/news/politics
Navigation

Les terrains de golf s’invitent dans les élections

Des citoyens créent des partis politiques municipaux pour sauver ces espaces verts en milieu urbain

Coup d'oeil sur cet article

Le sort de terrains de golf au Québec polarise plusieurs citoyens et élus, au point d’en faire un enjeu majeur des campagnes électorales.

• À lire aussi: Une campagne «sale» selon Coderre

« La population joue de moins en moins au golf et les terrains sont situés dans des zones urbaines qui valent une fortune », commente Danielle Pilette, professeure à l’UQAM et spécialiste de l’administration municipale. 

Pas étonnant, selon elle, qu’on assiste cet automne à une véritable guerre des golfs.

Dans certaines villes, des partis politiques ont carrément été créés sur cet enjeu.

À Chambly, le Parti Démocratie a vu le jour afin de porter la cause jusqu’à l’Hôtel de Ville. 

À Anjou, le maire sortant, Luis Maranda, appuyé par Denis Coderre, a pris position en faveur des projets immobiliers contre deux groupes citoyens qui veulent à tout prix les transformer en parcs. Ils sont appuyés, eux, par la mairesse de Montréal, Valérie Plante.

Spéculations immobilières

Pas moins de 11 terrains de golf dans le sud du Québec sont dans la mire de spéculateurs immobiliers qui veulent y construire des immeubles, contre l’avis de citoyens qui veulent plutôt les convertir en espaces verts.

À Rosemère, par exemple, les citoyens ont remis le 14 septembre au maire sortant, Éric Westram, une pétition de 9000 signatures (dont 1300 de résidents) demandant la protection intégrale de ce terrain de 60 hectares.

Le Collectif Avenir Rosemère est aussi né de l’insatisfaction citoyenne face à cet enjeu. 

« La Ville a procédé le 7 juillet dernier à une demande de réaffectation des sols qui ouvre la porte à une hausse vertigineuse de la valeur des terrains. Ça a choqué beaucoup de gens », mentionne l’aspirant maire, Pierre-André Geoffrion, chef de Collectif Avenir Rosemère, qui habite cette banlieue depuis 12 ans. 

À Val-Bélair, près de Québec, où on ne joue plus au golf depuis 2013, le terrain de l’ancien 18 trous continue à susciter la controverse. Écologistes et développeurs s’affrontent dans une lutte qui pourrait durer longtemps. 

La Ville de Québec affirme tenir des audiences publiques, mais fait savoir qu’elle « ne peut commenter davantage ce dossier en lien avec la campagne municipale ».

À Laval, un citoyen militant de l’ouest de l’île, Jonathan Tremblay, s’inquiète de l’avenir des quatre golfs qui suscitent la convoitise des développeurs.

« On nous a privés de nos berges. Tout ce qui reste aux Lavallois pour les générations futures, ce sont les golfs », s’insurge-t-il.

Mobilisation citoyenne

« Il y a plusieurs endroits où la population se mobilise pour recycler les golfs, où on peut aspirer à des aires naturelles de bonne taille », explique Catherine Vallée, qui a fondé en janvier la Coalition Les terrains de golf en transition, qui regroupe des membres de plusieurs municipalités. 

« Je crois qu’on devrait s’inspirer de l’Ontario et de plusieurs autres provinces canadiennes qui ont adapté les lois pour permettre l’appropriation collective de ces espaces verts », dit Mme Vallée. 

Golf métropolitain d’Anjou  

Ouverture : 1997

Statut : Toujours en activité (9 trous), mais fermeture confirmée d’ici 2030.

Photo Pierre-Paul Poulin

Enjeux : Le terrain a été vendu en partie par le propriétaire, Di Lillo, en 2020. Accueille dans la partie sud-ouest un entrepôt Costco. Trois autres bâtiments sont en construction. Les citoyens n’ont pas réussi à stopper les travaux, mais ils veulent sauver l’espace restant pour agrandir le parc nature du Bois-d’Anjou. Le milieu des affaires, soutenu par l’administration de l’arrondissement, veut plutôt en faire une zone industrielle. Le golf de 75 hectares est encore en activité (il est passé de 18 trous à 9 trous en 2020), mais est voué à une fermeture définitive d’ici 2030. L’administration fait valoir que le golf, créé pour attirer le milieu des affaires dans l’est de Mont-réal en 1997, a toujours été un projet temporaire. 

Golf Cardinal (Laval)  

Ouverture : 1955 (9 trous) ; agrandissement 1958 (18 trous)

Statut : Vendu en partie en 2017 à Investissements Immobiliers Cardinal inc., mais encore en activité.

Photo Pierre-Paul Poulin

Enjeux : L’entreprise familiale, dont a hérité Marc-André Cardinal, affichait des pertes annuelles de 400 000 $ avant la pandémie. Le promoteur, Investissements Immobiliers Cardinal, doit entamer le chantier sous peu. Le projet immobilier comptera 700 unités et sera à proximité de la gare de Sainte-Dorothée et d’une station du futur Réseau express métropolitain. Des citoyens se mobilisent encore pour sauver une partie du terrain en bloquant le changement de zonage. 

Golf de Val-Bélair (Québec)  

Ouverture : 1991

Statut : Fermé

Photo courtoisie

Enjeux : En 2010, ce terrain de Québec est vendu à Consultant JR, qui prévoit construire 177 unités résidentielles. Le golf cesse ses activités en 2013. Mais les consultations publiques en 2013 tournent mal et l’entreprise révise ses plans. Ce sont 136 unités qui sont annoncées en 2015. On assure que 65 % du terrain de 1,3 million de pieds carrés seront préservés en espaces verts. Le projet ne voit jamais le jour. Puis GML Constructions veut relancer un projet immobilier de 40 maisons. Mais voilà que des citoyens s’inquiètent du sort du ruisseau Savard, qui fait l’objet d’une restauration supervisée par le ministère de l’Environnement et de la Lutte contre les changements climatiques. Des consultations publiques sont en cours. 

Golf Le Chambly  

Ouverture : 1927 (9 trous) ; agrandissement 1952 (18 trous)

Statut : fermé depuis 2010

Enjeux : Le terrain est vendu à Habitation Trigone en 2010. Après l’obtention des permis de construction, des immeubles ont été construits sous le nom de « Chambly sur le golf ».

« La mairie a permis la construction d’habitations sur la moitié de la superficie du golf, même si la population y était opposée », commente Catherine Vallée, de la Coalition Les terrains de golf en transition. Pour la partie encore disponible, la Ville n’a pas pris de décision sur le changement de zonage qui permettrait le développement immobilier.

À VOIR AUSSI...