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Mike Ward: une victoire à l'arraché

L'humoriste Mike Ward
Photo Chantal Poirier L'humoriste Mike Ward

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Ainsi, la Cour suprême du Canada a penché en faveur de Mike Ward.

Objectivement, donc, c’est une victoire pour les défenseurs de la liberté d’expression.

Mais une victoire à l’arraché.

Cinq juges contre quatre, c’est ce qu’on appelle « gagner par la peau des dents ».

NE CÉLÉBREZ PAS TROP FORT

Pour cinq des neuf juges, les propos de Mike Ward « ne peuvent être pris au premier degré » et n’incitaient pas « l’auditoire à traiter Jérémy Gabriel comme un être inférieur ». 

Mais pour quatre d’entre eux, l’humoriste a usé de son droit à la liberté d’expression « de façon complètement disproportionnée » en véhiculant l’idée « pernicieuse voulant que les personnes handicapées soient des fardeaux dont on peut se débarrasser ».

Bref, on voit que même au sein de la Cour suprême (comme au sein de la population, d’ailleurs), les avis sont divisés concernant le droit d’un citoyen de se moquer d’un handicapé mineur. 

Si j’étais humoriste, je ne célébrerais pas trop fort.  

Il aurait suffi qu’un seul des cinq juges qui ont pris la défense de Ward penche de l’autre côté pour que la situation de la liberté d’expression au Canada s’en trouve complètement changée. 

SENSIBLES OU FRILEUX ?

Que la chose soit claire : la question n’est pas : « La blague de Mike Ward était-elle de bon goût ? »

Là-dessus, la majorité des gens s’entendent : non, cette blague n’était pas de bon goût, elle était même méchante, cruelle, mesquine. 

La question est : « A-t-on le droit au Canada de faire des blagues de mauvais goût ? D’être bête et méchant ? »

D’être « Charlie », pour reprendre une expression à la mode ?

J’aurais cru qu’à cette question, les juges de la Cour suprême auraient répondu « Oui », sinon à l’unanimité, du moins avec une très forte majorité. 

Eh bien non. 

Suis-je seul à trouver que cette victoire n’est pas une si bonne nouvelle ?

Que cette décision montre à quel point le vent de la censure souffle de plus en plus fort au Canada ?

Je suis sûr que si la Cour suprême avait eu à se pencher sur cette affaire il y a quatre ans, la décision aurait été tout autre. 

Six juges pour Mike Ward, trois juges contre. Ou sept juges pour, deux juges contre. 

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Mais beaucoup d’eau a coulé sous les ponts, depuis. Certains diront qu’en ce qui concerne la liberté d’expres-sion, nous sommes devenus plus « sensibles », plus « humains ».

Plus enclins à écouter la « souffrance des victimes ».

D’autres diraient au contraire que nous sommes devenus plus frileux. 

Plus peureux. 

Plus enclins à courber l’échine devant les curés de tout acabit. 

UN PROGRÈS ?

Je suis sûr que si la tendance se maintient, les mentalités vont continuer à se durcir à propos de la liberté d’expression.

On va de plus en plus vouloir l’encadrer, la limiter.

Mike Ward est chanceux d’être passé devant la Cour suprême en 2021.

Car si on était en 2023, je suis convaincu que la décision aurait été tout autre.

Quatre pour Ward, cinq contre. 

Certains appelleront ça le « progrès ».

Personnellement, je n’en suis pas sûr.

Une société libre devrait protéger le droit d’offenser, de choquer.

Et de blasphémer. 

Comme dit l’autre, même les caves ont le droit de s’exprimer.