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CH: une demi-victoire pour la vérité

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Photo Ben Pelosse

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Le Canadien a donc modifié son message d’accueil référant à l’occupation du territoire montréalais par les Premières Nations.

Le message original saluait l’hospitalité de la Nation mohawk, comme si l’île de Montréal avait fait partie de son territoire ancestral au moment de la fondation de Ville-Marie et avant.

C’est faux, tout simplement.

Faits

L’historien autochtone Médérik Sioui a déclaré :

« Dans le fond, on recule à cause de la pression des historiens nationalistes qui ont scandé haut et fort que ce n’était pas vrai. Moi, ce que je déplore, c’est le geste de recul face aux pressions. »

Relisez attentivement cette déclaration.

Il y est question d’historiens « nationalistes » et de « recul face aux pressions ».

Qu’un historien soit « nationaliste », « antinationaliste », carnivore, végétarien, droitier ou gaucher n’a ici aucune importance.

La seule chose qui compte, c’est qu’il travaille à établir la vérité. Ici, elle est claire : les Mohawks sont arrivés après la fondation.

On a envie de poser à monsieur Sioui deux questions :

Est-ce qu’un historien à son goût, donc non nationaliste, aurait soutenu le contraire de la vérité ?

Est-ce qu’il faut défendre une fausseté pour montrer qu’on se tient debout face aux « pressions » ?

Certes, l’historien est parfois confronté à des questions délicates d’analyse : dans quelle mesure l’antisémitisme dans la société allemande a-t-il rendu possible le phénomène Hitler ?

Mais dans le cas qui nous occupe, on est devant une pure et simple question de fait : oui ou non, présents ou pas ?

Je parlais plus haut d’une demi-victoire et non d’une victoire complète. Pourquoi ?

Le nouveau message du Canadien garde la référence au fait que le territoire ne fut jamais « cédé ».

Cette idée d’une « cession » territoriale est un pur produit du colonialisme britannique.

La logique coloniale britannique fut une logique d’acheteur de terres.

En échange d’une contrepartie ridicule, on amenait l’autre à signer un bout de papier qu’il comprenait plus ou moins, ou qu’il n’avait pas le choix de signer, sinon il serait détruit par les armes.

Et tadam ! La couronne britannique pouvait dire que le territoire lui appartenait puisque son précédent propriétaire l’avait « cédé » en toute connaissance de cause.

Viendront ensuite les réserves, les pensionnats et l’assimilation forcée, toutes des initiatives d’un gouvernement fédéral canadien qui prolongent la logique impérialiste britannique.

Après leur indépendance, en 1783, les États-Unis utilisèrent cette même approche pour déposséder les peuples autochtones.

Légitimité

Du temps de la Nouvelle-France, les Français venus ici agirent différemment.

Il n’était pas question de conquérir par les armes et d’arracher une signature pour « acheter » quoi que ce soit.

C’était plutôt une logique de cohabitation et d’alliances, certes fragiles et marquées par des tensions.

Mais ce n’était pas une logique de « tu-signes-ce-papier-ou-on-vous-détruit ».

Persister à dire que Montréal est sur un territoire non cédé, c’est donc à la fois reprendre comme lunette interprétative l’approche coloniale britannique, c’est effacer l’approche fort différente de la France, et c’est miner la légitimité de l’État du Québec d’aujourd’hui à contrôler son territoire.