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Les nouveaux amis de la Pologne

Drapeau Union Europeenne

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En 2015, quand des réfugiés irakiens ont déferlé sur l’Europe, l’affreuse photo d’un petit garçon noyé au bord d’une plage a ouvert les consciences et les portes de l’Europe. Cette fois-ci, il faudra bien plus qu’une photo pour changer l’opinion publique. 

Alors que de pauvres Kurdes tentent désespérément de traverser la frontière biélorusse, de l’autre côté, en Pologne, des groupes néonazis ratissent les bois, à la recherche d’immigrants illégaux qui seraient parvenus à traverser les clôtures de barbelés. Les dirigeants de l’Union européenne, qui il y a encore quelques années auraient vigoureusement dénoncé les politiques anti-réfugiés de la Pologne, sont à présent majoritairement aux côtés de Varsovie.

Qu’est-ce qui a changé chez les dirigeants européens ?

Le sentiment anti-immigration est devenu de plus en plus fort à gauche comme à droite. En France, Éric Zemmour et Marine Le Pen, qui carburent aux politiques anti-migratoires, réunissent plus du tiers des intentions de vote au premier tour. Toujours en France, cette fois à gauche, Arnaud Montebourg, qui mobilise 4 % des intentions de vote et qui campe à gauche, voudrait couper les transferts de fonds vers les pays qui refusent de reprendre leurs ressortissants expulsés du territoire français. Une idée de Zemmour.

S’agit-il seulement d’immigration ?

Derrière le rejet de l’idée de l’immigration, un affrontement de plus en plus violent se dessine entre une Europe laïque et une Europe religieuse. Ou plus précisément entre une Europe fondamentaliste religieuse, entre autres islamiste, et une Europe non religieuse. Un sondage de l’ISSN montre que la moitié des Français ne sont ni religieux ni spirituels. Seuls 39 % se disent catholiques et 4 % musulmans. En 20 ans, le nombre de catholiques déclarés a chuté de 12 points de pourcentage, tandis que le nombre de musulmans déclarés a été multiplié par 4. De même, les personnes sondées sont à plus de 70 % défavorables aux religieux intolérants, une tendance qui s’accentue.

Quel est le rôle de la Biélorussie dans la nouvelle vague ?

Le président de la Biélorussie, Alexandre Loukachenko, est responsable d’une partie de la nouvelle vague migratoire. Il estimait que favoriser le passage vers l’Europe des immigrants illégaux et des réfugiés ferait reculer les dirigeants européens qui ont imposé des sanctions contre son pays, en raison de sa dictature. Il a même menacé les Européens de fermer les robinets du gazoduc russe qui passe par chez lui. Or, c’est l’inverse qui s’est produit : Vladimir Poutine a assuré l’Europe qu’il honorerait les contrats de gaz qu’il a signés avec elle. Loukachenko se retrouve seul face à l’Europe, même si Poutine continue à le soutenir.

Comment se positionnent des pays voisins de l’Europe ?

La Turquie, qui occupe le tiers du territoire syrien et qui est en partie responsable de la nouvelle vague migratoire, a annoncé qu’elle ne permettrait plus aux ressortissants syriens, irakiens et yéménites de prendre l’avion pour se rendre à partir de chez elle en Biélorussie. L’Irak est en train de mettre en place des mesures pour favoriser le retour de ses ressortissants.

Pourquoi ces soutiens à l’Europe ?

Ces soutiens ne sont pas de nature amicale. Ils reposent sur des intérêts bien compris. Les Russes veulent continuer à vendre leur gaz sans susciter trop de méfiance. La survie de l’Irak dépend en partie du soutien de l’Europe. Le gouvernement turc ferait n’importe quoi pour affaiblir davantage les Kurdes. En politique internationale, les bons sentiments ne valent rien, seuls les intérêts comptent.