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Nancy Audet: l’espoir après la souffrance

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Très jeune, Nancy Audet a subi de la violence physique et psychologique de la part de sa mère. Séquelles physiques, commotions cérébrales, agressions sexuelles de la part d’un voisin que sa mère la contraignait à fréquenter – la petite Nancy a même été forcée de s’agenouiller devant le cercueil de l’homme à son décès – et, plus tard, idées noires et tentatives de suicide: l’enfance de la journaliste et animatrice a été une longue traversée du désert.

«Quand ta mère te répète continuellement qu’elle aurait préféré se faire avorter que de te mettre au monde, ça crée beaucoup de détresse psychologique chez l’enfant», soulève Nancy Audet d’une voix douce.

Heureusement, des fleurs ont ici et là poussé dans sa neige. À l’adolescence, le sport a toujours motivé Nancy Audet. Et des anges gardiens placés çà et là sur sa route l’ont guidée vers la lumière. Parmi eux, Rose-Aimée, qui lui a ouvert ses portes en tant que famille d’accueil, a transformé sa destinée.

L’ex-vedette de TVA Sports comprend donc mieux que personne l’importance que peut revêtir une famille d’accueil dans la vie d’un enfant. Voilà pourquoi elle a à cœur la série Être famille d’accueil, dont elle est le visage officiel depuis mercredi, sur Moi et Cie. Confidences sur un passé difficile, mais aussi sur l’espoir qui existe encore.

Être famille d’accueil, le mercredi à 20h, sur Moi et Cie. Nancy Audet a lancé, en début d’année, le récit de son enfance difficile dans «Plus jamais la honte – Le parcours improbable d’une petite poquée».

Nancy, tu avais des raisons personnelles de proposer un projet comme Être famille d’accueil...

«Je trouvais cette série tellement importante dans le contexte actuel. C’était une occasion non seulement de démystifier ce que c’est être une famille d’accueil, mais aussi de donner la parole aux enfants. Pour moi, c’est très important. Chaque fois que je peux donner la parole aux enfants, je le fais. Parce qu’on ne les voit et ne les entend pas assez, pour toutes sortes de raisons, et ça fait en sorte qu’on a une méconnaissance de ce qu’est la maltraitance au Québec, et des conséquences quand les enfants sont retirés de leur foyer. Cette série était le véhicule idéal pour raconter, expliquer et sensibiliser les gens.»

Ta propre expérience a-t-elle teinté ta façon d’aborder les familles rencontrées dans les épisodes?

«Chaque fois, ou presque, qu’on parle de familles d’accueil dans les médias, c’est toujours négatif. Dans les séries télé ou les films, elles sont méchantes. Ce regard m’interpelle beaucoup. Je me suis beaucoup questionnée [sur le] pourquoi. C’est vrai que, dans le passé, au Québec, il y a eu d’importantes problématiques avec les familles d’accueil, parce qu’au début de la DPJ, les familles étaient sélectionnées un peu n’importe comment. Des familles manifestaient leur intérêt, et le lendemain, elles avaient un enfant! J’exagère à peine. Aujourd’hui, ce n’est plus ainsi. C’est beaucoup plus rigoureux. Je voyais que plusieurs jeunes avaient eu des expériences très positives en familles d’accueil. La mienne l’a été, avec Rose-Aimée, qui a accueilli une trentaine d’enfants, dont moi, et qu’elle a tellement aidée! Elle a changé le cours de leur vie. Je voulais qu’on voie ces gens qui ont décidé de donner leur vie à des enfants dans le besoin, qui ont subi des traumatismes. Certaines familles d’accueil ont changé la vie de dizaines d’enfants. Il y a plus de 10 000 familles d’accueil au Québec, et beaucoup font un travail remarquable. Je voulais leur rendre hommage.»

Tu t’es toi-même retrouvée chez Rose-Aimée à deux reprises. Peux-tu raconter le rôle important que cette femme a joué dans ta vie?

«Les deux fois, j’ai eu des placements d’urgence, ce qui est très différent d’un placement à long terme dans une famille régulière, où l’enfant restera jusqu’à sa majorité. La première fois, c’était à la suite d’un signalement anonyme à la DPJ. La deuxième fois, c’était après une fugue. J’ai eu très peur, je me suis sauvée de la maison, j’ai été récupérée par la police, on m’a envoyée dans un centre de réadaptation. Et la travailleuse sociale a jugé, après avoir parlé avec moi, que le meilleur endroit pour moi serait chez Rose-Aimée. Elle a accepté de me reprendre. J’avais 15 ans. Les deux fois, ç’a été complètement différent. La première fois, j’étais plus jeune et complètement déstabilisée, en pertes de repères, et Rose-Aimée m’a beaucoup sécurisée. Tellement que, plus tard, quand j’ai eu des idées noires, elle est la personne à qui j’ai pensé en premier pour me reprendre sous son toit. J’avais gardé ça dans mon cœur d’enfant. La deuxième fois, j’avais 15 ans, et elle m’a beaucoup secouée. Rose-Aimée n’est pas quelqu’un qui victimisait. Elle disait les choses telles qu’elles étaient et amenait les autres à se responsabiliser. Elle me disait: "Personne ne va prendre soin de toi, à part toi-même. Que souhaites-tu faire de ta vie?” C’était du tough love, mais je pense que j’avais besoin de ça. À partir de là, j’ai compris que je devais prendre ma vie en main. Quelques mois plus tard, j’ai fait mes bagages et je suis déménagée toute seule dans la région de Montréal [Nancy est native de l’Abitibi-Témiscamingue]. J’ai trouvé une pension et je suis allée m’inscrire toute seule à l’école secondaire. Ç’a été deux courtes périodes, mais Rose-Aimée a eu une grande influence dans ma vie.»

Qu’espères-tu après la diffusion de Être famille d’accueil?

«J’aurais préféré ne jamais prendre la parole. J’ai suivi mes thérapies. Mais quand je vois qu’il y a eu 118 000 signalements l’an dernier au Québec – plus de 320 enfants par jour, un triste record –, dont 46 000 ont été retenus pour risque sévère de maltraitance (violence corporelle, négligence grave, agression sexuelle), selon le rapport de la DPJ... Je me questionne beaucoup sur la méconnaissance qu’on entretient toujours face à ce que subissent, encore aujourd’hui, en 2021, des milliers d’enfants. Si on continue de se fermer les yeux et de se boucher les oreilles, je pense qu’on est dus pour une très bonne discussion.»

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