est mis sur civière (Pierre-Boucher).      
  • Des spécialistes préfèrent faire les consultations à l’urgence plutôt qu’un rendez-vous en externe même si c’est non urgent (Honoré-Mercier).      
  • Absence d’outils informatiques pour la gestion des usagers hospitalisés (Laurentides).             


Pénurie de personnel

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Photo Simon Clark
  • Manque d’employés « à tous les titres d’emploi »        
  • Près de 50 % des infirmières au bloc opératoire sont manquantes (Charles-LeMoyne).      
  • Pénurie de physiothérapeutes.      
  • Fermeture de l’imagerie par résonance magnétique (IRM) la nuit par manque de personnel (Charles-LeMoyne).      
  • Travailleur social uniquement de garde la fin de semaine (Honoré-Mercier).      
  • Longs délais de désinfection des chambres, faute d’employés.      
  • Pas de coordonnateur médical à l’urgence (Saint-Jérôme).             


Équipements et lieux désuets

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  • Lieux physiques non propices aux personnes âgées.      
  • L’imagerie par résonance magnétique est désuète avec des bris fréquents. Des tests doivent parfois être repris parce qu’ils sont illisibles (Pierre-Boucher).      
  • Manquements à la prévention et au contrôle des infections.       
  • Systèmes informatiques dépassés.      
  • Corridors encombrés de matériel (Saint-Eustache).             


Longue attente en santé mentale

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  • Usagers intoxiqués dirigés vers l’aire ambulatoire, sans surveillance infirmière (Charles-LeMoyne).      
  • « Environnement vétuste », « déshumanisant, pas sécuritaire et [qui] ne favorise pas les interactions entre les usagers et le personnel » (Charles-LeMoyne).      
  • Délai de 18-24 mois pour une consultation en psychologie (Laurentides).      
  • Absence de chef de département sur une longue période (Saint-Jérôme).         

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