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Ça ne tourne pas rond au Parti républicain

Paul Gosar
AFP Paul Gosar

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En toute objectivité, il faut reconnaître que le GOP n’est pas un parti normal et que le comportement de certains de ses membres est inquiétant.

Le Parti républicain, le «Grand Old Party», est l’héritier d’une longue et admirable tradition, depuis Abraham Lincoln, en passant par Theodore Roosevelt, Dwight Eisenhower et Ronald Reagan. Il faut reconnaître aujourd’hui, même si on arrive à se convaincre que Donald Trump pourrait ne pas revenir, que ce parti est devenu une farce – et pas une farce particulièrement drôle.

Prenons par exemple le cas du représentant Paul Gosar, de l’Arizona (sur qui j’ai déjà écrit). Ce dentiste de carrière a peut-être l’excuse d’avoir fait une overdose de quelque chose, mais ses agissements récents sont sérieusement déjantés. Il y a quelques jours, il diffusait sur son compte Twitter une animation de fort mauvais goût où il se mettait en vedette en train d’assassiner la représentante démocrate Alexandria Ocasio-Cortez et d’attaquer le président Biden à coups de sabre. Ha ha ha, très drôle. La propre sœur de Gosar s’inquiète de voir son frère aîné devenu un dangereux sociopathe.

Les appels à des actions contre le représentant Gosar fusent de partout, mais le leadership du parti ne semble avoir aucune intention de sanctionner ce disciple inconditionnel de Donald Trump, qui continuait d’insister pour qu’on renverse les résultats de l’élection présidentielle le soir du 6 janvier dernier, après qu’une meute violente eut provoqué cinq morts et menacé d’attenter à la vie de plusieurs membres du Congrès. Il peut dormir sur ses deux oreilles, le leadership de son parti continuera à lui faire confiance.

On pourrait en dire à peu près autant d’autres représentants républicains qui se sont distingués par des gestes et des paroles qui devraient normalement entraîner des sanctions sévères. Par exemple, la représentante du Colorado Lauren Boebert, en plus d’avoir été prise à payer son loyer et ses factures de gaz avec des fonds de campagne, défiait ouvertement les règles sanitaires du Congrès en se baladant au Capitole sans masque et sans vaccin, sans parler de ses déclarations toutes plus incendiaires ou insensées les unes que les autres. 

La représentante de la Géorgie Marjorie Taylor-Green n’est pas en reste, elle qui proclamait publiquement souhaiter l’exécution sommaire de ses vis-à-vis démocrates et qui a littéralement menacé sa collègue Alexandria Ocasio-Cortez d’en venir aux coups lors d’une altercation publique en mai. Le représentant de la Caroline du Nord Madison Cawthorn, pour sa part, multiplie littéralement les appels aux armes contre ses adversaires politiques, au point où le comité éditorial du Charlotte Observer, réputé plutôt conservateur, a condamné ses gestes et réclamé une motion de censure de la Chambre des représentants contre lui. Et que dire du représentant de la Floride Matt Gaetz, sur qui pèsent de multiples allégations d’inconduites sexuelles graves envers des mineures et qui devrait faire l’objet d’accusations formelles d’un moment à l’autre?

Même si aucun de ces trumpistes au comportement et aux déclarations hors de contrôle ne fait l’objet de quelque reproche que ce soit de la part du leadership de leur parti ou de demandes de sanction de la part de leurs collègues, les 13 représentants républicains qui ont voté en faveur du projet de loi sur les infrastructures sont l’objet d’un barrage de critiques de la part de plusieurs membres de leur parti (dont les membres susmentionnés), qui réclament à grands cris des sanctions immédiates contre eux. Le représentant du Michigan Fred Upton, qui a voté en faveur du projet de loi, dit recevoir des menaces de mort de la part de partisans de l’ex-président qui l’accusent de trahison (entre autres gentillesses). 

Curieusement, ceux qui réclament la peau de ces représentants ne disent rien au sujet des 19 sénateurs qui ont déjà appuyé le même projet de loi sur les infrastructures, mais on ne peut certainement pas accuser les trumpistes de pécher par excès de cohérence. De toute façon, il est à peu près certain que, lorsque les dollars commenceront à pleuvoir dans leurs districts, les législateurs républicains qui vouent aux gémonies leurs collègues qui ont rendu ces investissements possibles seront les premiers à sourire devant les caméras en s’attribuant tout le mérite.

Non, le Parti républicain n’est pas un parti normal, et je ne fais ici que gratter la surface des bizarreries de ce parti, dont la majorité des partisans continuent de croire que Donald Trump a gagné l’élection de 2020, malgré l’absence totale de preuves à l’appui de ses allégations farfelues de fraude à grande échelle. Je ne mentionne pas non plus les efforts pour balayer sous le tapis l’insurrection violente du 6 janvier au Capitole et le rôle majeur qu’y ont joué des membres éminents du parti, au premier chef Donald Trump lui-même. N’oublions pas que l’ex-président et présumé prochain candidat républicain à la présidence est lui-même la cible d’au moins une demi-douzaine de poursuites civiles ou criminelles qui cheminent à une lenteur exaspérante.

Pourtant, au nom de la sacro-sainte impartialité, la plupart des médias continuent de prétendre qu’il y a une sorte d’équilibre entre les deux partis et la plupart des citoyens continuent de croire que les deux partis sont équivalents et coexistent sur la même planète. Par conséquent, lorsqu’on cherche à expliquer les perspectives électorales des deux partis en vue des élections de mi-mandat, toutes ces aberrations deviennent un simple bruit de fond quasi imperceptible. Pourquoi? Bonne question.