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Travailler 4 jours, l’idée vous séduit?

brulotte
Photo d’archives Les trois cofondateurs de Poche et fils : Nicolas Dubeau, chef des opérations, Anthony Vendrame, chef de la direction et Alexandre Vanier, chef des technologies.

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Travailler quatre jours, et profiter d’un long week-end chaque semaine. L’idée vous séduit ? Elle suscite en tout cas l’intérêt de plusieurs entreprises au Québec, même si elle est loin d’être généralisée. 

Le studio de jeux vidéo Eidos, la jeune pousse Edibox, ou encore la PME Poches & Fils ont en commun d’avoir essayé la semaine de travail réduite. Et devinez quoi ? Elles l’ont adoptée. 

« Nous n’avons pas remarqué d’impact négatif ni sur nos ventes ni sur le volume d’affaires », m’a expliqué cette semaine Camille Hamelin, cheffe de la direction de Poches & Fils. Au cours des trois derniers mois, la PME montréalaise a testé la semaine de quatre jours. Son chiffre d’affaires, qui se compte en millions de dollars, est demeuré intact. 

Même si l’entreprise a réduit le nombre d’heures travaillées par semaine de 40 à 32, la vingtaine d’employés a conservé le même salaire annuel. 

« On a fait le pari que, sur le long terme, l’opération allait être rentable, surtout parce qu’on pense que ça va augmenter le bien-être de chaque personne », m’a expliqué celle qui dirige l’entreprise. 

Attractivité

Sur place, rue Parthenais, les employés sont unanimes : ce nouveau rythme a changé leur vie. 

« C’était un argument majeur pour venir travailler ici. Je cherchais surtout des façons de concilier travail et vie personnelle », mentionne Véronique, mère de famille et cheffe du marketing, qui terminait sa première semaine au sein de l’entreprise. 

Dans la jeune génération, la semaine de quatre jours devient un redoutable argument de rétention et de recrutement. 

Et que font les employés durant leur vendredi de congé ? « J’en profite pour aller jouer au golf, me confie Anthony Vendrame, le cofondateur de la PME. Au lieu de croître à tout prix, courir après sa queue et de travailler pour travailler, j’ai plutôt envie que tout le monde ait du fun à travailler ». 

Mélissa, qui travaille dans l’atelier depuis 3 ans, vit un rêve. « Ça me va super bien, surtout quand tu as un enfant âgé de 2 ans. Je ne reviendrais pas à la semaine de cinq jours ! »

Liberté 55

La semaine de travail réduite deviendra-t-elle la norme d’ici quelques années ? Il y a encore énormément de chemin à parcourir. Les Québécois travaillent en moyenne 39 heures par semaine lorsqu’ils occupent un emploi à temps plein, selon les plus récentes données de Statistique Canada. 

Les premières expériences au Québec s’inscrivent dans un mouvement mondial qui tend vers une réduction des heures travaillées : des employés plus heureux, des priorités familiales affirmées, et une envie de réaliser des gains de productivité.

Le mois dernier, le gouvernement espagnol annonçait qu’il allait tester la semaine de travail de quatre jours pendant trois ans, avec 200 entreprises, et ce, sans réduction de salaire.

L’Islande l’a déjà essayée ! De 2015 à 2021, près de 3000 fonctionnaires islandais ont réduit leur semaine de 40 à 35 heures travaillées, tout en maintenant leur niveau de salaire. Il est question d’agents travaillant au sein de bureaux, d’hôpitaux et d’écoles. 

Conclusion : la réduction du temps de travail a eu un effet positif sur leur bien-être, réduisant le stress et les cas de surmenage. La productivité a même augmenté. 

Le slogan « Liberté 55 », qui était vendu aux baby-boomers comme le rêve ultime de retraite dans les années 1980, n’était qu’un mirage. On nous incite désormais à travailler jusqu’à 70 ans. 

À quatre jours par semaine, plusieurs jeunes salariés y verront une « liberté à vie ». 

Si le modèle d’affaires le permet, alors pourquoi pas !