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Trudeau et le français: faites ce que je dis...

Chrystia Freeland
Photo d'archives, AFP Chrystia Freeland

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Le gouvernement Trudeau a sorti l’artillerie lourde pour semoncer Air Canada. La lettre de la ministre Chrystia Freeland exprimait avec fermeté la position du gouvernement en matière de respect du français dans l’entreprise.  

Actionnaire à 6 % de la compagnie et responsable de l’application de la Loi sur les langues officielles, le gouvernement Trudeau avait deux chapeaux pour frapper fort. Il fallait quand même un minimum de courage. Air Canada est une entreprise privée, cotée en bourse, qui n’a pas le goût d’avoir la politique dans ses pattes.

Je dois dire que j’ai beaucoup aimé l’intervention forte de la ministre Freeland vis-à-vis d’Air Canada. J’ai apprécié la décision du gouvernement Trudeau de mettre le pied à terre. Ils auraient pu se contenter de dire que la future réforme de la Loi sur les langues officielles viendrait changer les choses.

J’ai donc aimé l’approche du gouvernement libéral... jusqu’au moment où je me suis rappelé la dernière nomination qu’il a faite. Justin Trudeau a désigné en juillet dernier une gouverneure générale qui ne parlait pas français. Le français n’était pas un critère pour pourvoir le poste le plus prestigieux du pays.

Faites ce que je dis...

Avouons que si le président du CA d’Air Canada voulait faire l’insolent, il aurait une réponse facile à la lettre de reproches de la ministre Freeland. On imagine la réplique baveuse : « Si votre gouvernement a tant à cœur la nomination de personnes parlant français pour des postes-clés, vous auriez dû donner l’exemple lors du choix d’une gouverneure générale ».

Il n’aurait pas tort de réagir ainsi. Le premier ministre du Canada a sérieusement amoché sa crédibilité comme donneur de leçons en matière de langue française le jour de la nomination de Mary Simon. Nous avions eu des grincements de dents lors de la nomination de juges à la Cour suprême ou d’un vérificateur général qui ne parlaient qu’anglais. Mais une gouverneure générale ?  

La décision a heurté les francophones parce que cette fonction est largement symbolique. Le poste de gouverneur général n’exige pas une compétence pointue. Lorsque le gouvernement choisit le dirigeant d’une société d’État, il peut plaider une compétence exceptionnelle dans son domaine. Cela expliquera qu’on préfère un candidat malgré sa méconnaissance du français.

(Remarquez que l’inverse n’est pas vrai. La candidature d’un unilingue français ne sera pas prise en considération même s’il s’agit d’une super sommité dans son champ d’expertise. Le bilinguisme canadien est comme la Tour de Pise. Il penche d’un côté.)

Quel symbole !

Dans le cas du choix de la gouverneure générale, on recherche des symboles, une image. La personne devient la représentante du Canada, à l’intérieur du pays et aussi à l’étranger. En 2021, cette représentation n’inclut plus le français.

Fait à noter, il existe un parallèle entre Mary Simon et Michael Rousseau. Elle aussi a vécu une partie importante de sa vie au Québec, dont quelques années à Montréal, sans parler le français...

Dans le dossier Air Canada, Justin Trudeau a frappé fort, mais avec une crédibilité faible.

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