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Travailleurs étrangers: Ottawa croule sous les demandes; des retards importants

William Gobeil, avocat et président de RM Immigration, se dit incapable de faire venir des travailleurs étrangers en raison des retards.
Photo Didier Debusschere William Gobeil, avocat et président de RM Immigration, se dit incapable de faire venir des travailleurs étrangers en raison des retards.

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Alors que plusieurs compagnies ont un besoin criant de talents étrangers pour soutenir leur production, Ottawa croule sous les demandes. La firme RM Recrutement International compte plus de 340 dossiers* sans réponse.

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Pour la direction, cette situation est «catastrophique», surtout en pleine pénurie de main-d’œuvre. Ce sont plus d’une centaine d’entreprises clientes de cette firme qui sont touchées par ces importants délais de traitement.

Des travailleurs nécessaires pour ouvrir ou reprendre des quarts de travail, pour revenir à des heures d’ouverture normales dans des commerces ou même pour tout simplement assurer la production quotidienne.

«Depuis juillet, ç’a commencé à ralentir [le traitement des demandes]», indique William Gobeil, avocat chez RM Immigration, cabinet juridique de RM Recrutement International. «On se ramasse avec des clients qui sont extrêmement mal pris», poursuit-il, recevant des coups de téléphone chaque jour.

Jeudi, l’Union des producteurs agricoles et des associations ont fait part de leurs inquiétudes quant aux ratés informatiques de Service Canada qui mettent en péril l’arrivée d’environ 17 000 travailleurs étrangers temporaires.

Tous les secteurs  

Pour RM Recrutement International, cette situation va au-delà du secteur agricole. La firme compte parmi ses clients des géants de la restauration rapide, des entreprises de produits métalliques ou de transformation du bois, des fonderies, des compagnies de services publics et des épiceries.

Produits Matra, à Saint-Martin, figure parmi les victimes. «Cela représente des pertes de revenus et des pertes de contrats», déplore au Journal le directeur général des ressources humaines, Vincent Nadeau.

Chez FLB Solutions alimentaires, qui a dû laisser filer des possibilités d’affaires ces derniers mois, on mise sur les travailleurs étrangers afin d’être mieux préparés pour l’été prochain. «Là, avec la vitesse à laquelle les demandes sont traitées [...] il y a une grosse zone d’incertitude concernant les délais», craint le directeur aux ressources humaines, Philippe Tremblay.

RM Recrutement International dit avoir une vingtaine de dossiers soumis entre avril et juin à Emploi et Développement social Canada (EDSC), qui chapeaute Service Canada, qui ne sont pas encore traités pour des demandes d'étude de l’impact sur le marché du travail (EIMT).

En temps normal, ces réponses auraient été attendues vers la fin juillet. Les compagnies espéraient recevoir leurs travailleurs dès cet automne.

Entre juin et octobre, ce sont plus de 340 dossiers qui sont sans réponse. Pire encore, pour 168 dossiers, aucun accusé de réception n’a été envoyé par Ottawa et aucun prélèvement n’a été effectué sur la carte de crédit de la firme.

«À partir du 14 août, les agents ont commencé à nous dire de rappeler le lendemain, car ils avaient des problèmes avec leur système informatique», rapporte M. Gobeil, ajoutant qu'il a aussi eu comme réponse que ces délais étaient liés à une mise à jour et à la récente élection fédérale.

Plus long  

Sur le site d’Emploi et Développement social Canada, les délais moyens de traitement de demandes d’EIMT étaient, en juillet, de 9 à 31 jours ouvrables.

«Nous recevons actuellement un grand nombre de demandes d’EIMT, ce qui engendre des délais de traitement plus longs pour certains volets du Programme des travailleurs étrangers temporaires», peut-on lire.

D’ici la mi-décembre, RM Recrutement International prévoit soumettre 716 dossiers supplémentaires. La firme recrute ses travailleurs principalement aux Philippines, mais également en Europe et en Amérique du Sud.      

  • Hier, EDSC n’a pas été en mesure de fournir des explications au Journal.   

* Chaque dossier représente un travailleur

Québec veut les pleins pouvoirs en matière d’immigration     

Jugeant «inacceptables» les délais de traitement des dossiers pour les travailleurs étrangers temporaires, Québec demande à Ottawa la permission d’assumer les pleins pouvoirs en matière d’immigration en sol québécois.

En pleine crise de la main-d’œuvre, plusieurs compagnies d’ici attendent présentement des renforts en provenance de l’étranger pour soutenir leur production ou pour prendre de l’expansion.

«Il est grand temps que ça devienne une priorité! » estime le ministre du Travail, de l’Emploi et de la Solidarité sociale, Jean Boulet.

«Pendant la pandémie, nous avons accueilli 85% des travailleurs étrangers temporaires que nous recevons normalement. Il serait économiquement inconcevable d’en accueillir encore moins l’été prochain! » craint-il.

Inquiétudes  

Ces derniers jours, plusieurs organisations ou entreprises de recrutement ont indiqué que le traitement des demandes d'étude de l’impact sur le marché du travail (EIMT) chez Emploi et Développement social Canada (EDSC), dont relève Service Canada, était de plus en plus long.

«Si Ottawa ne veut pas assurer l’efficacité de ce programme essentiel au succès de centaines d’entreprises québécoises, qu’il nous transfère la gestion complète du programme des travailleurs étrangers temporaires», propose M. Boulet au gouvernement Trudeau.

Pour des demandes déposées à la fin juillet, la firme RM Recrutement International n’a pas encore reçu d’accusé de réception d’EDSC. Par le passé, un courriel confirmant la demande concernant un ou des travailleurs aboutissait «deux semaines» après l’envoi d’un dossier.

«Historiquement, c’était toujours du côté du Québec que cela traînait», a indiqué au Journal William Gobeil, avocat chez RM Immigration, cabinet juridique de RM Recrutement International. Ce qui ne semble plus le cas aujourd’hui.

Chaque demande doit également être analysée par le ministère de l’Immigration, de la Francisation et de l’Intégration du Québec.