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Pourquoi parler d’argent au Québec est si tabou?

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Personne ne sera surpris de savoir que notre inconfort face aux questions financières ne date pas d’hier au Québec. Que ce soit à cause du manque d’éducation financière ou des différences de mentalités entre les générations, parler d’argent peut créer un profond malaise pour plusieurs.

Pour élucider cette grande question, l’historienne Catherine Tourangeau nous a fait un tour d’horizon pour répondre au fondement de ce tabou. 

Elle mentionne d’emblée que déjà au Moyen-Âge posséder beaucoup de richesse avait une connotation négative en raison des messages véhiculés par la religion. 

« À cette époque, on insistait sur le fait que les pauvres seraient les premiers à être admis au paradis. Être riche était plutôt vu comme une preuve de l'amour du gain ou d’absence de vertu. Si bien que les plus fortunés tentaient de le cacher ou se déculpabilisaient en donnant généreusement aux moins bien nantis », mentionne-t-elle.

Comment se fait-il qu’aujourd’hui il y ait encore une « démonisation » de l’argent alors que la religion n’est plus au premier plan au Québec? 

Selon l’historienne, même si l’Église catholique n’a plus le prestige qu’elle a déjà eu ici, la culture québécoise demeure pétrie de catholicisme. C’est la raison pour laquelle le fait de parler d’argent est encore mal vu.

Le vent tourne dans les années 50      

Toutefois, au milieu du dernier siècle, le rapport des Québécois à l’argent a évolué, entre autres, avec l’accès aux professions libérales, par exemple, dans les domaines de la médecine, du droit et du notariat. Cela leur a permis de s’identifier à leur travail et à en tirer une certaine fierté. 

Sans oublier l’arrivée du concept du « rêve américain » dans les années 50 qui a permis un vent de changement en redonnant un peu de lustre à la richesse. 

« Les privilèges attribuables au travail comme les voyages à l’international, les voitures de luxe ou encore les chalets à la campagne sont alors devenus des preuves de l’appartenance à une classe sociale aisée et respectable », souligne Catherine Tourangeau.

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Un tabou moins présent dans la classe moyenne       

Règle générale au Québec, les mieux nantis éviteront d’étaler leur fortune sur la place publique et les plus pauvres ne se vanteront pas de leur difficulté à joindre les deux bouts. Quant à la classe moyenne, elle aurait davantage de facilité à discuter de ses finances personnelles, sans pour autant se montrer totalement transparente.

« Historiquement et sociologiquement parlant, la classe sociale se définit par son rapport au travail et au mode de vie qui vient avec celui-ci. Comme tout le monde cherche à atteindre la classe moyenne, certains sujets de conversation sont perçus comme étant tout à fait acceptables. En revanche, on parlera de ses rénovations, de son dernier voyage ou de sa voiture... mais jamais de son chèque de paie! », explique l’historienne.

Et qu’en est-il pour la génération Z?       

Est-ce qu’elle est plus encline à se pencher sur les discussions touchant son portefeuille? « Avec l’effritement de la classe moyenne depuis les années 80 et 90, on a effectivement vu émerger une nouvelle sensibilité économique chez les membres des générations Y et Z », indique-t-elle.

Toutefois, le tabou est loin d’être disparu, même chez la génération Z. « Pour beaucoup de jeunes, en particulier en raison de l’inflation croissante et de la stagnation des salaires, le rapport à l’argent est très compliqué. Ils sont moins à l’aise avec le sujet de l’enrichissement personnel et avec la question de l'épargne à long terme. Cependant, ils sont plutôt à l’aise avec les questions de dépenses publiques », soutient l’historienne.

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Éducation et transparence      

Certaines personnes croient qu’il y aurait un lien à faire avec la multiplication des gens aux prises avec des troubles de surconsommation ou de surendettement, qui seraient liés à un manque d'éducation financière. 

Mais selon Catherine Tourangeau, il ne faut pas faire de lien trop rapidement : « Après tout, ces problèmes sont tout aussi présents dans les sociétés où l’argent n’est pas un grand tabou, comme aux États-Unis. » 

Dans tous les cas, l’éducation économique reste une solution efficace pour rendre les questions financières moins intimidantes et moins complexes. 

« Mieux comprendre les enjeux financiers aiderait certainement les jeunes et les moins jeunes à rationaliser leurs réalités économiques. Aussi, la transparence dans les politiques économiques et financières de grandes institutions et de l’État pourrait aider à mettre fin à ce tabou (ou du moins à diminuer son influence) », conclut-elle.

À la Sun Life, nous croyons qu’il n’y a pas de sujets financiers tabous. N’hésitez pas à poser vos questions d’argent à votre conseiller en sécurité financière!

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