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Air Canada: se faire cracher à la figure

CCMM
Photo Chantal Poirier Michael Rousseau

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Il semble bien que l’insulte ne suffise plus pour nous dénigrer. Nous n’avons de cesse d’être humiliés et subissons docilement les camouflets depuis des siècles sur cette terre qui a vu naître nos ancêtres français. Cette terre québécoise qui est en train de se défranciser.

Le président d’Air Canada Michael Rousseau incarne en sa personne ceux que l’on désignait dans les années lyriques du nationalisme québécois comme des « colonisés » francophones. L’incapacité de Michael Rousseau de prononcer un seul mot de français relève, à l’évidence, d’un blocage psychologique. Il fait partie de ces cohortes de francophones honteux qui ont traversé notre histoire.

Du côté de son père, l’assimilation à l’anglais remonte à trois générations. Cette situation, on la retrouve chez les Franco-Canadiens éparpillés à travers le Canada.

Blocage

Mais là où ce blocage chez Michael Rousseau devient encore plus incompréhensible, c’est que sa mère et son épouse sont des francophones de souche. De là à croire que le président d’Air Canada n’a pas réglé son complexe d’Œdipe, il n’y a qu’un pas que l’on franchit allègrement. Freud, le maître de la psychanalyse, a développé la théorie selon laquelle le garçon sent le besoin de rejeter sa mère après l’avoir trop adorée durant l’enfance.

Dans le cas qui nous occupe, comment expliquer l’entêtement de monsieur Rousseau à refuser même l’idée de parler le français, malgré le fait que sa mère et sa femme soient francophones et qu’il habite depuis 14 ans à Saint-Lambert, une banlieue francophone chic et huppée ?

Son insensibilité arrogante à la tête d’une institution dont le siège social est à Montréal (mais pour combien de temps encore ?) est renversante. Elle s’inscrit d’ailleurs dans une tendance plus préoccupante. Car Air Canada a décidé que le français n’est plus une dimension importante pour assurer sa croissance dans le monde de l’aviation. « On est devenu un transporteur aérien d’une envergure telle qu’on ne peut pas embaucher autant d’agents francophones que l’on souhaiterait », a déclaré Michael Rousseau à un confrère de La Presse.

  • Écoutez l’entrevue avec Simon Jolin-Barrette, Ministre de la Justice et ministre responsable de la langue française au micro de Benoit Dutrizac sur QUB radio : 

Infériorité francophone

Notre patience collective est illimitée, il faut bien le constater. Cette déclaration brutale de la part d’un francophone anglicisé qui travaille trop pour apprendre ne serait-ce que quelques phrases en français, la langue de sa femme et de sa mère, et qui, jusqu’à hier matin, s’était refusé même de s’en excuser prouve que les francophones du Québec acceptent d’être traités comme des inférieurs et des perdants.

Combien sommes-nous à éprouver encore de la fierté d’être un peuple francophone et de nous exprimer en français ? Combien sommes-nous à nous sentir blessés, humiliés devant pareille démonstration de mépris ?

Et quel découragement lorsqu’en toute lucidité nous observons les jeunes générations actuelles à qui nous n’avons, semble-t-il, guère transmis notre héritage et notre patrimoine ! Ces jeunes, orphelins de notre mémoire passée, haussent les épaules devant nos émotions d’une autre époque et nos « radotages » de baby-boomers.

Les excuses tardives et « forcées » du président d’Air Canada sont vides de sens. Elles ne prouvent qu’une chose : Michael Rousseau a subi des pressions de la part de ses maîtres anglophones, qui ont compris que les francophones n’ont besoin que d’excuses, car cela leur suffit à retrouver leur docilité historique.

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