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L’unilinguisme des grands patrons: un problème?

Assemblé SNC Lavalin
Photo d'archives, Chantal Poirier

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À la lumière du tollé soulevé par l’unilinguisme du président d’Air Canada cette semaine, plusieurs grands patrons ont dû essuyer quelques sueurs froides. 

Bien sûr, le statut d’Air Canada est particulier, car l’entreprise est assujettie à la Loi sur les langues officielles. N’empêche, de plus en plus de fleurons québécois sont aujourd’hui dirigés par des gens qui ne comprennent rien au français. Faut-il pour autant s’en indigner ? 

L’une de nos fiertés nationales, Couche-Tard, est dirigée par un gestionnaire chevronné, Brian Hannasch, depuis 2014. Lors de sa nomination, il s’était engagé à apprendre le français. Mais depuis, la direction a expliqué qu’il « n’avait pas eu le temps » de s’atteler à la tâche. 

Idem à la Banque Laurentienne. La nouvelle présidente et cheffe de la direction, qui parle l’anglais et l’arabe, a été recrutée sans pouvoir prononcer une phrase dans la langue de Molière. D’ailleurs, le conseil d’administration de la banque est présidé par Michael Mueller, qui n’a pas été capable de dire plus de trois mots en français lors de la dernière assemblée des actionnaires. 

Lorsque SNC-Lavalin a embauché son nouveau patron, il y a deux ans, Ian Edwards a pris la barre sans même que la question linguistique soit soulevée. Chez CGI, notre fleuron technologique, la direction a été confiée à George Schindler sans que l’usage du français soit un critère d’embauche. Et quand Lowe’s-RONA a limogé son président québécois, Sylvain Prud’homme, en 2019, son successeur américain, Tony Hurst, a promis d’apprendre le français. J’ai hâte de l’entendre ! 

Important ?

En même temps, est-ce qu’un PDG doit nécessairement parler le français au Québec en 2021 ? J’ai posé la question à Stephen Jarislowsky. L’investisseur milliardaire montréalais, aujourd’hui âgé de 96 ans, avait fait grand bruit en 2012 en plaidant que le statut précaire du français au Québec était un « mythe ». 

Sa pensée semble avoir évolué. Aujourd’hui, il condamne avec fermeté l’unilinguisme des grands patrons. 

« Au Canada, si on dirige une compagnie nationale, on devrait parler les deux langues officielles au minimum », m’a-t-il confié dans le cadre d’une entrevue à l’émission À vos affaires.

En voyant le PDG d’Air Canada me demander de lui poser mes questions en anglais, cette semaine, Stephan Jarislowsky a réagi de façon cinglante. 

« La moindre des choses qu’on puisse faire, lorsqu’on est interpellé en français, c’est de répondre dans la même langue ! ». 

Carey Price

Un président d’entreprise a une ascendance sur la culture de son organisation. Il en incarne l’image, la couleur et l’identité. Quelques téléspectateurs m’ont écrit cette semaine en relativisant le problème de l’unilinguisme des dirigeants au Québec. 

« M. Zappa, allez maintenant interroger les joueurs des Canadiens ! »

On peut déplorer que les joueurs de la Sainte-Flanelle, pour la plupart, soient incapables de communiquer avec leurs fans québécois dans leur langue. 

Or, si Carey Price n’arrive pas à « baragouiner » un mot ou deux en français, il est bon de rappeler qu’il ne dirige pas 35 000 employés assujettis à la loi sur le bilinguisme. 

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