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Le «syndrome de La Havane» tourmente les diplomates

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Photo AFP Le secrétaire d’État américain Antony Blinken a prononcé une allocution sur le syndrome de La Havane, vendredi, à Washington.

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Les mystères nous accompagnent depuis la nuit des temps. On étourdit encore bien des gens en proclamant qu’il «est grand le mystère de la foi». Dans ma jeunesse, nous étions fascinés par le mystère du «Triangle des Bermudes», dont plus personne ne parle aujourd’hui. Ces temps-ci, des gens se réveillent la nuit, perturbés par le mystère du « syndrome de La Havane ».

Tout un phénomène, ce syndrome ! Ce sont des diplomates et des espions américains basés dans la capitale cubaine qui, les premiers, s’en sont plaints à la fin de l’année 2019 : cillement dans les oreilles, migraines spectaculaires, perte d’équilibre, nausée. «Une commotion cérébrale sans commotion», comme le diagnostiquait un médecin.

Les autorités cubaines, accusées d’utiliser une arme secrète contre leurs visiteurs américains, ont dénoncé avec indignation les allégations et juré qu’ils n’y étaient pour rien. Les doutes persistent, mais depuis, le syndrome a été éprouvé un peu partout à travers le monde, entre autres en Russie et en Chine.

Inexact toutefois de ne s’en tenir qu’aux adversaires des États-Unis : depuis l’arrivée de Joe Biden à la Maison-Blanche, près d’une vingtaine de représentants américains ont ressenti les mêmes symptômes à Vienne, la capitale autrichienne, qui – comme le savent les lecteurs de romans d’espionnage – a canalisé toutes sortes de magouilles tout au long de la Guerre froide.

RAYON D’ÉNERGIE OU ATTAQUE SONIQUE ?

Le mystère autour de ce syndrome ne tient pas qu’aux manifestations physiologiques, souvent vagues, mais, pour ceux et celles qui en souffrent, incontestablement réelles. Les scientifiques et les militaires qui creusent pour trouver l’origine de ces troubles peinent à donner une réponse convaincante.

Initialement, l’hypothèse d’une arme sonique développée par les Cubains a retenu l’attention, avant qu’on en vienne plutôt à croire que ces malaises étaient dus aux conséquences imprévues d’un système d’espionnage pour récupérer des données de cellulaires et d’ordinateurs portables.

À la fin de l’année dernière, les très sérieuses National Academies of Sciences, Engineering and Medecine, sollicitées par le gouvernement américain, concluaient qu’il y avait possiblement derrière ces dérangements un dispositif de radiofréquence énergique, dans la famille grosso modo des micro-ondes. En vérité, on ne le sait toujours pas.

UNE FRÉQUENCE ACCRUE

Entre-temps, les cas se multiplient. En août dernier, le voyage de la vice-présidente Kamala Harris au Vietnam a été perturbé par un possible « incident de santé anormal », l’expression byzantine utilisée à Washington pour décrire les signes du syndrome havanais.

Même chose en septembre, lors du déplacement du directeur de la CIA en Inde, puis le mois dernier, en Colombie cette fois, où ce sont cinq familles associées à l’ambassade américaine à Bogotá qui ont été affectées.

Des représentants canadiens à l’étranger ont aussi fait part de troubles comparables et reprochent à Ottawa de ne pas les prendre suffisamment au sérieux. Vendredi, le secrétaire d’État américain Antony Blinken, face aux mêmes critiques, a nommé deux diplomates d’expérience pour aider les victimes et « faire toute la lumière » sur le mystérieux syndrome.

Convenons qu’elle aura large à éclairer, l’équipe de Blinken, entre simple réaction psychosomatique au travail à l’étranger et attaques acoustiques orchestrées par Moscou ! 

Les symptômes du «Syndrome de La Havane»   

  • Cillement métallique dans les oreilles, souvent suivi de perte auditive  
  • Vertige  
  • Problèmes de vision  
  • Difficulté de concentration  
  • Migraine  
  • Nausée  
  • Insomnie    

Les victimes jusqu’à maintenant...  

  • 200 envoyés américains, moitié associée à la CIA, moitié partagée entre le département d’État et le Pentagone  
  • Plus d’une vingtaine de diplomates canadiens    

Les lieux du «crime»...  

  • D’abord, La Havane, Cuba, à partir de 2016  
  • Puis, Russie, Géorgie, Pologne, Autriche, Chine, Taïwan, Colombie, Kirghizistan, Ouzbékistan, Royaume-Uni... et même, autour de la Maison-Blanche    

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