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Les partis d’opposition: qu’ossa donne?

Quebec
Photo d’archives, Stevens Leblanc L’approche transpartisane a ceci de très bon qu’elle permet au gouvernement d’enrichir sa propre perspective de celles de partis d’opposition hors du mode conflictuel habituel.

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À 54 % d’appuis chez les francophones, la domination de la CAQ sur l’échiquier est gargantuesque. Rien – pas même la première vague meurtrière de COVID-19 – ne l’a écorchée. Pour l’opposition, divisée et affaiblie, le résultat est dramatique. 

Chez les francophones, le PLQ est réduit à 10 % d’appuis. Encore sonnés par leur défaite cinglante de 2018, les libéraux traversent d’importantes dissensions internes, doublées d’une crise évidente de leadership. 

À 13 %, le PQ poursuit son déclin amorcé depuis le dernier référendum. Chez Québec solidaire, à 12 %, si ce n’était des talents d’orateur de son nouveau chef parlementaire, Gabriel Nadeau-Dubois, on le remarquerait à peine.

Tant et si bien qu’à 11 mois du prochain scrutin, un deuxième mandat majoritaire pour la CAQ est une certitude quasi absolue. 

Mais qu’en est-il de la démocratie québécoise elle-même ? La prépondérance aussi marquée et continue d’un seul parti, quel qu’il soit, est-elle une tendance saine au sein d’une société diversifiée ?  

Dans la mesure où la situation est la résultante des préférences exprimées par les Québécois eux-mêmes, la question peut sembler ésotérique, mais elle ne l’est pas.

Rôle important 

Dans notre régime parlementaire, normalement, les partis d’opposition ont un rôle important à jouer dans la gestion des « affaires de l’État ». L’opposition est en effet le premier contre-pouvoir au gouvernement du jour, même s’il est majoritaire. 

Lorsqu’elle est trop faible ou trop divisée, la première tentation pour tout parti au pouvoir est de gouverner de manière plus arbitraire. La deuxième est de gouverner plus souvent « par sondages ». 

Devant des partis d’opposition éclipsés par sa propre popularité, tout gouvernement cherche en effet à la conserver encore plus.  

Au lieu de risquer des politiques nécessaires, mais peu populaires, il préférera parfois se faire le miroir des attentes de son propre électorat, dont il veut préserver l’adhésion toujours aussi forte.

Que faire ?

Alors, que faire ? La politologue avancerait qu’une réforme du mode de scrutin visant à passer à une représentation plus « proportionnelle » des résultats des élections serait une première réponse possible. La citoyenne d’expérience sait toutefois ceci. 

Soit que malgré toutes les promesses de le faire – tant de la part de François Legault que de Jean Charest, René Lévesque ou Justin Trudeau au fédéral –, une fois bien en selle au pouvoir, aucun parti politique n’a voulu s’engager dans cette direction. Et aucun ne le fera. 

Que reste-t-il ? Une piste de solution parmi d’autres serait d’encourager de plus en plus les initiatives législatives dites transpartisanes.  

Comme pour le dossier complexe du « mourir dans la dignité » ou le projet audacieux d’un tribunal spécialisé en matière de violences sexuelle et conjugale, tous les partis siégeant à l’Assemblée nationale ont merveilleusement travaillé ensemble pour le bien commun.

En démocratie, l’approche transpartisane a ceci de très bon qu’elle permet au gouvernement d’enrichir sa propre perspective de celles de partis d’opposition hors du mode conflictuel habituel. À l’opposition, elle offre en même temps une visibilité vitale. 

N’y aurait-il donc pas moyen de l’appliquer plus souvent ? La modernisation de la loi 101, par exemple, en aurait sûrement bénéficié. Idem pour la crise du logement et de l’immobilier contre laquelle trop peu est encore fait. 

Et pourquoi pas sur l’urgence d’un redressement radical de notre système de santé et de services sociaux, durement amoché par des décennies de compressions et de « réformes » déshumanisantes ?