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Martin Carpentier craignait de perdre ses deux filles

La coroner estime que des lacunes dans les communications de la SQ ont nui à l’enquête

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En psychose et craignant de « perdre sa place comme père » avec l’aboutissement des procédures de divorce avec la mère de Norah et Romy, Martin Carpentier a volontairement provoqué un accident sur l’autoroute 20 avant de tuer ses filles 18 heures plus tard pendant que « des lacunes » dans les communications de la Sûreté du Québec ont retardé l’enquête. 

• À lire aussi: [PHOTOS] Un «espace de paix» en mémoire de Norah et Romy

La coroner, Me Sophie Régnière, qui s’est penchée sur les circonstances du drame survenu à l’été 2020 dans le secteur de Saint-Apollinaire a remis ses conclusions. Une alerte Amber avait tenu en haleine tout le Québec avant que les deux fillettes de 6 et 11 ans soient retrouvées mortes le 11 juillet. 

  • Écoutez l'entrevue de la coroner Sophie Régnière avec Benoit Dutrizac sur QUB Radio:

Norah et Romy Carpentier ont été enlevées par leur père avant d’être assassinées en juillet 2020.
Photo d'archives, TVA Nouvelles
Norah et Romy Carpentier ont été enlevées par leur père avant d’être assassinées en juillet 2020.

Séparé depuis 2015 de la mère des enfants, Amélie Lemieux, Carpentier craignait qu’un divorce officiel avec elle ne lui fasse perdre ses filles. C’était particulièrement le cas avec Norah puisqu’il n’en était pas le père biologique.  

  • Écoutez l'entrevue de l'ancien enquêteur de la SQ François Doré avec Benoît Dutrizac, sur QUB radio:   

« Il a toujours eu peur qu’on lui enlève un jour », est-il écrit dans le rapport. « Il s’agissait pour lui d’une situation hautement anxiogène », écrit la coroner. 

Le 8 juillet, jour de l’accident, l’avocate qui s’occupait de la procédure de divorce avait envoyé par courriel des documents pour approbation. Il s’agit pour la coroner du « déclencheur des événements », d’autant qu’il se trouvait à ce moment-là dans un épisode de dépression majeure avec symptômes psychotiques, couplé à une consommation de cannabis.

Messages d’adieu

Le soir du 8 juillet, Carpentier aurait insisté pour aller seul avec ses filles manger une crème glacée. L’accident « intentionnel » qu’il a provoqué sans réussir « cette tentative de mourir » a été un « point de non-retour » pour le père qui a passé la nuit dans une roulotte avant de tuer ses filles d’un coup de branche à la tête le lendemain après-midi. 

Martin Carpentier­­­ avait peur de perdre la garde de ses filles.
Photo tirée de Twitter
Martin Carpentier­­­ avait peur de perdre la garde de ses filles.

Dans les heures suivant l’accident, les policiers considèrent le dossier comme un délit de fuite. La famille de Martin Carpentier croyait aussi que son niveau de dangerosité « était nul ».

Or, des textos envoyés par Carpentier à sa conjointe juste avant l’accident, mais rapportés seulement le lendemain, ont été perçus comme « une note d’adieu » par les policiers, jugeant à ce moment que les enfants étaient en danger.

La SQ refuse de commenter

Dans ce contexte, la coroner Régnière estime qu’il y avait dès 6 h du matin, le 9 juillet, « urgence médiatique ». Un avis de disparition aurait pu être largement diffusé avant 13 h 20, heure du déclenchement de l’alerte Amber. 

La SQ a déployé d’importants moyens sur le terrain pour retrou­ver les fillettes, mais ce sont les communications qui ont fait défaut, selon la coroner.
Photo d'archives
La SQ a déployé d’importants moyens sur le terrain pour retrou­ver les fillettes, mais ce sont les communications qui ont fait défaut, selon la coroner.

 La coroner soulève donc des « lacunes dans la gestion des communications par la SQ ». Ce qui « a nui à une enquête efficace » et aurait peut-être permis de retrouver les fillettes vivantes.  

  • Écoutez la chronique judiciaire de l’ex-juge Nicole Gibeault sur QUB radio:   

Les conclusions de la coroner divergent à plusieurs égards du fil des événements rapportés par la SQ au lendemain de la découverte de Carpentier, alors qu’on faisait valoir que « l’irréparable a été commis dans la première nuit ». Appelé à réagir, le policier Benoit Richard n’a pas voulu commenter, disant « prendre le temps d’analyser le cas ».    

Chronologie des événements:        

8 juillet 2020:   

  • 20h30: Carpentier est aperçu dans un dépanneur de Saint-Nicolas.        
  • 21h17: Le véhicule de Carpentier change soudainement de cap sur l’autoroute 20, heurte plusieurs poteaux sur 229 mètres et s’arrête en direction ouest.        
  • 21h24: Les policiers arrivent, mais personne ne se trouve sur place.               

9 juillet 2020:   

  • 0h40: L’enquête permet de confirmer que Carpentier et ses filles ne sont ni à proximité de l’accident, ni à l’hôpital, ni chez un proche.         
  • 6h: L’enquête pour délit de fuite devient une enquête pour disparition pilotée par les crimes majeurs à la suite d'un message texte «d’adieu» envoyé par Carpentier à sa conjointe vers 19h30 la veille.       
  • 9h45: Un témoin a aperçu un homme et deux enfants marcher dans le secteur; l’information est cependant communiquée plus tard.        
  • 11h22: Un comité responsable se penche sur l’émission d’une alerte Amber.        
  • 13h20: L’alerte Ambert est déclenchée par la SQ, mais n'est diffusée dans les médias qu’à 15h.                 

11 juillet 2020:   

  • Norah et Romy sont retrouvées à une cinquantaine de mètres l’une de l’autre. Elles auraient été tuées à l’aide d’un morceau de bois. (Branche d’arbre). Elles sont décédées des suites d’un traumatisme crânien.                

20 juillet 2020:   

  • Le corps de Martin Carpentier est retrouvé dans un état de putréfaction avancé à environ cinq kilomètres du lieu de l’accident.              

Recommandations  

Ministère de la Sécurité routière :  

  • Revoir les critères de déclenchement de l’alerte Amber pour qu’elle soit plus inclusive.  
  • Créer une unité de coordination consacrée aux disparitions à la Sûreté du Québec    

Sûreté du Québec :  

  • Procéder à un examen exhaustif portant sur sa pratique et ses actions en lien avec l’événement et tirer des enseignements pour l’amélioration du processus dans le cas de disparition d’enfants.  
  • Revoir son protocole de communication en situation d’urgence pour la diffusion plus rapide et efficace des informations en utilisant au maximum les médias de masse.     

Ministères de la Santé, de la Sécurité publique et de la Justice :  

  • Établissement d’un cadre législatif entourant le partage d’informations en contexte d’urgence.    

Collège des médecins :  

  • Évaluer la qualité de l’acte du médecin de famille de Martin Carpentier.