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Elle réactualise des crimes sadiques

La métamorphose du centre-ville ne doit pas enterrer certains meurtres sordides irrésolus, dit une détective

Annie Richard détective
Photo Louis-Philippe Messier La détective Annie Richard pose devant un édifice où un tueur en série peut-être encore en vie a fait des victimes qui réclament toujours justice.

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À l’intérieur de Montréal, le journaliste Louis-Philippe Messier se déplace surtout à la course, son bureau dans son sac à dos, à l’affût de sujets et de gens fascinants. Il parle à tout le monde et s’intéresse à tous les milieux dans cette chronique urbaine.


La détective privée Annie Richard et moi déambulons sur la rue Saint-Catherine en approchant du boulevard Robert-Bourassa. Même de loin, nous sentons les ruines tout récemment calcinées de l’immeuble patrimonial qui abritait le club de danseuses nues Super Sexe.

L’enseigne néon inoubliable aux trois super-héroïnes en cape et bikini n’a pas survécu à un incendie « suspect » survenu la veille de l’Halloween.

Un incendie a ravagé l’enseigne emblématique du club Super Sexe qui était un des rares vestiges du Red Light montréalais.
Photo Chantal Poirier
Un incendie a ravagé l’enseigne emblématique du club Super Sexe qui était un des rares vestiges du Red Light montréalais.

C’était un des rares emblèmes restants du Red Light. Dans un centre-ville que la prostitution visible a presque déserté, quelqu’un refuse d’oublier certaines horreurs pas si lointaines qui s’y sont passées et nous rappelle que des victimes réclament toujours justice pour des crimes non résolus : la détective privée Annie Richard.

Mme Richard n’appréhende pas le centre-ville comme vous et moi. Quand nous voyons un club ou un hôtel, cette experte fouineuse d’archives à la mémoire d’éléphant se rappelle un foisonnement de coupures de presse étalées sur près d’un siècle. Elle se focalise sur une adresse et exhume les choses incroyables qui s’y sont déroulées.

Une adresse hantée

Je suis étonné d’apprendre qu’Annie Richard n’a jamais vu le Café Cléopâtre, l’un des derniers lieux d’effeuillage préservés et actifs de l’ancien centre-ville olé olé, et je l’y guide. En chemin, nous croisons l’une des adresses à l’historique le plus atroce que la détective connaisse (même si le lieu a été radicalement rénové et changé). Je lis le nom : L’Abri du voyageur. 

Annie Richard me montre une porte de service de l’ancien Bolero Tourist Rooms, sur la rue Clark, qui a plusieurs fois été photographiée par la presse écrite au fil des décennies tandis que des employés de la morgue en sortaient des cadavres sur des civières...
Photo Louis-Philippe Messier
Annie Richard me montre une porte de service de l’ancien Bolero Tourist Rooms, sur la rue Clark, qui a plusieurs fois été photographiée par la presse écrite au fil des décennies tandis que des employés de la morgue en sortaient des cadavres sur des civières...

« C’était auparavant le Bolero Tourist Rooms et auparavant le Western Tourist Room et c’était alors un lieu presque intégralement voué à la prostitution avec des chambres louées à l’heure et où un tueur en série a commis plusieurs meurtres affreux entre 1979 et 1985. Et un des suspects de l’époque, qui a ensuite été condamné pour des féminicides similaires ailleurs au Canada, risque de bientôt sortir de prison... »

L’homme dont la détective parle, Gregory Ashford, est tristement connu, surtout hors Québec. En 2016, la CBC rapportait un scandale : ce tueur venait d’avoir le droit de faire une sortie supervisée dans la communauté.

« Le Red Light n’est pas une chose révolue, certains des gens à peine adultes impliqués dans les années 1980 sont encore là », dit Mme Richard.

Non seulement un ancien suspect numéro un comme M. Ashford vit encore et continue de faire couler de l’encre (y compris celle-ci), mais les familles des assassinées n’ont pas oublié.

Dépoussiérer l’histoire criminelle

Dans son livre La dépoussiéreuse de crimes, paru récemment aux Éditions de l’Homme, Annie Richard présente les victimes du Bolero Tourist Rooms : Marlène Lemay, Sharon Deslandes et Francine St-Hilaire, toutes assassinées, battues et étranglées suivant la même méthode que je ne juge pas à propos de détailler dans cette chronique.

« J’ai lu les rapports du coroner pour chacune d’elles, j’en ai fait des cauchemars, et j’ignore pourquoi la police de l’époque avait décidé de ne pas aller de l’avant avec des accusations contre Gregory Ashford, mais la technologie a changé depuis. »

Marlène, Sharon et Francine obtiendront-elles tardivement justice ? 

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