/sports/opinion/columnists
Navigation

Chevreuil: conseil d'expert

Campeau
Photo courtoisie Maxime Dubé a développé de nombreux trucs et astuces alors qu’il était guide chez Safari Anticosti. Ses techniques et approches fonctionnent également très bien partout dans la Belle Province.

Coup d'oeil sur cet article

La saison de la chasse au cerf de Virginie avec arme à feu débute dès aujourd’hui dans plusieurs zones.

• À lire aussi: Jeu-questionnaire sur les armes

Lors d’une récente visite à Sépaq Anticosti, j’ai eu la chance de me faire accompagner par Maxime Dubé. En plus d’avoir suivi une formation en aménagement cynégétique et halieutique, ce chic type a été guide chez Safari Anticosti dans le secteur Aquila de 2004 à 2018, où il a pu découvrir une foule de techniques et d’approches. Il est aujourd’hui responsable du service à la clientèle pour la plus grosse pourvoirie au monde de chasse au chevreuil.

M. Dubé a su développer un côté analytique très poussé au sujet du comportement des cervidés en fonction des conditions et de la période de l’année. Il a bien voulu partager quelques trucs avec les lecteurs du Journal pour vous aider à prélever le trophée tant convoité, sur l’île et même ailleurs en province. Voici l’essentiel de ses propos :

1. LE VENT

Il faut toujours tenir compte de sa direction et de son intensité. Quand il souffle faiblement ou de façon modérée, Maxime préfère exploiter principalement les ouvertures comme les bûchers, les lacs, les tourbières, les bords de rivières, etc.

Lorsque le vent souffle fortement, le chasseur a intérêt à localiser des structures naturelles qui vont estomper son effet, comme le bas d’une pente, un îlot de bois, une coulée à proximité d’un cours d’eau, etc. En s’y abritant, le chevreuil sera plus en mesure de mettre ses trois sens à profit pour se sentir en sécurité. Si le vent vient du nord par exemple, il se positionnera au sud de la structure, où il pourra entendre et flairer ce qui se passe derrière lui, sans être incommodé par les bourrasques ou les rafales. Puis, il pourra voir toute la scène devant lui.

Lors d’un déluge ou d’un très grand vent, il faut oublier les ouvertures et les forêts matures, car tous les arbres craquent et bougent, et les cerfs ne sont pas en contrôle de leur audition et de leur vue. Recherchez plutôt des zones d’épinettes noires ou, ailleurs sur le continent, des phragmites, des concentrations de pruches ou autres essences de la sorte. Étant de plus petite taille, ils sont moins influencés par les éléments, et l’animal a un champ de vision restreint à 20 ou 30 mètres. L’adepte devra s’y déplacer lentement et très subtilement.

2. LES ENTONNOIRS

En vous servant d’une carte topographique et des photos aériennes générées par Google Earth, Zoom Earth ou autres, tentez de repérer des passages rétrécis entre deux lacs, le long d’une falaise ou d’une rivière majeure ou bien une ligne d’arbres qui avance dans une plaine. Lors de leurs déplacements, les bêtes choisissent ces endroits afin de s’exposer moins longtemps à découvert. 

3. CHALEURS

Le cerf doit tempérer son corps. On appelle ça la thermorégulation. En octobre et plus tard en saison, alors que son pelage devient de plus en plus épais, dès que le thermomètre se situe au-delà de 15 °C, il ne sera pas actif dans les zones ouvertes. « C’est comme si le chevreuil avait son manteau d’hiver et qu’il avait vraiment trop chaud », précise M. Dubé. Cherchez alors les endroits avec du bois mature, de la mousse au sol et des épinettes en sous-étages. La température y sera souvent jusqu’à 4 ou 5 degrés plus fraîche.

4. L’APPEL DE LA NATURE

En novembre, ciblez les ouvertures tels les plaines, les bûchers ou les champs de culture fraîchement coupés dans certaines régions, etc. Jetez un coup d’œil attentif aux femelles qui passeront dans les environs, car tôt ou tard, elles tomberont en chaleur. Elles attireront inévitablement les gros bucks comme des aimants.

5. CRI D’ALARME

Si vous vous faites siffler par un cerf, ne paniquez pas, tout n’est pas perdu. Étant curieux de nature, il souhaite corroborer ses deux sens pour être certain qu’il s’agit vraiment d’un danger éminent. Si ce dernier vous a vu sans vous sentir, il voudra vous contourner à bon vent pour tenter de capter votre odeur. Vaporisez alors de l’urine synthétique de femelle en chaleur ou de mâle dominant. Vous créerez, à ce moment, un doute dans son esprit et il pourrait se remontrer le bout du museau.

6. MENACE

Si un buck part à la course après vous avoir identifié comme un danger potentiel, vous pouvez attirer son attention et freiner ses élans en criant très fort l’appel du veau en détresse qui ressemble à ouiiiin-ouiiiin-ouiiiin. L’instinct parental ou l’effet de curiosité prendra souvent le dessus et il s’immobilisera, dans bien des cas, pour localiser la source de ce bruit qu’il reconnaît.

7. BIEN EN VUE

Si vous apercevez un chevreuil penché en train de manger, il peut être difficile d’identifier son sexe. Si on attend qu’il relève la tête, il y a des chances qu’il continue d’avancer et qu’on le perde de vue. Prenez plutôt le temps de vous épauler et de mirer. Lâchez ensuite un cri comme « Hé ! » Il redressera alors la tête rapidement, vous donnant ainsi la chance d’être prêt pour la mise à feu, le cas échéant.

8. DÉMARCHE

Quand vous faites de la chasse fine et que le terrain est imbibé d’eau, marchez de façon à déposer vos talons en premier pour atténuer le bruit. Puis, quand vous relevez le pied, inclinez vos chevilles vers l’extérieur pour diminuer les sons de succion.

9. PROTECTEURS

Selon Maxime, bon nombre de nemrods sont incommodés au moment du tir, car leur télescope est embué, encombré d’aiguilles de conifère, de neige ou de gouttelettes d’eau. Pourtant, de simples capuchons protecteurs à ressort en plastique transparent vous éviteraient de nombreux scénarios peu enviables où il est difficile de mirer correctement.

10. POUR ÊTRE PLUS PRÉCIS

Lors des déplacements en forêt, on peut accoter notre carabine sur un arbre pour accroître la précision d’un tir à distance. À la chasse fine, il s’agit d’une tout autre histoire. M. Dubé recommande de toujours traîner un bâton de tir à deux pattes, communément appelé bipod, pour faciliter l’alignement et stabiliser vos mouvements. Vous éviterez ainsi de blesser des gibiers.

11. BIEN VOIR

Lors de la chasse fine, prenez le temps d’observer minutieusement l’horizon, les bordures et les zones de transition afin de localiser la présence d’un cerf avant qu’il ne vous voie. De jumelles avec un objectif de 32 à 42 mm et un grossissement de 8 à 10 vous permettront de voir un dos, une queue, une tête, etc.

12. IMITER

En novembre, lors de vos déplacements, ayez toujours avec vous quelques feuilles de papier essuie-tout. Maxime positionne une de celles-ci dans la paume d’une de ses mains. Il s’assure de porter des gants pour créer un contraste de couleur. Il l’agite ensuite comme un balancier afin de reproduire visuellement la queue d’un congénère. Si vous êtes vu de loin, vous pourrez encore une fois créer un doute dans l’esprit de l’animal.


► Je vous invite à me suivre sur Facebook.