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Un signal d’alarme pour les démocrates

Un signal d’alarme pour les démocrates
Photo AFP

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La défaite crève-cœur des démocrates en Virginie et leurs résultats décevants ailleurs soulignent la fragilité du mandat du président et de son parti.

Les démocrates comptaient sur des victoires mardi en Virginie et au New Jersey, où Joe Biden avait dominé Donald Trump en 2020, pour se remonter le moral à un an des élections de mi-mandat. Ça n’a pas fonctionné. 

Ces résultats sont un signal d’alarme pour les démocrates, mais il n’est pas évident qu’ils s’entendront sur le sens à lui donner.

Déceptions démocrates

Malgré quelques victoires, l’humeur des démocrates est plutôt sombre. 

En Virginie, le démocrate Terry McAuliffe a été coiffé au fil d’arrivée par le républicain Glenn Youngkin. Au New Jersey, la réélection à l’arraché du gouverneur démocrate Phil Murphy ressemble à une défaite. 

Les progressistes démocrates ont également encaissé une défaite à Minneapolis, où l’électorat a rejeté par référendum un projet de réforme de la police proposé à la suite du meurtre de George Floyd.

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À chacun son explication

Les démocrates progressistes et centristes s’accusent mutuellement d’avoir précipité ces déconfitures électorales. Selon les centristes, les électeurs ont sanctionné le parti parce qu’ils trouvent qu’il veut en faire trop. Les progressistes blâment leurs collègues centristes de freiner l’adoption du programme du président. 

Chacune de ces explications renferme une part de vérité, mais il n’y a rien d’étonnant à ce que des États baromètres penchent vers l’opposition un an après l’élection d’un nouveau président. C’est ce que la Virginie a toujours fait depuis 1977. 

Il est aussi normal que l’électorat sanctionne le parti présidentiel alors que l’économie ralentit, la pandémie continue et les consommateurs subissent l’inflation et des pénuries de biens essentiels. Ce sont ces mêmes facteurs qui plombent le taux d’approbation de Joe Biden. 

Les démocrates devront cesser leurs chicanes internes et commencer à ramer dans la même direction s’ils souhaitent renverser ces tendances en 2022 et en 2024.

Inquiétante normalité

C’est normal qu’un parti au pouvoir perde des plumes quand le contexte lui est défavorable. La situation politique actuelle aux États-Unis n’a toutefois rien de normal. En effet, le Parti républicain est devenu un culte à la personnalité de Donald Trump et il mine les institutions démocratiques en prêtant foi à son « grand mensonge » sur l’élection de 2020.

Le républicain Youngkin en Virginie a pris soin de ne pas trop s’associer à Trump pendant la dernière ligne droite de la campagne, mais il n’a jamais renié les mensonges du président déchu et il a mené une campagne inspirée du trumpisme en appuyant sur presque tous les boutons de la « guerre culturelle ». 

Ce qui est inquiétant pour la démocratie américaine est que les républicains puissent encore tirer parti de circonstances électorales normales pour remporter des élections alors que ce qu’est devenu ce parti – une organisation entièrement vouée à redonner le pouvoir par tous les moyens à un autocrate corrompu et déjanté – devrait « normalement » les disqualifier du jeu démocratique.