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«Quality Land»: une satire de qualité

WE 1023 Marc-Uwe Kling
Photo courtoisie Marc-Uwe Kling

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Marc-Uwe Kling semble avoir tous les talents. En plus d’être auteur-compositeur-interprète et artiste de cabaret, il est célèbre en Allemagne pour ses chroniques radio. Mais ce n’est pas tout. Il est aussi écrivain et son roman Quality Land, qui allie science-fiction et satire, remporte partout un très vif succès.

De tous les romans qu’on a lus cette année, Quality Land est sans conteste le plus farfelu. Le plus original, aussi. « L’idée de base était pourtant toute simple, explique Marc-Uwe Kling, qu’on a pu joindre il y a quelques semaines chez lui, à Berlin. En gros, j’avais envie de parler d’un pays tellement axé sur l’économie et les profits que ses dirigeants n’hésiteraient pas à faire appel à une agence publicitaire pour lui trouver un nouveau nom. » Un nom qui, cela va sans dire, allait être nettement plus accrocheur et vendeur que l’ancien.

WE 1023 Marc-Uwe Kling
Photo courtoisie

« En vérité, le livre se penche surtout sur la société actuelle, sur ce qu’on voit et ce qu’on vit en ce moment, poursuit Marc-Uwe Kling. Mais il a évolué peu à peu vers la science-fiction, un genre dont je suis vraiment friand depuis l’âge de six ans. »

Alors bienvenue à Quality Land, un pays où la main-d’œuvre humaine coûte moins cher que celle des androïdes (à cause des frais d’acquisition et des coûts de maintenance !), où les poubelles se déplacent d’elles-mêmes pour recueillir les déchets, où les habitants sont classés par niveau (en deçà du niveau 10, on appartient à la catégorie des inutiles), où les cours d’histoire ont fait place à des cours d’avenir, où on peut converser sans problème avec véhicules autonomes, drones ou tapis de course, où il faut s’inscrire sur Quality Partner pour être sûr de fréquenter le partenaire optimal et où plus personne n’a à magasiner, l’appli The Shop sachant mieux que nous tout ce dont on a besoin. 

Un monde de rêve ? Pas tout à fait. Et grâce à Peter Chômage, un simple citoyen de niveau 10, on ne tardera pas à comprendre pourquoi.

Automatisation galopante et contretemps

Après avoir suivi une formation qui lui aurait permis de devenir thérapeute de machines, Peter a dû tout lâcher pour reprendre l’affaire familiale, une petite entreprise de ferraille. Dans son magasin souvent désert, il doit ainsi compresser androïdes et autres gadgets électroniques qui ont été envoyés à la casse. 

Un travail qui lui donne à peine de quoi survivre, mais qui montre à quel point les machines modernes, gérées par de puissants algorithmes analysant sans cesse l’ensemble de nos données et de nos conversations, vont mal : robots de combat souffrant de stress post-traumatique, drones ayant le mal de l’air, super-ordinateurs surmenés, sexdroïdes aux prises avec des troubles érectiles, etc. Comme si, en remplaçant l’homme, tous ces appareils en avaient aussi adopté les travers.

Mais comparé à la grossière erreur que The Shop commettra, tout ça n’est que roupie de sansonnet. 

Un beau jour, The Shop acheminera en effet par drone à Peter un objet que jamais, au grand jamais, il n’aurait souhaité avoir (on vous laisse le plaisir de découvrir quoi). Pour lui, ça sera la goutte de trop. D’autant plus que peu importe ce qu’il dira ou fera, The Shop refusera mordicus de reprendre ledit objet et de le rembourser.

Ne restera donc à Peter qu’une seule option. Tel que David l’a fait avec Goliath, se battre jusqu’au bout.

Gare aux excès !

« Les nouvelles technologies ne sont pas mauvaises de façon inhérente, précise Marc-Uwe Kling. C’est seulement la manière dont on les utilise qui peut l’être. Mais le grand problème, c’est qu’on se laisse essentiellement guider par les retombées économiques. Tous les nouveaux outils qu’on voit apparaître sur internet n’ont pas été créés pour nous, mais pour générer le maximum de profits. Si les réseaux sociaux s’inspiraient par exemple du modèle de Wikipédia, ça serait complètement différent. Ils seraient alors conçus pour offrir le meilleur à la communauté au lieu de servir à gagner le plus d’argent possible. »

À la fois satire et roman d’anticipation, Quality Land décrit avec beaucoup d’humour ce qui pourrait nous arriver si, d’aventures, on décidait de s’en remettre entièrement aux algorithmes. Et comme l’imagination de Marc-Uwe Kling ne semble pas avoir de limites, on va de perle en perle : un mode de paiement par baisers « pour resserrer les liens affectifs entre le client et son produit », des androïdes se présentant aux élections présidentielles, des livres numériques qui s’adaptent aux goûts de ceux qui les lisent.

Un roman tout simplement jouissif.

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