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Mon fils schizophrène adulte est sans psychiatre depuis 13 ans

Caucasian depressed man at home. Mental health
Photo Adobe Stock

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Mardi, 26 octobre, quelque part dans les Hautes-Laurentides, mon fils est dans un état catatonique, le visage hagard et la voix qui murmure, où on l’entend qu’il en a assez, qu’il veut en finir, qu’il ne peut plus continuer à vivre ainsi.

Ce n’est pas surprenant de l’entendre parler de la sorte. Car cela se produit sur une base régulière, depuis des semaines, depuis des mois, depuis des années. Dans la trentaine maintenant, mon fils se débat seul avec sa schizophrénie depuis l’âge de 18 ans. Nous, ses parents, sommes bien sûr toujours là pour lui, de même que son médecin de famille. On aura compris que mon fils n’est pas suivi par un psychiatre, et ce, depuis treize ans.

Je décide donc de l’amener à un hôpital dans les Hautes-Laurentides où il y a un service de psychiatrie. Au triage, mon fils passe rapidement puisqu’il est suicidaire, on ne prend pas de risque. Il faudra attendre trois heures et demie avant qu’il soit vu par le médecin de garde. Heureusement, il y a un psychiatre disponible sur les lieux. Il arrivera deux heures plus tard. Pas si mal compte tenu des longues heures d’attente dans les hôpitaux.

Ce jeune psychiatre prend en charge mon fils pour quelques instants, environ 25 minutes, et m’invite à les joindre pour m’expliquer ce qu’il peut faire. Rien à redire sur ce jeune médecin. Cependant, ce jeune est honnête et m’affirme qu’il ne peut rien faire pour mon fils, si ce n’est de s’assurer que le dosage des médicaments qu’il prend est correct. Ce jeune psychiatre m’explique que pour traiter adéquatement les gens souffrant de maladie mentale il faut une équipe pluridisciplinaire composée d’un travailleur social, d’un psychologue, d’un ergothérapeute et, bien sûr, d’un psychiatre. Et dans ce grand hôpital des Hautes-Laurentides, cela n’existe tout simplement pas. En fait, il n’y a rien dans les Laurentides pour se faire traiter en psychiatrie, m’affirme ce jeune psychiatre, un « invité » de passage dans cet hôpital, pour nous faire croire que les services existent.

Le suivi disparaît à l’âge adulte

Mon fils souhaitait être soigné, suivi, encadré, aidé. Le système de santé lui dit que c’est impossible dans l’état actuel des choses. Nous, ses parents, lui offrons appui, réconfort, soutien, mais depuis le moment où il a été identifié schizophrène à l’âge de 13 ans, nous commençons à manquer de ressources et de moyens pour l’appuyer. Oui, on nous dira que jusqu’à l’âge de 18 ans les enfants sont en effet pris en charge et suivis par une équipe pluridisciplinaire, et mon fils l’a été. Mais sitôt atteinte la maturité, tout s’envole, le nouvel adulte est laissé à lui-même ! Et c’est là que les choses dérapent ou risquent de déraper.

Comme dans le cas de mon fils où, à 20 ans, il faisait une première tentative de suicide. Mais encore là, après l’hospitalisation d’une semaine, retour à la maison, encore laissé à lui-même. Par chance, il n’y aura eu aucune autre tentative de suicide depuis. Il tient bon depuis les 11 dernières années. Mais l’idée est là, toujours présente, que la vie est lourde à porter. Les emplois se succèdent, mais, incapable de soutenir la cadence, il essaie autre chose, pour rencontrer toujours le même mur : celui de la difficulté à s’intégrer et à faire comme tout le monde.

Pourquoi la maladie mentale demeure-t-elle encore le parent pauvre du système de santé ? Quand on désire des services, il n’y a rien ou si peu dans les régions.

Au-delà de notre histoire personnelle, il est question de bien commun complètement négligé dont il faut commencer à s’occuper.

Sylvain Boudreault