/finance/news
Navigation

Testament: favoriser un enfant plutôt qu’un autre

BLOC Héritage
Illustration Adobe stock

Coup d'oeil sur cet article

Je vous rapporte le questionnement d’une proche, mère de deux jeunes adultes. De nombreux parents s’y reconnaîtront. Alors voilà, elle se demande si le père et elle ne devraient pas aménager leur testament de manière à favoriser davantage un des enfants au cas où ils décéderaient ensemble dans un accident.

L’origine de cette réflexion : un des jeunes, plutôt nerd, a traversé son parcours universitaire telle une fusée, dans un domaine technique qui lui permettra de revendiquer bientôt un salaire plus élevé que ses parents, si ce n’est déjà fait. Le second présente une tout autre personnalité, torturée et toute en sensibilité, qui le prédispose à des secteurs d’activités moins valorisés (mais non moins importants) que la voie choisie par son frère. Ça s’annonce pour lui moins facile, d’autant qu’il cherche encore sa voie. Les parents aiment leurs enfants également. Cela doit-il se traduire par une répartition égale de leur patrimoine entre leurs descendants ?

Ce choix reste personnel, mais ceux qui culpabilisent à l’idée de vouloir avantager un enfant doivent se rappeler que c’est justifié dans certaines circonstances. Tout est dans la manière de le faire.

Plusieurs raisons valables

Dans le cas de cette amie, c’est une disparité économique importante qu’elle voudrait aplanir.

On peut imaginer toutes sortes de raisons valables. 

Par exemple, les parents qui ont financé les projets entrepreneuriaux d’un jeune peuvent en tenir compte dans la répartition de l’héritage. Celui-ci peut aussi être séparé entre les jeunes en fonction du nombre d’enfants qu’ils ont eus eux-mêmes, donc des petits-enfants des testateurs. Le partage peut également être influencé par un traitement de faveur passé, comme le don d’une voiture ou d’une somme importante. Bien sûr, des parents pourraient privilégier un enfant souffrant d’un handicap.

Éviter la chicane

On peut nommer les héritiers qu’on veut au Québec. Les parents sentent néanmoins l’obligation de séparer leurs affaires équitablement entre les membres de leur progéniture, et ces derniers n’en attendent pas moins. S’ils sont deux, chacun croira recevoir la moitié de l’héritage, du moins la même chose que l’autre.

Que se produira-t-il s’il en est autrement, par exemple dans une répartition 70/30 ? Le déshérité se demandera pourquoi, il sera envahi par le doute, il pourrait en vouloir à l’autre qui profite de la grosse part du gâteau et imaginer des manigances. Les auteurs du testament ayant disparu, emportant avec eux les motifs de leur décision, ce malentendu peut persister longtemps.

Lors de l’entrevue pour la préparation d’un testament, le notaire cherchera, sans pour autant insister, à connaître les motivations du testateur derrière tel ou tel choix susceptible de créer des remous. Ces notes pourraient servir si le document devait être contesté. Si les explications se trouvent dans les notes du juriste, ça ne veut pas dire qu’elles seront inscrites dans les dernières volontés des défunts.

Si les parents veulent assurer l’harmonie dans la famille, il faut expliquer les décisions controversées dans le testament. On rappelle qu’on aime tout le monde également, et on donne les raisons qui ont amené à avantager un des héritiers en particulier. Il y a moyen de faire ça de manière élégante, et si la plume nous fait défaut, le notaire saura trouver les mots. 

On doit garder à l’esprit qu’il n’y aura pas d’occasion de se reprendre.

Un document « vivant » 

Un testament n’est pas coulé dans le béton

On définit ces grandes lignes en fonction de la réalité du moment, on les modifie après des changements dans sa situation (décès, divorce, mariage, etc.) ou touchant l’entourage, les héritiers.

Rien ne change ? 

Après cinq ans, on le lit pour vérifier s’il correspond toujours à ses dernières volontés.