/entertainment/tv
Navigation

Psycho: être l’enfant d’une double vie

Psycho: être l’enfant d’une double vie
PHOTO COURTOISIE

Coup d'oeil sur cet article

Sophie Samson est l’enfant d’une double vie. Dans la série documentaire «Double-vie», disponible sur la plateforme VRAI, elle retrace son parcours et fait la connaissance des enfants de l’autre famille de son père. Une démarche qui lui a permis de faire la paix avec un passé compliqué dont elle n’est pas responsable. 

Si la double vie de son père n’était pas évidente pour elle durant son enfance, Sophie Samson savait que son père était différent des autres. Il n’habitait pas avec eux, elle ne portait pas son nom et il était rarement présent. Et surtout, personne de son entourage n’en parlait.

«C’était une boîte que personne ne voulait ouvrir, explique-t-elle en entrevue. Ma mère est très secrète, mon père était aussi secret, et ils ont construit beaucoup de secrets. Je pense que ma mère a beaucoup souffert de cette situation, et la famille avait décidé de ne pas aborder ce sujet. Même dans la vingtaine, je n’avais pas toutes les réponses, mais je n’osais pas en parler. Chaque fois qu’on me posait une question sur mon père, je changeais de sujet parce que je ne savais pas et je ne voulais pas m’inventer une vie.»

Sans réponses sur ses origines, il peut parfois être difficile de se construire des fondations solides, mais Sophie a eu la chance d’être bien entourée.

«Quand j’étais jeune, je m’imaginais que mon père venait me chercher et qu’il m’offrait tout ce dont j’avais envie. On s’imagine beaucoup de choses. J’ai surtout eu la chance d’avoir des amis, et surtout des parents d’amis qui ont été très présents. Certains ont agi quasiment comme des parents. Ma mère était dépourvue, elle était monoparentale avec trois enfants. Elle n’avait pas la force de s’occuper de nous, elle était en dépression sévère. Ça aussi, c’était tabou.»

Psycho: être l’enfant d’une double vie
PHOTO COURTOISIE

Renversement de situation

L’année de ses 18 ans, la vie de Sophie Samson a été complètement bouleversée du jour au lendemain.

«Ma mère nous a abandonnées, ma sœur et moi, en pleine nuit en emportant tout dans la maison. On avait dormi chez des amis en commun, et quand on est arrivées au petit matin, il n’y avait plus rien, hormis nos chambres. Notre premier réflexe a été d’aller voir notre père. Il était alors divorcé de sa femme et il habitait un condo pas très loin. Il m’a trouvé un avocat pour demander la garde légale de ma sœur, il nous a aidées à trouver un appartement. En fait, il a commencé à être plus présent à ce moment-là. Je le voyais au moins une fois par semaine.»

Ce que ne savait pas Sophie, c’est que son père de 82 ans avait une sorte de cancer et qu’il allait bientôt mourir.

«J’ai quand même pu profiter de sa présence, j’en garde un très bon souvenir.»

Son statut d’enfant d’un père qui menait une double vie ne lui a toutefois pas fait perdre ses illusions en amour.

«Je vois davantage les pièges de l’amour que je veux éviter. Dans ma vingtaine, j’ai fréquenté un homme plus vieux que moi, qui avait deux enfants. On s’est vu en secret pendant huit mois jusqu’à ce que je réalise que j’étais en train de refaire la même chose. Je l’ai laissé tout de suite après, je ne voulais pas être la seconde femme. J’ai aussi de beaux modèles autour de moi.»

Une nouvelle famille

En faisant ce travail de recherche pour la série documentaire, Sophie a trouvé des réponses aux questions qu’elle se posait depuis longtemps.

«J’ai su comment mes parents s’étaient rencontrés, je ne le savais. J’ai aussi pu partager des choses que j’avais vécues avec les enfants de l’autre côté, et savoir qu’ils avaient vécu les mêmes choses. Je m’imaginais qu’ils avaient une belle vie, dans un quartier plus chic de Québec que nous. Mais au final, ils ont vécu une vie similaire. On était égaux, la seule chose est qu’il était marié avec son autre femme, et que c’était lui le pourvoyeur. Mais en matière d’affection, c’était identique.»

Les enfants de l’autre famille connaissaient l’existence de Sophie, ainsi que celles de son frère et sa sœur. Mais les deux familles ne s’étaient croisées qu’une seule fois, à l’occasion des funérailles de leur père.

«Le 18 juillet dernier a marqué le 18e anniversaire de sa mort. Pour la première fois, on s’est tous revus. Tout le monde était présent, on a pu se voir et se parler. On a réalisé qu’on avait des choses en commun, c’était assez incroyable. Au final, on se demande juste pourquoi on a attendu tout ce temps pour faire les premiers pas les uns vers les autres.»