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Luc Robitaille, la légende modeste

Le Québécois reste un membre très actif à sa 15e saison à la présidence des Kings

Luc Robitaille
Photo Jean-François Chaumont Toujours d’un commerce agréable, le président des Kings de Los Angeles s’est levé de son fauteuil de dirigeant pour le temps d’une prise de photo devant les répliques des coupes Stanley gagnées par l’équipe en 2012 et 2014.

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LOS ANGELES | Luc Robitaille lève les bras vers le ciel pour célébrer un but. Il a répété cette scène à 668 reprises lors de sa glorieuse carrière de 1431 matchs dans la LNH. À l’entrée du Staples Center, on a immortalisé l’une de ces images en fabriquant une statue en son honneur.

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Robitaille n’est pas le seul à décorer la devanture de l’édifice des Kings, des Lakers et des Clippers de Los Angeles. Il y a une statue du numéro 99, Wayne Gretzky. Le boxeur Oscar de la Hoya est aussi coulé dans le bronze. Shaquille O’Neal, Erwin « Magic » Johnson, Kareem Abdul-Jabbar et Jerry West représentent les Lakers. Kobe Bryant, décédé tragiquement au mois de janvier 2020, retrouvera un jour les autres légendes des Lakers.

« Je ne la vois jamais, je ne rentre pas par là au Staples Center, je me stationne toujours en arrière ! »

C’est de cette façon que Robitaille a réagi quand le représentant du Journal lui a montré une photo de sa statue. Le petit gars qu’on décrivait comme pas assez rapide pour atteindre la LNH et ce lointain choix de 9e tour (171e au total) en 1984 a finalement fait son chemin pour devenir une figure marquante du hockey, encore plus en Californie.  

« Quand les dirigeants des Kings m’ont approché pour me dire qu’ils voulaient faire une statue de moi, je trouvais ça bizarre, a expliqué l’homme de 55 ans. Ils m’avaient parlé pendant un match des Kings entre deux périodes. C’était en 2015 et j’étais président des Kings. »

« Je leur avais dit comme première réponse que ça prenait plus de statues de hockey devant l’aréna. Il y a pratiquement juste des légendes des Lakers ! C’est mon esprit compétitif qui ressortait. Je n’ai pas joué au hockey pour que l’on construise une statue de moi. Je sais que ça peut avoir un impact dans la ville. Ma famille se moque de moi avec ma statue. Mais je ne m’arrête pas à cela. Je veux simplement continuer à bâtir le hockey à Los Angeles. »

Un président actif

Les Kings terminent un entraînement à leur centre d’entraînement à El Segundo, à une vingtaine de kilomètres au sud-ouest du Staples Center. 

Phillip Danault a pris des dizaines de tirs avant le début de l’entraînement officiel avec Anze Kopitar et Marco Sturm, l’un des adjoints de Todd McLellan. 

À la fin de l’exercice matinal des Kings à quelques heures d’un match contre les Jets de Winnipeg, Robitaille ouvre les portes de son bureau du complexe d’entraînement pour jaser d’une multitude de sujets. 

Il n’a absolument pas changé. Il a toujours un sens de l’humour aiguisé et une bonne répartie. 

« Je ne joue plus, je ne me fais plus frapper, je suis juste un président », lance-t-il avec le sourire. 

L’ancien numéro 20 des Kings en est à sa 15e saison dans le siège de président de l’équipe. Dans ce rôle, il a gagné la Coupe Stanley en 2012 et 2014. Mais la réalité d’aujourd’hui est plus sombre. Les Kings ne sont plus une puissance dans l’Ouest. 

Robitaille nous décortique son rôle de président. 

Un bronze en hommage à Luc Robitaille a été érigé devant le Staples Center.
Photo Jean-François Chaumont
Un bronze en hommage à Luc Robitaille a été érigé devant le Staples Center.

« Je regarde toutes nos décisions, mais le dernier mot revient toujours à Rob Blake, notre directeur général. On travaille beaucoup en comité comme organisation. Quand tu es président, tu analyses ton équipe dans deux ou trois ans. Tu as besoin d’une vision à long terme et tu veux construire une bonne culture. » 

« Dans les dernières années, on a amorcé une reconstruction. Ce n’est pas une décision facile. Tu dis à tes partisans qu’on ne sera pas vraiment bon pour quelques saisons. Mais ça fait partie de notre réalité. Ce n’est pas encore facile aujourd’hui, mais on a de bons joueurs. Même si tu as gagné il n’y a pas si longtemps, les partisans oublient rapidement. » 

« Heureusement, Los Angeles, ce n’est pas Montréal. Le Canadien, c’est une véritable religion. Il y a toujours de la pression. Ici, tu peux être un peu plus patient. À Montréal, la patience n’a jamais représenté une force. »

Une influence 

Acteur important des Kings, Robitaille a également tiré les ficelles à sa façon pour attirer Phillip Danault sous le chaud soleil de la Californie. 

