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L'économie américaine s'emballe, mais Biden écope

L'économie américaine s'emballe, mais Biden écope
Photo d'archives, AFP

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L’économie américaine se remet à la vitesse grand V de la récession provoquée par la pandémie, mais politiquement, ça ne fait pas que des heureux.

On se souvient du slogan de la campagne de Bill Clinton en 1992, « It’s the economy, stupid! », ou des trois mots clés de Brian Mulroney en 1984, « jobs, jobs, jobs ».

Quel politicien ne rêve pas d’une économie qui, comme les États-Unis aujourd’hui, carbure à plein régime et crée des emplois plus vite qu’on peut les compter ? Le problème pour Joe Biden et son parti, c’est que la forte reprise économique actuelle s’accompagne de cauchemars politiques qui pourraient les hanter jusqu’en novembre prochain.

La coupable est une vilaine qu’on avait perdue de vue depuis longtemps : l’inflation.

Une reprise encourageante

Après quelques revers électoraux mardi dernier, les démocrates ont pu se réjouir vendredi quand les statistiques de l’emploi ont été dévoilées.

Non seulement l’économie américaine a-t-elle créé plus d’emplois que prévu en octobre (531 000), mais on révisait aussi à la hausse les chiffres de plusieurs mois précédents. Dans le clan Biden, on se pétait les bretelles : 5,6 millions d’emplois ont été créés en 9 mois alors qu’il avait fallu 32 mois à Trump pour atteindre ce total.

Après les mois de grisaille de la pandémie, la majorité des ménages a des sous plein les poches et est avide de les dépenser. Ce sont de bonnes nouvelles, mais elles ne viennent pas seules.

L’envers de la médaille

Depuis plusieurs mois, les consommateurs font face à des étagères dégarnies, des pièces manquantes pour les réparations et des difficultés énormes à se procurer certains services.

Au large de Los Angeles, près de 75 gigantesques navires attendent de décharger leurs conteneurs. Les produits se font rares et les chaînes de production et d’approvisionnement sont perturbées. Le marché du travail n’est pas en reste. Avec l’augmentation de la demande de main-d’œuvre, les travailleurs sont moins vulnérables et les salaires augmentent.

La suite était prévisible : s’il y a plus d’argent, plus de demande et pas plus d’offre de biens et services, les prix augmentent. Pour empirer les perceptions, les indices sont annuels et il y a 12 mois, les prix étaient artificiellement bas. Conséquence : l’inflation a atteint 6,2 % en octobre, un sommet depuis 1990.

La rançon du succès

Même si ce niveau d’inflation pourrait fort bien être passager, et même si une bonne partie des pressions inflationnistes vient de marchés mondiaux que les États-Unis ne contrôlent pas, le coût politique pour Joe Biden et son parti est et restera élevé.

Quand l’emploi est en hausse, il y a un nombre limité de gagnants. L’inflation, par contre, frappe tout le monde là où ça fait mal. De surcroît, cette flambée des prix vient alors qu’on discute un énorme projet de loi largement perçu (probablement à tort) comme inflationniste.

Donc, à la veille d’une année politique qui s’annonce turbulente, les démocrates risquent fort d’avoir à payer le gros prix – eux aussi – pour leur succès économique.