/finance/news
Navigation

Tenez-vous loin des fonds distincts

Emergency funds prepared to pay for unexpected situation in life, loss a job, economic crisis causing income cut or accident  concept, smart man standing with piggy bank with emergency siren light.
Illustration Adobee Stock

Coup d'oeil sur cet article

Une connaissance m’a contacté il y a quelque temps pour savoir à quelle adresse son conseiller financier pouvait communiquer avec moi, « il avait des choses à me dire » (j’attends toujours). 

« C’est avec lui qu’on a ouvert nos REER, ma blonde et moi, il y a des années. Il est conseiller en sécurité financière », me précise-t-il. 

Je lui fais remarquer que s’ils font affaire avec un conseiller en sécurité financière (représentant en produits d’assurances), leurs REER sont composés de fonds distincts, des produits de niche beaucoup trop chers. Je suis poli, là.  

Je crois qu’il n’a pas tenu compte de mon avis, ça supposerait de larguer aussi un conseiller de longue date. Voici quelques arguments susceptibles de le sortir de son inertie. 

Des copies plus chères

Les fonds distincts sont des produits des compagnies d’assurance, ils sont calqués sur les fonds communs de placement. Ils ont cependant certaines particularités, notamment celle d’offrir une protection du capital.

Les assureurs garantissent 75 % ou 100 % de l’argent investi dans le fonds à l’échéance et au décès. L’échéance, inscrite au contrat, peut être fixée à 10, 15 ou 20 ans.

On parle en effet de « contrats », ils se présentent accompagnés de ces chiffres : 75/75, 75/100, 100/100. Un fonds distinct 75/100, par exemple, garantit 75 % du capital investi à l’échéance et 100 % au décès.

C’est rassurant tout ça, seulement, il y a des frais supplémentaires rattachés à ces garanties. Le coût augmente évidemment en fonction des protections choisies (75 % ou 100 %), mais aussi du type d’actif qu’on cherche à protéger. C’est plus cher avec un fonds en actions, plus volatil, qu’avec un fonds du marché monétaire, qui ne comporte aucun risque. (Alors pourquoi une garantie ici ? Allez savoir !) 

Une garantie de type 100/100 coûte facilement au-delà de 1 % en frais lorsqu’elle s’applique sur des actions, et jusqu’à 0,3 % sur un produit du marché monétaire. Ce coût s’ajoute aux frais de gestion habituels, déjà très élevés, tant et si bien qu’un fonds distinct peut exiger au total des frais de 4,5 %, voire plus. 

Une troisième garantie, celle d’offrir un revenu viager en vue de la retraite, peut ajouter une autre épaisse couche de frais. Ce point pourrait faire l’objet d’une chronique à lui seul. 

C’est ce qu’on appelle partir avec un sérieux handicap. L’épargnant à intérêt à connaître de fabuleux rendements, amputés en partant de près de 5 % ! Dans un marché en baisse, ces coûts s’ajoutent aux pertes. On ne vous ménagera pas, peu importe la direction de la Bourse.

Protections inutiles

Si seulement ça protégeait contre quelque chose... Les garanties s’appliquent à l’échéance du contrat ou aux décès, et pas avant. Le risque qu’un fonds diminue sous sa valeur initiale après 10, 15, ou 20 ans est pratiquement nul. Bien sûr, le détenteur de parts verra ses placements varier entre-temps, mais il est rarissime que la Bourse recule significativement dans un intervalle de 10 ans ! Alors, imaginez sur 15 ou 20 ans... Quant aux protections offertes sur les actifs réputés stables, ça ressemble à du vol. 

Si un épargnant ressent le besoin de se munir d’un tel attirail de sécurité pour oser plonger en Bourse, il a plutôt intérêt à rester sur la berge, il se fera moins plumer. 

« Une seule fois, j’ai acheté des fonds distincts pour un client, il avait le cancer et son médecin lui donnait maximum trois ans à vivre. On a choisi des fonds en actions à 100 %, sans crainte de subir de perte avant son décès », explique Denis Perrin, conseiller chez Mica Capital. Il détient deux permis, celui de vendre des fonds ordinaires (courtage en épargne collective) et des fonds distincts (sécurité financière). 

Des produits moins transparents

Le secteur des fonds communs de placement est soumis à des règles de divulgation assez strictes. Dans son relevé de fin d’année, un client retrouvera facilement la portion des frais de gestion versée au conseiller, et en dollars s’il vous plaît. S’il est indiqué « 3000 $ », l’investisseur peut plus aisément évaluer s’il en a pour son argent. 

L’industrie de l’assurance n’est pas assujettie aux mêmes exigences, bien qu’elle vende des copies conformes de fonds communs. Le détenteur de fonds distincts n’a aucune idée des commissions empochées par son conseiller. Il verra le plus souvent les frais liés aux garanties, exprimés en pourcentage de l’actif. Le ratio frais de gestion est quant à lui indiqué séparément, parfois sur autre page, si bien que le client ne réalise pas combien il paye cher !

Si vos REER se trouvent dans une compagnie d’assurance, vous avez de bonnes chances d’avoir des fonds distincts. Si vous repérez des « 75/75 », « 75/100 » ou « 100/100 » dans vos documents, il n’y a pas de doute, c’en est. 

Je ne vous dirai pas quoi faire.