« Avant de conclure la signature, on a eu une rencontre avec Phil et les dirigeants de l’équipe. Phil était sur l’écran et on lui a dit la direction de l’équipe. Je viens du Québec et Phil est originaire de Victoriaville. Mes parents ont de la famille dans le coin de Princeville et de Victo. Même s’il y avait juste des anglophones avec moi à la table, j’ai parlé à Phil en français lors de cette rencontre. Je viens du Québec, je suis un Québécois. C’était juste naturel. »

« Phil voulait un rôle précis avec les Kings et on avait l’argent pour s’entendre avec lui. La durée du contrat [six ans et 33 millions] ne représentait pas un problème également puisqu’on sait qu’il sera un bon mentor pour nos jeunes joueurs à Los Angeles. »

« Bergevin, un très bon DG » - Luc Robitaille  

Luc Robitaille
Photo Martin Chevalier

LOS ANGELES | Même en Californie, Luc Robitaille entend ou lit des rumeurs. Il s’informe encore en lisant les articles de sports de sa terre natale, le Québec. Dans la folie des cancans, il sait très bien qu’on a déjà associé le nom de Marc Bergevin aux Kings.

À Los Angeles, il y aurait Pat Brisson, le plus influent agent de joueurs de la LNH. Il y aurait Robitaille, le président des Kings. Et Bergevin dans un rôle de DG. On construirait l’un des plus gros trios de Québécois dans le monde du sport professionnel. 

« Pat resterait le mieux payé de nous trois », réplique Robitaille à cette image formulée par l’auteur de ces lignes. 

Mais cette image tient surtout de la fantaisie. 

« Les journalistes ont un travail à accomplir, mais Marc a encore une saison à son contrat comme DG avec le Canadien, rappelle le membre du Temple de la renommée. Ce n’est pas un phénomène si rare de voir un coach ou un DG qui se retrouve à sa dernière année de contrat. Ça devient un pari. Ça peut jouer en ta faveur ou contre toi. »

« Je ne comprends pas la règle non écrite disant que tu dois toujours signer ton homme de hockey un an avant la fin de l’échéance de son contrat. Geoff Molson a aussi un travail à faire comme propriétaire et il peut choisir de rester patient. »

« Marc est un très bon DG dans la LNH, l’un des meilleurs, a poursuivi Robitaille. Quand tu regardes son historique pour les transactions, il a fait de très bons coups. Il a une bonne vision. C’est un gestionnaire de talent et il connaît tout le monde dans la LNH. À mes yeux, il est clairement parmi les dix meilleurs de sa profession. »

Vote de confiance pour Blake

À Los Angeles, Rob Blake occupe le siège de DG depuis le mois d’avril 2017. Il a remplacé Dean Lombardi, l’architecte des deux conquêtes de la coupe Stanley en 2012 et 2014. 

« Rob fait un très bon boulot pour notre équipe, a dit Robitaille. Il n’y a jamais eu de discussions avec Marc même si je reçois des appels de mes neveux au Québec qui lisent des rumeurs. Ici à Los Angeles, on a la meilleure ou la deuxième meilleure banque d’espoirs de la LNH, selon plusieurs experts. Rob a travaillé pour ça. On a un plan et on ne changera pas notre stratégie au milieu du chemin. »

La saga des Blackhawks

« J’ai regardé ça avec ma femme, on avait les larmes aux yeux. C’est une chose horrible qui est arrivée à un jeune homme et ça lui prenait beaucoup de courage. Espérons qu’il reçoive toute l’aide nécessaire. Aidons-le tous. »

Todd McLellan, l’entraîneur des Kings, a offert cette réaction au visionnement de l’entrevue de Kyle Beach, le jeune espoir des Blackhawks agressé sexuellement par Brad Aldrich, le responsable de la vidéo, en 2010.

« C’est tellement fâchant, a ajouté Robitaille. J’ai téléchargé le rapport d’une soixantaine de pages. Quand une telle chose arrive, tu dois réagir immédiatement. Les Hawks ne l’ont pas fait et c’est une erreur. J’espère que cette triste histoire servira de leçon. Avec les Kings, on a déjà géré le cas de Slava Voynov (2014-2015) qui était accusé de violence conjugale. On avait choisi de ne plus le revoir avec les Kings. Ça ne cadrait pas dans nos valeurs. » 

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