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Les drones remplacent le père Noël en prison

Livraison drone
Photo courtoisie Les livraisons par drones de drogue ou d’armes dans les prisons discréditent la justice.

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Tous les six mois, j’ai la désagréable impression de faire rire de moi lorsqu’un reportage décrit la distribution de cadeaux de Noël dans nos prisons. Dans ce pitoyable conte pour enfants, les drones remplacent le père Noël, la drogue et les armes remplacent les jouets.

Il y a quelques années, on décrivait le phénomène en parlant de dizaines de livraisons. Le reportage du Journal, cette semaine, parle maintenant de centaines, lesquelles seraient la pointe de l’iceberg d’un commerce de milliers de colis apportés aux prisonniers par drones.

La situation est en tous points ridicule. Nous en sommes au point où certains détenus se font livrer de l’outillage, avec lequel ils détachent le cadre de leur fenêtre, pour qu’un drone puisse y livrer les futures commandes. Service aux chambres !

Symbole de laxisme

Les conséquences de ce laxisme sont énormes. D’abord, une telle aberration discrédite carrément l’administration de la justice. Des produits déjà illégaux livrés à des gens qui sont censés vivre en réclusion pour purger une peine pour des actes illégaux. Aberrant !  

Qu’on aime ou non, la prison représente l’ultime symbole de la force de la justice. Quand la prison fait rire d’elle en pleine face, la justice perd sa crédibilité.

La conséquence encore plus grave, c’est la mise en danger du personnel de nos établissements de détention. Ces gens courageux font déjà un travail difficile, dans un contexte souvent tendu. Imaginez le risque supplémentaire qu’ils courent lorsque des couteaux ou des poings américains sont expédiés aux détenus.

La présence de drogue ou d’autres produits interdits, susceptibles d’être vendus à l’intérieur des murs, crée aussi une activité criminelle malsaine. Le prolongement de la rue. Les gangs de rue et les groupes criminalisés continuent leur business en dedans. Belle démarche de réhabilitation ! Cheminement exemplaire!  

Employés en danger

Cette criminalité intra-muros complique davantage la tâche des agents correctionnels. Elle ouvre la porte à de la violence et des règlements de compte dans les prisons. Le monde à l’envers.

Ah ! Je sais. Nous aimons au Québec l’image de la prison douce. Entièrement axée sur la réhabilitation et l’espoir que tout le monde est gentil au fond. On préfère ne pas utiliser le mot prison. Pardonnez-moi de briser ces rêves. La prison est malheureusement nécessaire.

La réhabilitation est un objectif noble. Mais le laxisme n’aide en rien la réhabilitation. Ni de laisser sortir tout le monde avant le temps ni de gérer les prisons comme des garderies. La voie de la réhabilitation deviendra plus attrayante si les autres voies font un peu peur.

Les solutions physiques et technologiques pour empêcher les drones de tourner autour des prisons existent. Une compagnie américaine repère en instantané un drone et localise le malfaiteur qui le contrôle.  

Le gouvernement fédéral a annoncé un maigre 6 millions en 2019 pour tester des technologies d’ici quatre ans. À Québec, on parle de solutions l’an prochain.

Je rêve de voir un ministre se lever et annoncer clairement la fin de la récréation.