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Le bracelet électronique pourrait me sauver la vie

Mélanie Côté
Photo Dave Parent

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*Attention, cette chronique parle de violence conjugale et contient des détails qui pourraient heurter certains lecteurs.

Mélanie Côté est entrée en contact avec moi à la suite de la publication des conclusions du rapport de la coroner concernant le meurtre de Marylène Levesque. L’une des conclusions de ce rapport, c’est que le bracelet électronique aurait pu lui sauver la vie. 

Quand Mélanie Côté rencontre celui qui va devenir le père de son enfant, elle est loin de se douter que derrière son personnage de beau gars sympathique, de père parfait même, se cache un monstre. Un monstre qui s’en était déjà pris à une conjointe avant elle. Mais ça, Mélanie l’ignore. « Si seulement j’avais su », me dit-elle, au téléphone. 

Ce ne sont pas les coups qui pleuvent en premier dans la relation amoureuse de Mélanie Côté. Ce sont les insultes, la manipulation et l’humiliation. « Quand mon fils a eu 4 mois, il a levé la main sur moi pour la première fois. »

Il refusait que j’aie la garde

La femme décide alors de quitter son conjoint. Elle se doute que les démarches qu’elle s’apprête à entreprendre pour obtenir la garde légale de son poupon seront difficiles. Mais elle est loin de se douter qu’elle y laissera presque sa vie. 

L’ex-conjoint de Mélanie, très en colère, tente par tous les moyens de la discréditer auprès des instances judiciaires. Leur dossier se rendra jusqu’en Cour supérieure, où la mère mène une bataille pour se faire entendre et pour que des délais raisonnables soient respectés. 

Huit mois plus tard, en décembre 2013, le juge rend enfin son verdict et octroie la garde légale à Mélanie Côté. Le père se voit accorder des droits de visite sous supervision. 

« J’étais en panique et je braillais à l’idée que mon fils soit en contact avec cet homme-là. » Mais elle n’a pas le choix. C’est un ordre de la cour. En tout, le bébé dormira seulement deux fois chez son père.

Le 9 janvier 2014, Mélanie sort de chez elle avec sa poussette. « J’ai senti une voiture à ma hauteur ». Précisons que la femme a un handicap visuel et qu’il était impossible pour elle de savoir qui s’approchait d’elle.  

« Instinctivement, je me suis mise à me méfier. Je savais que mon ex m’en voulait. » Mélanie accélère le pas, mais la personne l’agrippe et lui rentre un couteau dans la bouche. « C’est au moment où il a parlé que je l’ai reconnu : “Rentre dans le truck. Si tu cries, je te tue.” »

Mélanie embarque dans le véhicule avec son enfant de 13 mois. « J’avais la bouche en sang, pis le suit d’hiver de mon bébé était plein de sang. Du sang, y en avait partout dans l’auto. J’avais mal au cœur. Je vomissais. » 

Pendant les 150 km qui séparent la maison de Mélanie de celle de son agresseur, il lui explique clairement qu’il a l’intention de la tuer. 

En discutant avec moi, elle se rappelle que, dans le camion, il y avait des raquettes, une pelle et une lampe frontale. « Il était parti pour m’enterrer quelque part dans le bois. Ma tombe était peut-être déjà creusée. »

Mélanie me reparle des antécédents de l’homme : il avait fait la même affaire à une ex. Il l’avait enlevée à la pointe d’un canif. « Moi, c’était un gros couteau rétractable avec une lame de 6 pouces. Ça prendrait un registre ».

Sauvée par une amie

C’est grâce à la vigilance d’une amie inquiète que les policiers ont pu retrouver Mélanie et son fils avant qu’elle soit assassinée. Son ex-conjoint a été condamné à 10 ans de prison. Et il a récemment demandé une libération d’office. Le milieu carcéral s’y oppose. Malgré ça, dans deux ans, il sera libre. Il aura purgé sa peine. 

« C’est là que la mienne va commencer, m’explique Mélanie. Parce que dans sa tête, s’il a fait de la prison, s’il a perdu son fils, c’est à cause de moi. Et il va vouloir se venger. Je suis certaine qu’il va essayer de mettre son projet de meurtre à mon endroit à exécution quand il va sortir. »

Mélanie Côté craint d’être assassinée par son ex comme trop de femmes avant elle. « Je voudrais vraiment qu’il y ait un bracelet. » Le temps presse pour Mélanie. Et pour des dizaines d’autres femmes aussi. 

— Avec la collaboration de Maude Boutet