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La Caisse de dépôt a-t-elle le souci du Québec?

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Photo Martin Alarie La caisse de dépôt doit renouer avec son mandat historique

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L’affaire Michael Rousseau a suscité une juste révolte : comment se fait-il qu’on puisse vivre au Québec sans parler un mot de français, en osant même ajouter que la chose est à l’honneur de Montréal ?

Elle s’est accompagnée d’une autre interrogation : est-il normal que le patron d’une entreprise ayant son siège social à Montréal ne connaisse pas un mot de français ?

Cette interrogation est devenue encore plus vive quand on a appris que le président de SNC-Lavalin, Ian Edward, qui vit au Québec depuis 2014, et qui ne parle pas français non plus, devait prononcer un discours devant le milieu des affaires en anglais seulement.

Français

Il a décidé d’annuler son discours, et promet de revenir quand il maîtrisera un peu notre langue.

Prudence ou lâcheté ?

À tout le moins, le milieu des affaires semble prendre conscience d’un réveil identitaire chez les Québécois, qui ne tolèrent plus qu’on vive chez eux comme s’ils étaient de trop.

Que faire ? Avons-nous des leviers pour agir, au-delà des grandes indignations médiatiques, qui ne font qu’un temps ?

Est-ce que la Caisse de dépôt, qui est le plus grand actionnaire de SNC-Lavalin, aurait pu faire quelque chose, au nom du nationalisme économique, dont se réclame d’ailleurs le gouvernement du Québec ?

Écoutez Les idées mènent le monde, une série balado qui cherche a éclairer, à travers le travail des intellectuels, les grands enjeux de sociétés.

Pour l’instant, elle se montre assez indifférente à la chose.

Voyons la chose d’un point de vue historique.

La Caisse de dépôt, créée dans le cadre de la Révolution tranquille, en 1965, avait notamment pour fonction de contribuer au développement économique du Québec.

Cela impliquait de faire de la langue française une langue de pouvoir économique au Québec.

Nous le savons, les débats sur la mission de la Caisse se sont multipliés au fil des ans.

Certains souhaitent encore qu’elle joue son rôle dans le développement national, d’autres voudraient qu’elles se définissent exclusivement dans les termes du capitalisme financier.

C’est à la lumière de ce débat que nous pouvons réfléchir au rôle des grandes institutions financières publiques québécoises dans la reconquête linguistique à venir.

Il faut bien définir la bataille : nous ne parlons pas seulement du droit de chacun de vivre en français, d’être servi en français, de travailler en français.

Nous parlons du français comme langue de pouvoir, ce qu’elle n’était pas historiquement au Québec, ce qu’elle est presque devenue avec la Révolution tranquille, ce qu’elle n’est plus depuis que nous avons progressivement renoncé à l’horizon de l’indépendance.

Histoire

Comment renouer avec ce vrai nationalisme économique, au-delà des mots ? L’État québécois et les organisations qui en dépendent directement ou indirectement doivent intégrer cet objectif dans leur mission.

D’autant que nous prenons conscience, de plus en plus, des limites d’un capitalisme se définissant à l’abri des nations, et même contre elles, comme si elles étaient des obstacles à la prospérité universelle.

Si le Québec veut vivre en français en Amérique du Nord, il ne peut tolérer que ses élites économiques se définissent contre sa culture, ou se montrent indifférentes à son endroit. 

La Révolution tranquille est à refaire.