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La pression monte sur le PDG d’Air Canada

Malgré les excuses du dirigeant qui promet d’apprendre le français, plusieurs partis, à Québec comme à Ottawa, demandent sa démission

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Une avalanche de dénonciations et des appels à sa démission, la pression a augmenté d’un cran sur le patron d’Air Canada, Michael Rousseau, au centre d’une tempête linguistique. 

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Le président et chef de la direction d’Air Canada, Michael Rousseau, durant sa désormais célèbre allocution lors d’une rencontre de la Chambre de commerce du Montréal métropolitain, mercredi dernier.
Photo Chantal Poirier
Le président et chef de la direction d’Air Canada, Michael Rousseau, durant sa désormais célèbre allocution lors d’une rencontre de la Chambre de commerce du Montréal métropolitain, mercredi dernier.

Faisant écho au concert de critiques, pas moins de 200 plaintes ont été enregistrées au Commissariat aux langues officielles depuis le début de la semaine, au moment où Le Journal a rapporté que le dirigeant allait livrer un discours uniquement en anglais. 

« Lorsqu’on a été mis au fait du discours, nous avons contacté les bureaux d’Air Canada pour les encourager à, peut-être, revoir le discours », a fait savoir le commissaire aux langues officielles, Raymond Théberge. 

« Mais la réalité, c’est qu’aucun changement n’a été apporté au discours. Et par la suite, nous avons reçu un nombre important de plaintes. » 

  • Écoutez La Rencontre Lisée – Mulcair au micro de Richard Martineau sur QUB radio :  

Inacceptable, dit Émond

Généralement discret, le milieu des affaires a aussi ressenti un malaise face aux propos du dirigeant. 

« Ce n’est pas dans nos habitudes de commenter sur les PDG des sociétés, mais en un mot, les déclarations d’hier étaient inacceptables. Comme Québécois, on a ressenti de la provocation », a souligné le patron de la Caisse de dépôt et placement du Québec, Charles Émond. 

Le Fonds FTQ, qui détient une participation minime dans le transporteur, s’est aussi désolé « de la situation du français chez Air Canada ». 

Virage à 180 degrés

Plus tôt, le controversé patron du transporteur a dû faire un 180 degrés en s’excusant de ses propos de la veille. 

« J’aimerais pouvoir parler français. Je tiens à clarifier que je ne voulais d’aucune façon manquer de respect à l’égard des Québécois et des francophones de tout le pays. Je présente mes excuses à ceux que mes propos ont offensés », a réagi Michael Rousseau par voie de communiqué, aujourd'hui. 

« Je m’engage aujourd’hui à améliorer mon français, langue officielle du Canada et langue d’usage au Québec », a-t-il dit. 

La veille, en point de presse, le dirigeant avait un discours tout autre. Incapable de répondre à de simples questions des journalistes, il a avoué avoir passé 14 ans à Montréal sans parler français et démontrait peu d’empressement à apprendre la langue officielle du Québec. 

Il a même demandé aux membres de la presse de s’exprimer en anglais afin de comprendre les questions. 

  • Écoutez Yves Daoust, directeur de la section Argent du journal de Montréal et du Journal de Québec, sur QUB radio : 

Des excuses qui ne passent pas

Bien loin d’apaiser la tempête, ces excuses ont plutôt jeté de l’huile sur le feu au sein de la classe politique. Le premier ministre François Legault s’est dit étonné de voir le dirigeant qualifier le français de « langue d’usage au Québec », alors que celle-ci en est plutôt la langue officielle. 

« Je pense qu’il y a encore un peu d’éducation à faire : il y a juste une langue officielle au Québec, c’est le français », a-t-il déclaré avant de qualifier d’insultant le discours du patron d’Air Canada. 

« Les excuses, c’est le minimum, mais ce n’est pas suffisant. [...] Il est venu insulter, mépriser tous les Québécois », a quant à lui réagi le ministre responsable de la Langue française, Simon Jolin-Barrette.  

Il faut qu’il parte

Le Parti libéral du Québec (PLQ) et Québec solidaire (QS) ont même demandé la démission du patron d’Air Canada. 

« ll faut qu’il quitte », a lancé la députée solidaire Ruba Ghazal. 

L’Assemblée nationale a d’ailleurs adopté à l’unanimité une motion rappelant le caractère francophone de Montréal et l’importance d’appliquer la Charte de la langue française à des entreprises à charte fédérale comme Air Canada.

À Ottawa, le Nouveau Parti démocratique (NPD) et le Bloc Québécois ont aussi exigé son départ. Le premier ministre Justin Trudeau n’a toujours pas commenté le dossier. 

Il y a deux membres francophones au conseil d’administration du transporteur, Madeleine Paquin et Jean Marc Huot de Stikeman Elliot. Tous les deux n’ont pas répondu à nos demandes d’entrevues. 

– Avec Jean-Michel Genois Gagnon, Patrick Bellerose, Marc-André Gagnon et Vincent Larin, Agence QMI

CE QU’ILS ONT DIT....      

Photo d'archives, Martin Alarie

« J’ai pris acte de ses excuses, mais elles doivent être suivies d’actions concrètes afin de démontrer qu’il prend ses obligations au sérieux »

Ginette Petitpas Taylor, ministre des Langues officielles


Photo d'archives

« Pour les boss, pour ceux qui décident, pour ceux qui habitent à Westmount, il existe un privilège anglophone au Québec. Il existe à travers Mike Rousseau, il existe à travers un tas de mépris affirmé au quotidien »

Pascal Bérubé, député péquiste de Matane-Matapédia


Photo d'archives

« Il a démontré un mépris pour tous ceux au Québec qui prennent le temps d’apprendre le français à leur arrivée »

André Fortin, leader parlementaire du PLQ


Photo d'archives, Martin Alarie

« Que le PDG d’Air Canada ait le culot de nous dire qu’en tant qu’homme d’affaires, il est trop occupé pour apprendre le français, c’est insultant »

Ruba Ghazal, députée de Mercier et porte-parole solidaire en matière de langue française


Photo d'archives, Agence QMI

« Nous demandons au gouvernement fédéral d’user de sa position d’actionnaire d’Air Canada afin d’exiger la démission de M. Rousseau »

Mario Beaulieu, député bloquiste et critique en matière des Langues officielles


Photo Agence QMI, Joël Lemay

« C’est inacceptable. Les Montréalais s’attendent à ce que les grands chefs d’entreprises qui ont un siège social à Montréal puissent s’exprimer en français » 

Valérie Plante, mairesse de Montréal


Photo Agence QMI, Joël Lemay

« Ces PDG-là doivent parler en français aussi. Pour moi, c’est non négociable. Il doit parler en français. Le bilinguisme, ce n’est pas juste un francophone qui comprend l’anglais » 

Denis Coderre, candidat à la mairie de Montréal

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La défense du français, le malaise du PLQ - Antoine Robitaille

Air Canada: est-ce qu’on est surpris? - Michel Girard

Désolée Sir Rousseau, ça ne fonctionne pas - Josée Legault

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Michael Rousseau doit subir les conséquences - Mario Dumont

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