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Rougeau lutte... contre l’itinérance

Notre chroniqueur était témoin de la rencontre entre les gens d’un refuge et leur nouveau porte-parole

refuge pour itinérants Cap Care
Photo Ben Pelosse « Eh toi, t’as des bons biceps ! Pose donc avec moi ! » a lancé Jacques Rougeau à Steve St-Pierre, 49 ans, un usager du refuge Cap-CARE.

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À l’intérieur de Montréal, le journaliste Louis-Philippe Messier se déplace surtout à la course, son bureau dans son sac à dos, à l’affût de sujets et de gens fascinants. Il parle à tout le monde et s’intéresse à tous les milieux dans cette chronique urbaine.


Autant les usagers du refuge Cap-CARE dans l’ancien YMCA d’Hochelaga étaient étonnés de voir Jacques Rougeau se pointer chez eux avec son enthousiasme proverbial, autant le lutteur n’en revenait pas de ce qu’il découvrait sur place.

Quand j’ai appris que Jacques Rougeau devenait le porte-parole de la campagne « Ensemble, luttons contre l’itinérance » du Centre d’Aide et de Réinsertion de Montréal (CARE Montréal), j’ai demandé à être présent lorsqu’il rencontrerait les bénéficiaires que l’organisme dépanne.

Cette rencontre a eu lieu mercredi.

Je sentais l’homme bien nerveux. Comme s’il avait le trac. Cet habitué des amphithéâtres a coutume d’y monter dans l’arène, comme son père ou son grand-oncle avant lui. Ça allait être sa première fois dans un aréna métamorphosé en refuge de 95 lits pour itinérants... ce qui est un univers très particulier. Je le sais pour y être allé incognito pour des reportages.

Jean-Fritz Souffrant discute avec le lutteur.
Photo Ben Pelosse
Jean-Fritz Souffrant discute avec le lutteur.

Dès qu’il est entré, Rougeau s’est détendu. « Je m’attendais à des petits matelas entassés dans un coin comme on voit dans les films ! » s’exclame-t-il, soulagé à la vue de ces espaces bien arrangés et propres.

Question de revoir ses idées préconçues, le nouveau porte-parole entend, dès qu’un lit sera libre, venir passer la nuit ici, souper et déjeuner.

Dérangé par notre groupe bruyant, un homme assis sur son lit nous lance un regard hostile. Rougeau marche droit sur lui en s’exclamant : « Je suis content de vous voir ! » Désarçonné, l’homme farouche se décrispe et... devient cordial.

« Voulez-vous me faire une prise de lutte ? J’vais vous montrer comment faire », suggère le lutteur aux résidents qu’il croise pendant l’heure qui suit alors qu’il visite la cuisine, la friperie, les douches, etc. 

L’un d’eux explique qu’il vit dans une chambre dans une maison de transition de CARE depuis qu’il est sorti de prison. Un autre, immigrant d’Haïti, en fauteuil roulant, s’entretient aussi amicalement avec le lutteur, qu’il reconnaît.

« Je savais que mon monde aimerait Jacques Rougeau et que le courant passerait tout de suite », me dit Michel Monette, le fondateur et directeur de CARE Montréal.

Sous le regard amusé du directeur de CARE-Montréal, Michel Monette, Bernard Aucœur, un bénéficiaire du refuge originaire de Gaspésie, fait une prise au nouveau porte-parole.
Photo Ben Pelosse
Sous le regard amusé du directeur de CARE-Montréal, Michel Monette, Bernard Aucœur, un bénéficiaire du refuge originaire de Gaspésie, fait une prise au nouveau porte-parole.

MM. Monette et Rougeau ont fait connaissance le 6 octobre lors d’un dîner au Chic Resto Pop, une cuisine communautaire près de chez moi dans Hochelaga que j’encourage depuis plus d’un an en y invitant des amis, des collègues et différentes personnalités.

Ça pourrait lui arriver

Le soixantenaire qui habite Rawdon ne roule pas sur l’or. En cas de malchance, il pourrait se retrouver à la rue. 

« J’y ai pensé, mon ami... Je suis un travailleur autonome de 61 ans sans fortune et si mon corps me lâche, je deviens quoi ? Je me sens proche des gens d’ici parce que ça pourrait être moi... Je ne suis pas à l’abri de ça ! »

Aujourd’hui, à 10 h, Jacques Rougeau, en compagnie d’un jeune lutteur d’Hochelaga, Jeremy Prophet, donne une conférence de presse à Cap-CARE, au 4567 rue Hochelaga. Il y aura distribution de nourriture, de vêtements et, sur un matelas, Rougeau fera des prises de lutte aux itinérants volontaires. Ça risque d’être assez drôle.

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