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La liberté d’expression en prison

La liberté d’expression en prison
AFP

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Il n’a tué personne, n’a déposé aucune bombe, n’a volé personne, n’a menacé personne et pourtant il moisit dans une prison de haute sécurité, à Londres, depuis le mois d’avril 2019, après avoir passé près de sept ans réfugié dans le consulat équatorien à Londres du temps où l’Équateur était gouverné par un homme de gauche, Rafael Correa. Son successeur, Lenín Moreno, après avoir viré son capot de bord, a ordonné son expulsion et l’a remis aux autorités policières britanniques, répondant ainsi aux desirata de la Maison-Blanche qui réclame son extradition pour le juger pour trahison et espionnage. S’il était reconnu coupable, Assange risquerait de finir ses jours dans une prison étatsunienne.

Pourquoi cet acharnement contre Assange ? C’est que le fondateur de Wikileaks est accusé d’avoir divulgué sur son site, en 2010, des documents confidentiels qui prouvaient que l’armée étatsunienne avait commis des crimes de lèse-humanité en Afghanistan et en Irak. Wikileaks a, par la suite, envoyé à plusieurs journaux réputés pour leur fiabilité, des centaines de milliers de documents secrets émis par le Département d’État et destinés à ses ambassades à travers le monde, qui démontrent, entre autres, l’absence de tout scrupule et de moralité de Washington dans ses relations avec de tiers pays.

Assange n’a donc pas travaillé pour une puissance étrangère, il n’a fait que livrer au monde entier, à travers des journaux qui ont accepté de les publier, des informations véridiques qui ne peuvent que nous aider à mieux comprendre les motivations et les actions bien souvent criminelles de la première puissance économique et militaire au monde. Les accusations d’espionnage ne tiennent donc pas.

Dans cette cause contre Julian Assange, trois présidents étatsuniens ont été impliqués : Barack Obama, Donald Trump et maintenant Joe Biden, et trois gouvernements, qui prétendent pourtant défendre la démocratie et la liberté d’expression, sont intervenus : la Suède qui a été la première à lancer un mandat d’arrestation contre Assange, les États-Unis qui exigent son extradition pour le juger et l’Angleterre qui le maintient en prison.

La juge britannique qui a entendu la demande d’extradition des États-Unis a déjà rendu un premier jugement. Tout en concluant, sans autre forme de procès, qu’Assange était coupable d’espionnage (au profit de qui ?), elle s’opposait à la demande d’extradition, alléguant que le fondateur de Wikileaks risquait de mettre fin à ses jours s’il était extradé aux États-Unis, étant donné son état de santé mentale et physique. Si la santé d’Assange lui tenait tant à cœur, elle aurait pu ordonner sa libération conditionnelle en lui imposant le port d’un bracelet électronique dans l’attente de l’appel du gouvernement étatsunien. Cela se pratique dans de nombreux pays, des deux côtés de l’Atlantique. Maintenir ainsi en prison depuis plus de deux ans une personne non violente et présumée innocente relève de l’acharnement.

Il y a quelques jours, le gouvernement de Joe Bien a exposé ses arguments à l’appui de sa demande d’extradition devant le tribunal suprême de Londres. Il a promis qu’une fois extradé aux États-Unis, Assange ne serait pas emprisonné dans un pénitencier à sécurité maximale, « en autant qu’il ne commette aucun autre délit ». Mais même Amnistie internationale a demandé aux juges de ne pas se fier à de telles promesses. Ceux-ci devront rendre leur jugement dans quatre à six semaines.

Il est à souhaiter que Julian Assange soit rapidement remis en liberté. Il en va de la liberté d’expression et cela nous concerne tous. Assange n’a commis aucun crime car il n’a fait que divulguer une vérité qu’on voulait garder secrète.